DISCIPLINE ET ATTENTION
eu liberté. Aussi pensons-nous pouvoir dire qu'au point de vue social les idiots sont des extra-sociaux, tandis que les imbéciles sont des antisociaux, et nous pensons que la suite de cette étude le démontrera amplement. Cette distinction paraît aujourd'hui généralement adoptée.
Én attendant, examinons l'état de l'attention chez l'imbécile.
L'attention existe chez lui, mais s'il n'y avait qu'une différence de degré toujours difficile à apprécier, avec celle des idiots d'une part, et celle des gens normaux de l'autre, nous n'aurions pas pris cette base de classification. Mais nous pensons qu'il y a un autre caractère à considérer que son intensité, et ce caractère, c'est son instabilité, alors même que, par moments, elle pourrait être aussi faible que celle des idiots, ou aussi forte que celle des individus normaux.
L'imbécile a une attention intermittente avant tout. 11 passe d'un sujet à un autre avec la plus grande facilité, sans qu'au eun lien réunisse les choses qu'il dit. Tout jeune on le voit, quand on l'interroge, tourner ses regards et porter ses mains sur tous les objets qui l'entourent et ne vous répondre qu'après qu'on lui a fait plusieurs fois de suite la même question. A peine vous ont-ils répondu par quelques mots jetés sans réflexion, qu'ils recommencent leur manège, ou se mettent à bavarder ou à chanter. Us font répéter continuellement ce qu'on leur dit quand on leur parle de choses sérieuses qui réclament par conséquent leur attention volontaire. Dans la conversation entre camarades, cela n'arrive jamais. Ils parlent avec volubilité, font des coq-à-l'âne continuels, n'attendent pas pour répondre que la question soit finie, ce qui montre bien que leur attention est seulement frappée du premier coup, et qu'ils sont même incapables de la soutenir assez pour entendre jusqu'au bout ce qu'on veut leur dire. S'ils ne répondent pas avant que vous ayez fini votre question, ce n'est pas une raison pour qu'ils vous répondent en fin de compte à ce que vous leur avez demandé. Ils n'ont retenu que le début et se sont fait aussitôt une idée de ce qu'ils s'attendent à voir suivre. Dès lors, ils ne vous écoutent plus, et dès que vous avez fini, ils se répondent à eux-mêmes plutôt qu'à
l'SVCHOLOCIK DE D'IDIOT ET DE ^IMBÉCILE
vous. Sans cesse ils vous coupent la parole. Leur esprit de curiosité lui-même ne les sert pas mieux. Lorsqu'on se; promène avec eux en leur donnant des explications de ce qu'ils rencontrent, ils vous assaillent de questions ; on n'a pas le temps de répondre à l'une que déjà ils vous en ont posé une autre.
Cette instabilité de l'attention pour les choses extérieures ou les idées se rencontre aussi prononcée dans les actes. Aussi les imbéciles sont- ils incapables de bien travailler, peut-être moins même que certains idiots. Chez ces derniers, en eilet, on peut arriver à déterminer une sorte d'automatisme qui leur fait accomplir machinalement une besogne déterminée et toujours la même. N'allez pas la leur faire modifier d'euxmêmes dans un cas particulier, ils en sont incapables. Le but en vue duquel ils travaillent parait leur échapper. Si on leur commande, par exemple, de mettre un clou quelque part, il faut leur dire quel clou prendre, de combien l'enfoncer. Ils savent ce que c'est qu'un clou, ce que c'est que de l'enfoncer, comment on s'y prend, à quel usage on le destin.-. Mais quant à chercher à résoudre pourquoi on le choisit de telle dimension, pourquoi on le place ici plutôt que là, ils ne le font pas. Ils voient l'acte immédiat à exécuter, ils ne voient pas le but, et par conséquent l'enchaînement des actes successifs qu'ils font.
L'imbécile agit différemment. Il est capable de comprendre le but à atteindre; il ne doute même pas de l'atteindre, et tout de suite, du premier coup. 11 voit le premier acte qu il doit accomplir, mais la série consécutive d'actes pour arriver au but lui échappe. Son attention, vive au début, perd bientôt de sa force et glisse sur un autre sujet. Il semble oublier cequ il a commencé. Aussi, après un début qui parait convenable, le voit-on tout à coup faire les choses de travers. Une excitation extérieure ou intérieure est venue à la t.-averse et a att.re son atlention ailleurs . Dansces conditions un bon travail est chose presque impossible . Aussi, lorsqu'ils ne sont pas constamment Surveillés, dirigés, gâchent-ils ce qu'ils font, et en gênerai ,1s onl la prétention de tout entreprendre.
D'autres imbéciles au contraire, tout en ne doutant de rien, n'entreprennent aucun travail malgré toutes les excuat.on.