‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécileChapitre 36 sur 90 · SENTIMENT DE PRÉSERVATION · texte numérisé non relu

SENTIMENT DE PRÉSERVATION

apporté et que quelques-uns incitent en réserve. D'autres provient de L'absence de leurs camarades pour s'emparer de leur vin ou de leurs aliments. Beaucoup mangent avec tant d'excès et de gloutonnerie ce qu'ils aiment qu'ils se rendent malades. Mais ce défaut qui se rencontre chez les idiots un peu supérieurs est extrêmement fréquent et développé chez les imbéciles.

Le sentiment de préservation paraît absolument inconnu aux idiots profonds. Ils ne bronchent pas à l'approche d'un tison enflammé môme s'ils se sont déjà brûlés. Ils prennent des couteaux par la lame, des morceaux de verre brisé, et sans la moindre précaution, quand leur degré de développement leur permet de marcher et de prendre avec les mains. Que de fois n'en voit-on pas qui, en coupant du pain, placent leurs doigts juste sous le tranchant du couteau, et s'entaillent consciencieusement la main. Ils n'ont pas la compréhension du danger, car cela demande un raisonnement dont ils sont incapables. Les parents nous disent couramment que leur enfant ne faisait attention à rien dans la rue, qu'il passait au milieu des voitures au risque de se faire écraser, « comme s'il ne les voyait pas », que plus d'une fois il a été renversé. Tel autre monte sur tout ce qu'il rencontre au risque de se casser le cou. C'est souvent même cette inconsciénee du danger qui expose l'enfant à des dangers continuels, qui décide les parents au placement dans un asile.

L'imbécile, égoïste par excellence, aie sentiment du danger souvent très développé et même exagéré. Quand il s'expose, ce n'est pas ordinairement parce qu'il ignore le danger qu'il court, c'est parce qu'il ne le juge pas tel qu'il est et qu'il a la prétention de savoir l'éviter.

On observe cependant le suicide chez les imbéciles (1), où M. Cobbold le signale comme une tendance passagère à allures caractéristiques, et ce par trois points : l'absence ou l'insignifiance de la cause déterminante; l'absence delà fermeté nécessaire pour le suicide; et enfin l'effacement rapide

i C.obbold, Journ. of mental Science, i88t).

PSYCHOLOGIE DE LIPloï ET UE L'IMBÉCILE

et l'oubli de 1 idée de suicide. Outre cette (orme spéciale aux imbéciles de la tendance au suicide, ils peuvent encore l'accomplir par impulsion comme on l'observe chez des aliénés ordinaires.

Le sommeil, comme le besoin de manger, est un besoin naturel extrêmement intense et irrésistible. Si les organes ont besoin pour fonctionner d'être alimentés, la force qui y est emmagasinée peut subvenir plus longtemps au fonctionnement sans recevoir a'aliments qu'elle ne peut le faire sans qu'ils prennent de repos. On succombe plus rapidement à l'insomnie qu'à l'inanition. En somme, tout organe qui fonctionne ne peut le faire d'une façon indéfinie sans être alimenté, ni d'une façon continue sans prendre de repos par moments. Le sommeil est le mode de repos de l'organisme, et particulièrement du système nerveux. On pourrait croire, d'après cela, que les idiots dont le système nerveux est celui qui fonctionne le moins de tous, n'ont besoin que de peu de sommeil pour réparer l'énergie dépensée. Il n'en est rien. Cliez les individus normaux, il est à remarquer q.tie ce sont ceux dont le système nerveux travaille le moins qui dorment le plus et le mieux, tandis que ceux qui ont pour besogne ordinaire des travaux intellectuels dorment moins longtemps et moins bien, la cérébration inconsciente étant chez eux très développée. D'autre part, plus on prend l'habitude de dormir, plus on dort. Bien que ces faits soient en apparence paradoxaux et montrent qu'il faut chercher la cause du sommeil ailleurs que dans le besoin de l'organisme de se reposer, ou est cependant forcé de reconnaître leur réalité. On ne sera pas étonné de voir les idiots les plus profonds, qui sembleni plongés tout le jour dans une sorte d'assoupissement, dormir parfaitement toute la nuit.

On observe cependant quelquefois des insomnies prolongées chez les idiots, ainsi que M. Bovirneville en cite un exemple (1). Il s'agit d'un enfant, Napoléon M... âgé de sept ans, placé à Bicêtre. Vers deux ans et demi ou trois ans, il est

(i) Boumeville el Régnard, Iconographie de la Salpèlrière.

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