IDIOTS TOURNEURS
était complètement idiot et gâteux, présentait de la rumination pour les liquides, de l'onanisme, des accès de colère, des tics Son odorat était très fin ; il sentait tout ce qu'on lui donnait et le rejetait si l'odeur ne lui plaisait pas. Par moments, sans aucun motif apparent, il se mettait à tourner sur lui-même pendant très longtemps.
L'autre, âgé de onze ans, idiot etgâteuN, à langage rudimcntaire, sait à peine se servir de la cuiller pour manger, ne sait ni s'habiller ni se laver. Il aime casser, déchirer avec ses dents ou ses mains. Ce qu'il aime surtout, c'est tourner sur lui-même jusqu'à ce qu'il tombe en prononçant d'une façon incessante : ba, ba, ba. - On ne sait jusqu'ici à quoi attribuer ces phénomènes. Ils sont à rapprocher des actes automatiques des épilepliques, et vraisemblablement ils sont en rapport avec des lésions plus ou moins localisées des centres nerveux bien plutôt qu'avec le besoin de mouvement.
L'instinct de locomotion est une forme du besoin d'activité musculaire. Il ne se manifeste guère normalement que vers le neuvième ou le dixième mois. Nous en avons déjà parlé dans le chapitre précédent et nous avons montré comment, en raison bien entendu de l'état anatomique et physiologique de la moelle et du cerveau, le défaut d'attention rendait difficile l'éducation de la marche, combien elle était en gênerai retardée chez les idiots, au point même de n'être jamais possible. Le besoin de se déplacer est subordonné aussi au désir de se mettre en rapport plus ou moins immédiat avec la chose et les personnes qui vous entourent. Or, chez les idiots profonds où rien n'excite ni sentiment ni idée, ce désir n'existe pas. Dès que s'esquisse au contraire un désir, si confus qu'il soit, l'instinct de locomotion apparaît en même temps. C'est par exemple ce qui se passe quand l'idiot reconnaît ses alimenis. Il s'agite alors sur sa chaise, pousse des cris, tend les mains, cherche à se rapprocher d eux. Aussi est-ce là un procédé employé pour le forcer à se tenir sur ses jambes et a progresser. A mesure que le niveau intellectuel et moral s'élève, cet instinct de locomotion se développe de plus en plus, quoique toujours retardé. Nous n'insisterons pas sur ce
Solliek. -r L'Idiot. 6
point déjù traité. .Nous tenions seulement à l'aire remarquer combien l'instinct de locomotion est intimement lié au* autres instincts, se 'développe en conséquence de celui de la conservation personnelle (aller au-devant des aliments, ou fuir le danger), mais principalèment de l'instinct de nutrition auquel il semble subordonne
Nous avons dit que cet instinct établissait le trait d union entre les besoins purement individuels et ceux qui intéressent l'espèce. A cet égard, aucun autre ne saurait être comparé à l'instinct sexuel. Celui-ci, chez les individus éduqués, intelligents et moraux, au lieu de se manifester ouvertement comme chez l'animal, est au contraire l'objet de nombreux freins. Chez l'idiot, ces freins intellectuels el moraux n'existant pas, il se donne libre cours; mais le plus souvent il présente des anomalies ou des perversions. Il peut être en effet rudiinentaire ou nul, exagéré ou perverti, et bien que cette dernière modalité soit plutôt du ressort de la pathologie, on ne peut se dispenser d'en parler ici, à cause de l'intérêl qu'elle présente tant au point de vue physiologique qu'au point de vue médico-légal.
En ce qui concerne le plus ou moins grand développement de l'instinct sexuel, on observe des variétés considérables entre les idiots et les imbéciles. Ici encore, la distinction est bien tranchée et nous y retrouvons toujours les mêmes caractères : absence ou rudiment chez l'idiot suivant le degré d'idiotie; exagération, perversion ou inversion chez l'imbécile. L'idiot est là encore un extra-social; l'imbécile est le plus souvent un anti-social. Cette observation en ce qui concerne l'instinct sexuel est, bien entendu, simplement générale et ne saurait s'appliquer rigoureusement à tous les idiots ni à tous les imbéciles sans distinction.
Parmi les causes de plus ou moins grand développement de l'instinct sexuel, il faut considérer d'abord . l état des organes génitaux. Chez l'idiot, la puberté est retardée d'une façon générale el souvent dans des proportions considérables. Quelquefois même elle n'apparaît jamais, et certains idiots présentent toujours un état d'infantilisme qui porte d'ail-