IH101T ET DEVOIR
Tout désir devient un besoin et tout besoin exige sa satisfaction immédiate. Quand ils vous disent : « J'ai le droit de faire ça ! » vous devez entendre: « Qui peut m'empêcber de faire ça ? > Aussi l'imbécile est-il aussi indiscipliné et indisciplinable que l'idiot l'est peu.
Quant à L'idée de devoir, incompréhensible sans l'idée de droit, elle est, comme celie-ci, absente ou rudimentaire chez les idiots complets ou profonds. C'est du reste un sentiment très complexe que celui du devoir, et qui lient à l'éducation, à 1 habitude, à la crainte, plus peut-être qu'au raisonnement sur la nécessité de la réciprocité et sur l'intérêt bien entendu qu'on a à le remplir pour conserver les droits dont il est le corollaire. Le sentiment égoïste étant le plus naturel à l'homme, et le sentiment altruiste étant, au contraire, un produit du raisonnement, conscient ou non, il en résulte que le sentiment du droit, qui est égoïste au premier chef, se rencontre bien plus facilement et bien plus tôt que celui du devoir, qui est un sentiment altruiste. Le premier se remarque donc chez les êtres humains inférieurs; le second, au contraire, ne se rencontre que chez des êtres plus développés au point de vue moral et intellectuel. Il y a toutefois une différence aussi à ce point de vue entre l'idiot et l'imbécile et qui montre que le devoir appartient plus à la sphère morale qu'à la sphère intellectuelle. L'idiot, en effet, est capable, jusqu'à un certain point, d'être dressé à faire son devoir ; l'imbécile ne l'est que difficilement. Or, si 1q sentiment moral est rudimentaire chez l'idiot, chez l'imbécile il est dévié et cela est pire. On comprend d'ailleurs qu'il en soit ainsi, étant donnée l'idée qu'ils se font du droit, qui n'est pour eux que la possibilité de faire une chose sans en être empêché matériellement. s
Cette absence de sentiments moraux peut être poussée à un tel degré, ou plutôt leur perversion peut être telle qu'elle constitue une sorte d'aliénation mentale connue sous le nom de folie morale. Si elle peut se rencontrer quelquefois en dehors de l'imbécillité proprement dite, elle est cependant toujours accompagnée d'un certain degré de débililation mentale, et la perversion qu'on observe dans les instincts et dans les sentiments Si 1 rencontre toujours dans la sphère générale de l in-
122 PSYCHOLOGIE !>!•: L'IDIOT liT DE L'IMBÉCILE
telligenee. II n'y a peut-être pas lieu de eonsidérer cette folie morale comme une véritable aliénation, mais simplenent comme un degré très intense, de ce qu'on observe à l'état normal. Mais nous nous occupons ici de la psychologie normale de l'idiot et de l'imbécile et nous ne pouvons insister sur ce point spécial qu'on a l'habitude de traiter dans la pathologie.
Une des nécessités de la vie sociale, c'est le commandement et l'obéissance. Les idiots, comme beaucoup d'enfants, ont très bien la notion du degré d'autorité auquel ils sont forcés de se soumettre. Nous ne parlons pas, naturellement, des idiots profonds, incapables de saisir un ordre. Mais dès qu'ils sont un peu plus développés, ils comprennent très bien au ton du commandement si la résistance leur est ou non possible. Aussi beaucoup d'enfants qui ne sont susceptibles d'aucune direction dans leur famille, se soumettent-ils très facilement à celle des maîtres. C'est le fait, du reste, de tous les individus dénués de volonté. Dès qu'ils en sentent une supérieure à la leur, et inébranlable, ils s'y soumettent, d'autant plus que cela leur épargne la peine de se déterminer eux-mêmes.
Cette observation ne s'applique pas seulement aux individus, mais aussi aux sociétés, et les peuples cherchent à secouer le joug d'une autorité limitée à un petit nombre de personnes dès qu'ils se sentent assez de volonté pour se diriger eux-mêmes.
Les idiots sont assez obéissants, en général, parce qu'ils semblent sentir la faiblesse de leur volonté et que leur réaction n'est pas suffisante pour contre-balancer lïnfluence de l'autorité. Mais les imbéciles, au contraire, sont tout à fait indisciplinés et désobéissants, ce qui tient en général à ce qu'ils se croient des facultés remarquables et égales au moins à celles de leurs supérieurs. C'est par défaut de jugement. Quand ils sont doux, ils peuvent être obéissants, mais le plus souvent c'est la crainte, la force brutale, indiscutable, qui les fait plier. Mais autant ils sont peu souples pour obéir, autant ils ont le sentiment de la domination sur les autres, sentiment absolument antisocial.
En présence d'êtres doués de sentiments semblables, quelles récompenses et quels châtiments agissent le mieux pour les