SENTIMENTS ESTHÉTIQUES
beaucoup de gens l'envisagent de celte manière, [/émotion esthétique n'en existe pas moins. Elle se traduit non seulement à l'égard des objets d'art, ou delà nature, mais aussi à l'égard des personnes. Ils préfèrent les personnes jeunes aux personnes âgées, les jolies aux laides. Ainsi, à Bicètre, ils ont eu deux maiires d'escrime: l'un, un vieux sous-officier auquel ils ne voulaient jamais obéir, l'autre un jeune soldat qui fait d'eux tout ce qu'il veut.
On comprend tout le parti qu'on peut tirer au point de vue intellectuel et moral de la culture de ces goûts et tendances esthétiques si vagues, si éloignés des nôtres qu'ils soient. Tout se tient dans l'esprit humain et tout développement d'une portion de l'esprit retentit forcément sur le développement du reste. Aussi tous les hommes qui se sont occupés de l'éducation des idiots ont-ils eu soin de profiter de ces tendances. « Car, selon la juste remarque de Pérez, l'émotion esthétique, en éveillant tout ce qu'il y a de plus intime dans la personnalité, produit une tendance plus ou moins forte de l'activité », et c'est au développement de celle-ci sous toutes ses formes que doivent tendre les efforts.
Nous en arrivons maintenant à la dernière classe de sentiments, les sentiments intellectuels, l'étonnement et la curiosité qui sont des dérivés de l'attention, la crédulité à laquelle se l'attachent la véracité et le mensonge.
L'étonnement est un des moyens les plus énergiques pour attirer l'attention ; mais c'est un sentiment passager et qui ne suffit pas à le maintenir. Si c'est un grand levier chez les enfants, il n'en est malheureusement pas de même chez les idiots et les imbéciles. Ils sont sous ce rapport comparables à l'homme primitif dont Spencer dit: « Il accepte ce qu'il voit comme fait l'animal, il s'adapte spontanément au monde qui l'entoure; l'étonnement est au-dessus de lui. » L'idiot toutefois s'étonne plus que l'imbécile, et souvent même très vivement. Mais l'étonnement, quand on arrive à le déterminer, dure peu. Car l'idiot par le fait de son défaut d'attention, l'imbécile par Tinslabilité de son attention, ne considèrent pas assez longtemps l'objet qui le provoque. L'étonnement causé par le
PSYCHOLOGIE DE LWluT ET DE L'IMBÉCILE
bruit semble plus vif que par la vue. Il parait en être de même chez le jeune enfant, qui a plus peur de ce qu'il entend que de ce qu'il voit. Les impressions auditives déterminent aussi plus de satisfaction ou plus de peine que celles de la vue, ce qui tient peut-être à ce qu'elles agissent sur le corps tout entier, tandis, que celles de la vue ne portent que sur un seul organe.
La curiosité chez un individu bien constitué est une consé quence presque forcée de l'étonnement qu'il éprouve à voir, entendre ou apprendre certaines choses. La curiosité chez l'enfant se manifeste de très bonne heure, dès qu'il a acquis une certaine expérience ou certaine habitude. C'est un instinct naturel, qui, mis intelligemment en oeuvre par un maître adroit, active singulièrement le développement de l'intelligence, car on apprend beaucoup plus facilement ce qu'on a le désir de savoir. Chez l'idiot profond, il y a, nous l'avons déjà dit, une indifférence complète. L'idiot simple veut savoir, mais n'ose pas demander. Si on explique l'usage de telle ou de telle chose, il écoute et cherche à retenir.
L'imbécile pose beaucoup de questions, mais n'attend pas la réponse Son instabilité lui fait tout oublier. C'est toujours ce défaut de l'attention qui est en cause. Nous voyons clone encore ici cette différence entre l'idiot et l'imbécile basée sur la différence de leur attention. L'idiot, capable d'une certaine attention, faible il est vrai, mais timide, sans prétention, cherche à comprendre et à s'intéresser si on a su et pu accaparer son esprit. L'imbécile, au contraire, incapable de soutenir son attention, passe d'un sujet à un autre, sans transition, sans regrets, sans désirs, parlant pour parler, interrogeant pou r se faire remarquer le plus souvent et n'est même pas capable d'attendre qu'on le renseigne.
Mais pour apprendre, il ne suffit pas de faire attention aiïss choses d'abord, de désirer les comprendre ensuite, savoir leur pourquoi et leur comment; il faut encetfe ajouter foi a ce qu'on nous dit. Sous ce rapport de la crédulité, les idiots et les imbéciles se ressemblent beaucoup. L'idiot simple esi crédule-, il ne sait pas distinguer ce qui est possible de ce qui est