‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécileChapitre 60 sur 90 · VÉRACITÉ ET MENSONGE · texte numérisé non relu

VÉRACITÉ ET MENSONGE

ils croyaient a la véracité des autres, simplement parce qu'ils sont incapables de trouver des motifs pour en douter.

L'idiot léger a certainement l'idée du vrai. Lorsqu'on lui parle de linéique chose dont il n'a pas encore entendu parler, il vous regarde comme pour vous demander une affirmation pins catégorique. L'imbécile, il l'a également, car il saitquand il ment.

Quant à leur, amour de la vérité, l'idiot et l'imbécile ne suivent en cela que leur intérêt. Toutefois l'idiot ment moins généralement que l'imbécile, car il est moins capable d'invention que lui.

L'idiot, pour mentir, se contente de nier la chose qu'on lui demande ou reproche; l'imbécile invente une explication, cherche des preuves du contraire le plus souvent grossières et invraisemblables. 11 y a toutes sortes de raisons pour mentir, et chez l'enfant normal on voit le mensonge par imagination, par imitation, par amour-propre, par égoïsme, par jalousie ou par paresse. Tous ces mobiles du mensonge se retrouvent chez les imbéciles, mais avec un développement considérable. Tout d'abord, l'intérêt prime tout. Il en est toutefois qui mentent pour le plaisir de mentir. Quand ils n'ont pas à mentir par nécessité, ils inventent à plaisir des histoires fausses, la plupart du temps pour se donner des mérites, — en bien ou en mal. — qu'ils n'ont pas. C'est un véritable besoin chez eux. Très suggeslibles, ils mentent par imitation et quelquefois même mentent en croyant être véridiques, comme lorsqu'ils témoignent d'un fait qu'ils ont mal vu. C'est du reste là une chose très fréquente chez les enfants normaux et chez les adultes, qui autorise à toujours mettre en doute les témoignages des enfants, point sur lequel M. Motet a insisté au point de vue médico-légal.

Après ces mobiles de mensonges, le plus important peutêtre de tous, c'est le moyen d'éviter une punition. Ils n'hésitent pas alors non seulement à nier, mais encore à rejeter toute la faute sur leurs camarades, mais en général de préférence sur ceux qui n'ont pas pris part à leurs méfaits, montrant là, par conséquent, un certain esprit de solidarité. Lors-

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qu'il y a quelques idiots impliqués dans un mauvais coup organisé par des imbéciles, on n'a guère de chance d'obtenir la vérité que par eux, qui racontent naïvement ce qu'ils ont fait et ce qu'on leur a dit de faire, souvent sous la menace de coups. Ils disent la vérité ou se renferment dans le mutisme.

La gourmandise les fait souvent mentir aussi. Ils disent qu'ils n'ont pas été servis pour avoir deux fois ce qu'ils aiment. Une forme de mensonge fréquente occasionnée par la paresse, c'est de se faire passer pour malades. A l'inverse des idiots qui ne savent pas dire quand ils souffrent, les imbéciles s'éeôutent beaucoup et souvent même mentent pour qu'on le- reconnaisse malades et qu'on les dispense d'aller à l'école ou à l'atelier. Assurément tous ces mensonges ue diffèrent pas de ce qu'on observe chez certains enfants normaux : mais ce qui esl spécial, c'est la fréquence avec laquellele mensonge s'observe chez les imbéciles. C'est ce qui montre que, chez eux, le mensonge est une conséquence du mauvais fonctionnement intellectuel.

A côté du mensonge, il faut signaler aussi la ruse, qui s ni rapproche par certains côtés. Elle est très développée chez les idiots et surtout chez les imbéciles. Chez ces derniers elle peut donner le change pour des actes intelligemment conçus et exécutés. Certains imbéciles mettent quelquefois une habileté extraordinaire à déjouer la surveillance, pour sortir de certains lieux ou s'y introduire, s'évader, etc. On est surpris, quand on se rend compte des difficultés qu'ils ont eues à surmonter, qu'avec une intelligence aussi faible ils aient pu réussie, alors que pour des choses beaucoup plus simples ils se montrent incapables. Sous ce rapport, ils se rapprochent beaucoup des hommes primitifs qui cherchent à se procurer par la ruse ce que leur force ou leur intelligence ne saurait leur donner. La ruse est l'arme du faible et la raison celle des forts .

Il nous reste à examiner deux choses pour en terminer avec ce chapitre des sentiments chez les idiots et les imbéciles, à savoir la façon dont ils expriment leurs émo-

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lions, par le geste et la physionomie, et d'autre part leur façon d'ôtue La plus ondînaire, c'esi-à-dire leur humeur, Leur caractère.

Nous ne saurions examiner ici en détail tous les jeux de physionomie de ces dégénérés sous lïnlluence des divers sentiments et émotions. Ce que nous voulons surtout étudier, c'est l'ensemble de leur physionomie et aussi de Leur habitua extérieur, car les jeux de physionomie ne vont pas sans des attitudes spéciales qu'on arrive à dominer et à dissimuler, comme on n'arrive à dissimuler les mouvements mêmes du visage que par la volonté et les nécessités sociales .

Ce qui trappe tout d'abord dans l'attitude des idiots, quel que soit leur degré, c'est l'absence complète de grâce, et du côté du visage, c'est la laideur. Les idiots incurables ne sont pas toujours les plus laids, caria laideur se développe surtout avec l'âge, lorsque les traits prennent une forme plus accusée et définitive. Or il est rare que les idiots complets arrivent à un âge assez avancé pour qu'on puisse juger de leur type. Néanmoins, un certain nombre qui résistent maigre leur ineurabilité offrent alors le faciès le plus laid et le plus repoussant de tous et portent tous les stigmates d'une dégénérescence profonde. La conformation delà tête et de la face est des plus défectueuses, mais on ne saurait à cet égard donner une description d'ensemble. Quelle comparaison établir, par exemple, entre un microcéphale et un hydrocéphale ou un idiot myxœdémateux . Voilà trois types caractéristiques, et dont les individus ont tous un air de famille. Mais de ces trois types le plus constant est sans contredit le type myxœdémateux, remarquablement décrit par M. Bourneville. Nous nous attacherons surtout à décrire ces trois types, car pour les autres nous ne pourrions rien dire de précis. L'idiotie qui tient, par exemple, à la méningo-encéphalite, à la sclérose cérébrale, à l'arrêt de développement des circonvolutions, etc., etc., n'offre rien de particulier qui fasse dire à première vue à quelle classe d'idiotie appartient le sujet. Dans ce cas on ne peut, le plus souvent, faire que des présomptions que la nécropsie vient plus d'une, fois réduire à néant.

PSYCHOLOGIE DE LIDloï ET DE L'IMBÉCILE

Certains ailleurs anglais, Langdon Down (I) en particulier, paraissent affecter une grande prédilection dans leurs classifications des types pour la comparaison avec les types des races humaines. Nous avouons n'avoir jamais remarqué rien de bien caractéristique à cet égard. Sans doute il en est qui rappellent plus ou moins le type mongol ou esquimau, ou d'autres encore. Mais cela se rencontre tout aussi fréquemment chez les individus ordinaires, et la fréquence de ces ressemblances des idiots avec les différentes races n'est pas, au moins chez nous, assez commune, pour en faire une base de classification. Nous croyons du reste que l'on fait absolument fausse' route en cherchant à voir, dans les types d'idiots, de l'atavisme.

Il n'y a d'abord aucune raison pour que, dans notre race, un individu retourne au type mongol ou lapon, etc. , et de plus, ainsi que nous l'avons déjà dit, ils offrent un type perverti, mal développé, mal conformé. Ils ne présentent jamais un type pur. Ce n'est pas un type atavique, c'est un type dégénéré, ce qui n'est pas du tout la même chose.

Nous nous en tiendrons donc aux trois types que nous avons indiqués plus haut. Pour ce qui est des idiots qui ne rentrent pas dans ces trois catégories, tout ce qu'on peut en dire, c'est qu'ils présentent un plus ou moins grand nombre de stigmates de dégénérescence. Le crâne est très fréquemment asymétrique, plagiocéphale, etc., etc. Les différents diamètres ne présentent pas les rapports normaux. Les yeux sont trop rapprochés, ce qui est le cas le plus fréquent, ou trop écartés de la racine du nez. Ce qui frappe surtout, c'est leur défaut d'expression. Si les yeux, comme on l'a dit poétiquement, sont le miroir de l'âme, que pourraient-ils donc refléter chez nos sujets? Nous avons vu, à propos des premiers signes de l'idiotie, l'importance qu'avait le regard, et que c'était souvent la singularité qui attirait l'attention des parents. Le regard est terne, sans vivacité, vague, incertain, ne se fixant sur rien, caractérisant par conséquent le défaut d'attention du sujet. Souvent aussi chez des idiots éducables

(j) Langdon Down, Lettsomian Lectures, 1887.

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