‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécileChapitre 61 sur 90 · STIGMATES DE DÉGÉNÉRESCENCE · texte numérisé non relu

STIGMATES DE DÉGÉNÉRESCENCE

il est indécis et dénote de la timidité. Il semble qu'ils aient conscience de leur infériorité. Des états pathologiques de l'œil, strabisme, cécité, taies, conjonctivite, etc., viennent encore fréquemment s'ajouter pour ôter au regard toute expression

et tout charme.

Le nez est dévié, asymétrique, mal formé; les oreilles sont plus ou moins mal conformées, mal ourlées, à lobule adhérent ou détachées exagérément de la tête, ou asymétriques, à plis anormaux, etc. Mais ces parties donnent beaucoup moins d'expression au visage que la bouche. Celle-ci est presque toujours entr ouverte chez la plupart, et plus ils sont inférieurs, plus elle l'est. Il s'en écoule alors une salive abondante. La bouche est rarement petite, les lèvres rarement fines. L'ouverture laisse voir une dentition des plus mal formées. Mm0 Sollier (i), dans sa thèse sur la dentition chez les enfants idiots ou arriérés, a passé en revue, après M. Bourneville et d'autres, toutesles anomalies que peuvent présenter les dents des idiots et leur fréquence. Elles sont de toutes sortes et se rencontrent isolées ou combinées entre elles dans 90 0/0 des cas. Le prognathisme se rencontre très fréquemment, ainsi que l'élargissement des maxillaires inférieurs, qui parait encore plus marqué par suite de l'étroitesse du crâne et surtout du front. Ilenrésulte un aspectbestial qu'on remarque aussi ehezbeaucoup d'épileptiques, qui, du reste, au point de vue de la dégénérescence physique, n'ont rien à envier aux idiots. Ajoutons à cela tous les tics possibles, clignotement des paupières, mouvements incessants de la langue et des lèvres, grimaces, grincements des dents, elnous aurons un tableau complet de la physionomie d'un idiot incurable.

Certains auteurs distinguent deux sortes d'idiots : apathiques et agités. Les premiers restent continuellement assis, impassibles, indifférents à tout ce qui se passe autour d'eux, ne riant, ni ne pleurant jamais, poussant quelquefois des cris sans qu'on sache pourquoi, présentant du balancement, les

i Sollier, De l'étal de la dentition chez les enfants idiots cl arriérés. Thèse Paris, 1887. — Bourneville, Journal de* connaissances médicales, 1862-63. — Th. Ballant, in The Lancet, 1862. — Langdon Down, in The Lanccl, 1875.

mains placées sur leurs genoux. Les autres au contraire sont sans cesse en mouvement, vont, viennent, touchent à tout, jettent à terre tout ce qu'ils trouvent, ne font attention à rien de ce qu'on leur dit, n'ont pas l'air de voir ni d'entendre, simplement préoccupés de s'agiter, et ne fixant leur attention nulle part.

Les idiots incurables restent confinés dans leur lit, ou placés sur des fauteuils percés à cause de leur gâtisme et de leur impotence personnelle. Ils sont incapables de manger seuls, ou alors ils mangent avec leurs mains, ne sachant se servir ni de cuiller ni de fourchette. Ils sont d'une maladresse insigne, n'ont aucune idée de la direction, ce qui témoigne même de l'état rudimentaire de leur sens musculaire. Car ils mettent continuellement leurs aliments à côté de leur bouche, se barbouillent le visage avec, renversent leur boisson, mangent avec une malpropreté révoltante. Ils n'ont, du reste, aucune idée de la propreté, et ne savent ni se moucher, ni retenir leur salive, leur urine ou leurs excréments. C'est le dernier degré de l'abjection. A la vérité, ils sont peu intéressants. Le seul jeu de physionomie qu'on puisse surprendre chez eux, c'est la joie de manger. Schïile (1) a remarqué que l'expression de leur visage, inerte pendant la veille, peut quelquefois être assez agréable et douce pendant le sommeil. Quant à leur habitus extérieur, Griesinger (2) l'a bien décrit : « Les idiots profonds, dit-il, ont souvent une taille lourde, massive, mal proportionnée ; leurs traits sont épais et plus vieux que ceux de leur âge; la lourdeur de leurs mouvements, l'état de passivité, de stupidité dans lequel ils se trouvent constamment et dont rien ne peut les tirer, font qu'ils ont toujours l'air plongés dans un état de somnolence ; beaucoup d'entre eux ont un aspect sombre, mélancolique; d'autres, au contraire, ont la physionomie absolument indifférente. Ils ont l'air de ne penser à rien. Leur intelligence est complètement muette.

Les idiots curables ne sont déjà plus gâteux ; ils savent se servir de la fourchette, de la cuiller, du verre, du couteau,

(1 Schule, loc. cil.

(2} Griesinger, loc. cil .

Page 1