‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécileChapitre 80 sur 90 · VOLONTE · texte numérisé non relu

VOLONTE

chose qui représente la volonté ? Gm'est-ee qui peut vouloir en eux ? Chez beaucoup d'idiots de celte dernière classe, la seule chose qui paraisse mettre un peu leur esprit en mouvement, c'est le désir de manger. Les idiots les plus profonds ne manifestent ce besoin que par de 1 agitation et des grognements. Ceux chez qui la dégénérescence est moins profonde remuent uo peu les lèvres et les mains, ou bien pleurent. C'est ainsi qu'ils expriment qu'ils veulent manger.

Dans l'fciiotie légère, le fond du caractère est l'inconstance cl l'obtusion du sentiment, et la faiblesse de la volonté. Essayons d'entrer un peu plus avant dans l'observation de ces sujets.

La volonté sous sa forme la plus simple se manifeste par les mouvements accomplis en vue de satisfaire les besoins naturels, les appétits, les désirs. Il faut donc que l'individu ait conscience de ses besoins et en éprouve une sensation, celle de la faim par exemple, indispensable pour la conservation de l'individu. C'est en effet le besoin fondamental qui survil à l'effondrement de tous les autres, à l'anéantissement de l'intelligence. Nous avons vu cependant ce besoin lui-même s'atténuer considérablement, sinon disparaître tout à fait chez des idiots profonds. Chez ceux-là, on ne peut constater aucune trace de mouvement volontaire proprement dit, même ébauché, tel, par exemple, que de diriger plus ou moins convenablement la main vers la nourriture qu'on leur présente. Les mouvements qu'ils font sont des mouvements purement réflexes tels qu'on peut en obtenir sur une grenouille à laquelle on a tranché la tête. L'idiot à ce degré est un être purement spinal, comme l'est, d'ailleurs, l'enfant nouveau-né.

A un degré plus élevé, ils ont conscience de la faim et comprennent ce que c'est que la nourriture qui l'apaise. Les mouvements automatiques dont ils sont atteints ordinairement c -sent quand ils la voient et ils cherchent à s'en emparer par des mouvements plus ou moins coordonnés. C'est là la première ébauche de mouvement volontaire, et c'est le seul du reste. Remarquons ici que chez ces êtres où les mouvements volontaires sont à leur minimum, les mouvements automa-

liqucs, sous forme de tics variés, sont au contraire à leur maximum.

A un degré encore plus élevé, nous voyons la volonté se manifester par des mouvements plus complexes, mais capables de devenir secondairement automatiques. Telle est la marche. Celle-ci, avant d'être presque réflexe comme chez l'individu normalement développé, exige en effet pour être apprise un certain effort dont beaucoup d'idiots sont toujours incapables, ou chez lesquels du moins il ne devient possible que très tardivement. Dans la majorité des cas, on constate en effet un retard considérable dans la marche qui ne commence qu'à trois, quatre, cinq ans et plus encore.

Au delà il est une autre manifestation de la volonté qui est très caractéristique. C'est un phénomène d'arrêt, c'est l'action volontaire sur les sphincters. La possibilité de retenir ses dejeelions est consécutive à la possibilité de marcher che/ les idiots, et lorsqu'on observe leur déchéance, on la voit aussi disparaître avant la marche, la loi de régression étant ainsi parfaitement observée. Ce défaut d'action sur les sphincters est souvent incurable et ceci prouve alors que l'individu u'esl pas susceptible d'éducation. Quand, au contraire, on arrive à le vaincre par les moyens appropriés, on peut espérer développer suffisamment l'attention et la volonté pour rendre l'éducation possible.

Le summum de la manifestation de la volonté est dans l'attention volontaire. Nous avons déjà assez longuemenl étudié cette question pour n'y pas revenir ici. Mais, d'après ce que nous avons dit, nous voyons combien la volonté esl faible chez les idiots.

Dans l'élude de la volonté, nous avons, outre son degré de développement général, différents autres points à considérer: ce sont les mobiles physiques, intellectuels et moraux, qui déterminent les volitions, la façon dont le choix et la détermination se produisent. Subsidiairement, nous étudierons la suggestibilité, la conscience et la personnalité et, comme conséquence, la responsabilité des idiots et des imbéciles au point de vue moral et civil.

MOBILES DES VOUTIONS

si nous considérons la volition comme une réaction consciente de l'excitation du cerveau, nous pouvons, en nous reportant à ce que nous savons des phénomènes d'attention, prévoir ce qui se passe pour la volonté. Nous avons vu, en eftet, que l'attention est d'abord attirée chez l'idiot par ce qui satisfait ses besoins physiques les mieux ou les seuls sentis chez certains — puis par les sentiments cl les émotions, et entin par les faits purement intellectuels. Eh bien ! il en est de même pour les volitions. Ce qui chez l'enfant sollicite le plus vivement des mouvements, c'est le désir, c'est-à-dire le besoin, pais le plaisir ou la douleur, c'est-à-dire les sentiments, enfan les phénomènes intellectuels proprement dits.

Cet ordre, que nous observons dans cette évolution psychologique de l'idiot, est donc le même que chez les enfants ordinaires et se montre semblable non seulement en général, mais en particulier pour les diverses manifestations psychiques. La différence, c'est qu'au lieu que l'évolution soit complète, elle s'arrête en chemin à un degré plus ou moins avance.

Chez les idiots les plus inférieurs, on n'observe pas trace de volition. Les besoins les plus naturels, les instincts primordiaux de la nature humaine semblent ne pas exister. C'est le besoin de manger qui apparaît le premier, comme chez le jeune enfant et qui subsiste quelquefois seul pendant toute la vie chez l'idiot. C'est le seul mobile de leurs actes, et encore ces actes sont-ils extrêmement simples. Tandis que, chez l'homme normal, ce besoin le pousse à se déplacer, à chercher sa nourriture par des moyens de plus en plus compliqués avec le développement social et individuel, chez l'idiot il détermine seulement un mouvement de préhension, souvent même un simple cri manifestant le besoin ressenti par lui, et cela en présence seulement de la nourriture. Aucun autre mobile ne peut agir. L'émotion de la crainte ou du plaisir est impossible à déterminer chez lui. Pour que ces mobiles affectifs puissent agir, il faut que l'attention soit possible, car avec elle la mémoire et l'association des idées se développent. On peut dès lors les déterminer à agir sous l'influence d'un geste impératif, de la crainte ou de la douleur exprimées non par des paroles qu'ils ne sauraient comprendre, mais par l'into-

-1K PSYCHOLOGIE DE l/IIHUT i;ï de L'IMBÉCILE

nation, que tes «'niants normaux comprennent aussi, bien longtemps avant de saisir le inoindre sens des mots.

Le pouvoir d arrêt de la volonté se développe plus tardivement que le pouvoir d'action, de même que chez les enfants ordinaires, et il n'est jamais aussi développé. 11 en résulte que l'impulsion est la forme la plus fréquente d'activité chez les idiots et même chez les imbéciles. Il y a en effet une différence énorme entre les deux. Chez l idiot, l'excitation nécessaire pour déterminer un mouvement devant toujours être très forte, la mise en jeu du pouvoir d'arrêt n'a souvent pas de raison d'être. 11 n'a lieu d'intervenir que si l'excitation détermine le passage à l'acte. Cbez lui ce n'est pas le pouvoir d'arrêt qui empêche l'acte de se produire, c'est le défaut d'une action suffisante. Il n'y a donc pas équilibre entre les deux pouvoirs, il y a insuffisance de l'un et absence de l'autre. Cette proposition n'existe pas chez l'imbécile. Chez lui il y a impulsion vive, réaction rapide, souvent fausse, par suite de l'association vicieuse que nous avons signalée chez lui. Le pouvoir d'arrêt n'est que très faible. Mais l'excitation élant suffisante pour produire l'acte, il se produit sous forme de véritable réflexe, sans que rien vienne l'enrayer.

Nous ne parlons pas ici, bien entendu, des impulsions inconscientes qui poussent les idiots à briser, à incendier, a tuer sans motifs, sans comprendre ce qu'ils font, mais bien des impulsions conscientes qu'ils ne peuvent maîtriser. Or. c'est souvent chez les imbéciles qu'on rencontre ces dernières. Ils agissent criminellement pour satisfaire un penchant parce qu'ils éprouvent du plaisir à le satisfaire. Aussi dangereux l'un que l'autre, l'idiot et l'imbécile ne le sont pas au même titre et nous aurons lieu au point de vue médico-légal de revenir sur cette différence capitale pour nous.

C'est aux imbéciles que peut s'appliquer <••• passée de Ribot :« L'adaptation intellectuelle est tirs faillie, du moins très instable; les motifs raisonnables sont sans force pour agir ou empêcher ; les impulsions d'ordre inférieur gagnent tout ce que les impulsions d'ordre supérieur perdent. La volonté, c'est-à-dire l'activité raisonnable, disparaît et l'individu retombe au règne des instincts.

inhibition m la yolontk

Les sentiments capables de déterminer des volilions sonl diffireats ehez les idiots et les imbéciles. Avec les premiers, on obtiendra beaucoup plus par la douceur, par la confiance qu'on leur inspire ipie par tout autre moyen. Cl autant on peu! en tirer quand on emploie ces procédés, autant ds deviennent impossibles à diriger et à éduquer quand ou veut agir brusquement. Avec la majorité des imbéciles, c'est au contraire par l'ostentation de la force, par l'intimidation, par la crainte gu'oopeut arriver à les faire travailler. Dès (pion se relâche, la discipline, la grossièreté reparaissent.

11 en est de même pour un autre mobile, l'amour-propre. Très peu développé chez l'idiot, il l'est au contraire beaucoup che/ l 'imbécile, et, en le stimulant, on peut arriver à lui faire taire des choses qu'il n'aurai! jamais faites autrement. Il est a remarquer en outre qu'on obtient beaucoup plus en nattant cette tendance qu'en l'humiliant. Toute satisfaction d'une tendance est du reste plus capable de déterminer un acte que son arrêt.

Quant aux sentiments affectifs proprement dits, à l'affection pour les parents, à l'amour, à l'amitié, ce sont des mobiles également différents chez les deux catégories de sujets. Che/. les idiots, les sentiments affectifs, quand ils sont capables de naître, sont plus marqués que cbez les imbéciles. La peine que les idiots ont l'air de faire aux personnes qui s'occupent d'eux les touche beaucoup plus que les imbéciles. Ceux-ci peuvent en effet s'attendrir sur le premier moment. Mais ils oublient très rapidement qu'ils ont pu causer du chagrin, soit qu'ils n'en aient pas conscience, soit qu'en ayant conscience ils y soient indifférents. Le défaut de développement sexuel chez, la plupart des idiots entraine aussi l'absence d'émotion sexuelle et des actes qui en découlent. Chez l'imbécile, au contraire, les fonctions génitales sont souvent très développées, l'émotion sexuelle très forte, pervertie en outre et impulsive. Aussi est-ce cette catégorie d'individus qui se rendent coupables de la plupart de ces crimes et attentats monstrueux accomplis avec un cynisme inouï, accompagnes • le raffinements de cruauté et de brutalité sans but, ces viols, suivis de dépeçage de la victime, accompljs sur de tout jeunes

enfants, de vieilles femmes, des cadavres. Sous ce rapport l'imbécile est un être beaucoup plus dangereux que l'idiot.

Il nous reste à considérer les mobiles intellectuels, c'est-àdire les actes accomplis sous l'influence d'un jugement ou d'un raisonnement. En étudiant ce dernier, nous avons vu combien il était rudimentaire chez les idiots, faussé chez les imbéciles. C'est donc seulement à des raisonnements très simples qu'obéira l'idiot. Encore ce raisonnement, faudra-t-il le lui formuler le plus souvent, car il en est incapable, à moins que ce ne soit plutôt un simple jugement qu'un raisonnement. Chez l'imbécile, le raisonnement étant souvent faux, les actes qui en découleront comme conclusion ne sauraient rire qu'inopportuns p ur conséquent. Ce n'est du reste pas en vertu de raisonnements qu'ils agissent le plus souvent, mais bien de jugements seulement. Or, nous avons vu la rapidité de leur réflexe moteur. Ils jugent à tort et à travers sur la première impression qui les frappe, qu'elle corresponde ou non à la qualité fondamentale de l'objet considéré. L'acte suit aussitôt le jugement porté, car rien ne vient le contre-balancer. tant il s'impose à l'esprit comme absolu.

Ceci nous amène à considérer la façon dont les idiots font choix, et, se déterminent. Vouloir, c'est choisir pour agir, dit Ribot. Trois cas peuvent se présenter : ou l'impulsion manque et aucune tendance à agir ne se produit (aboulie) : l'impulsion trop rapide et trop intense empêche le choix; enfin il est des cas où la volonté ne se constitue què sous une forme chancelante, instable et sans efficacité. Ces trois cas, qui représentent, des affaiblissements de la volonté, se rencontrent chez les idiots et imbéciles.

Chez les idiots, c'est surtout le premier cas qui se présente, quelquefois le second. Chez l'imbécile, c'est souvent le second et surtout le troisième. Mais ce sont là des indications générales, et, dans la pratique, il y a lieu d'observer un peu plus de détails. Laissons les premiers cas où l'idiot, insensible a toute excitation, indifférent à tout, ne sait et ne peut pas vouloir, et examinons surtout la façon dont il choisit et dont il se détermine à agir quand il en est capable : Chez l'idiot, à quj on présente deux choses susceptibles de lui faire plaisir, on

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