‹ Psychologie de l'idiot et de l'imbécileChapitre 81 sur 90 · DÉTERMINATION · texte numérisé non relu

DÉTERMINATION

voil souvent une grande hésitation pour choisir entre les deux. Il va d'un objet à l'autre, sans pouvoir se décider. Souvent il est difficile de lui faire comprendre qu'il doit choisir une chose à l'exclusion de l'autre. Il veut prendre les deux objets ensemble et se fâche quelquefois quand on lui relire celui sur lequel il n'a pas d'abord mis la main : il ne choisit donc pas, souvent parce qu'il ne sait pas choisir. Cette hésitation qu'il met à se décider entre deux objets, il la met plus encore dans le choix de ses idées. Aussi se détermine-t-il le mieux quand il n'a pas de choix à faire, ce qui prouve la faiblesse de sa volonté. Son inaction, son indifférence doivent tenir en grande partie à cet état d'indétermination dans lequel il est plongé.

L'imbécile, mis à même de choisir entre deux objets désirables, n'hésite guère. Si on lui présente les deux choses en même temps, il semble prendre au hasard, ou en vertu d'un motif le nattant plus vivement, sans raisonner sur les avantages réels et futurs qu'il en pourra retirer. Souvent, après avoir choisi le premier objet, il se décide pour le second, et cela un certain nombre de fois après plusieurs oscillations entre les deux objets. Si on lui présente séparément les deux objets, il choisit tout de suite le premier. Puis, quand arrive le second, il abandonne aussitôt le premier. C'est toujours à l'impression du moment qu'il obéit. Mais souvent, d'un mot, vous le faites changer de détermination. Une fois en possession de l'objet choisi, il est bien rare qu'il ne regrette pas celui qu'il a laissé. Tandis que l'idiot ne sait pas se décider, mais se tient à sa détermination, une fois que pour une raison ou une autre il en a pris une, l'imbécile oscille sans cesse, abandonne une idée pour en prendre une autre, revenir à la première, et ainsi de suite, sans ligne de conduite. Nous avons pris un exemple simple et concret, portant sur le choix des deux objets matériels; que sera-ce donc lorsqu'il lui faudra se déterminer entre plusieurs idées, entre plusieurs mobiles ! Cette indécision de son esprit explique son instabilité caractéristique.

L'imbécile est en outre d'une extrême suggeslibilité. Aujourd'hui qu'on s'occupe vivement, et avec raison, de cette question de la suggestion à l'état normal, il n'est pas sans intérêt

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de voir son étendue chez les imbéciles. Il esi deux eus où elle, est peu praticable. C'est un affaiblissement extrême ou, au contraire, une grande intensité de l'impulsion volontaire. Quand la volonté est au contraire instable et mobile, on comprend quelle prise elle a sur les individus. C'est ainsi qu'elle agit beaucoup plus chez les femmes que chez les hommes, chez les gens nerveux que chez les gens nor.: aux, chez les enfants que chez les adultes.

Chez l'idiot, où la volonté est toujours très affaiblie, où les déterminations motrices se produisent si diflicilement, la suggestibilité est très faible et n'existe pour ainsi dire pas. L'acie suggéré ne s'impose pas plus que l'acte spontané et même moins que lui, car on ne met en jeu qu'un seul motif, alors qu'il en existe toujours plusieurs dans l'esprit, si faibles qu'ils soient et si inégaux en valeur, pour déterminer un acte volontaire. Il est tout naturel qu'une simple impression, forcément de peu de durée, ait bien de la peine à se fixer dans un cerveau aussi rebelle que celui d'un idiot et ne puisse lutter avec avantage contre des impressions et des tendances anciennes qui, nous l'avons vu, se fixent avec une grande ténacilé chez l'idiot. Leur inditférence à agir est. de plus, une cause qui les empêche de se laisser suggestionner.

Tout autre est la tendance des imbéciles. Chez eux. an contraire, on observe une suggestibilité extrêmement grande, mais de peu de durée. Quand ils font quelque mauvais coup, ils entraînent toujours d'autres camarades avec eux, et bien souvent arrivent ainsi à commettre des actes criminels par suite de la simple suggestion d'un d'entre eux, ou de quelque circonstance de peu d'importance. Si nous ajoutons que cette suggestion se fait surtout dans le sens de leurs tendances naturelles et de leurs instincts, et si nous rappelons qu'ils ont en général un caractère an ti social remarquable, nous comprendrons combien celte facilité de la suggestion est redoutable chez eux et combien il faut en tenir compte au point de vue médico-légal.

Si la suggestion est possible chez eux, cela prouve que les idées qu'on leur suggère sont aussi puissantes pour les faire agir que celles qui sont déjà fixées dans leur cerveau, ou.

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pour mieux dire, cela signifie que ces dernières sont si |>eu tenaces que leur pouvoir n'est pus plus fort que celui d'une impression récente. Cela prouve en outre que ce qui détermine l'acte est un seul motif, une seule idée, car autrement, si le motif qui les déterminerait à agir en sens opposé éveillait des associations préalables énergiques, il est évident que toutes ces idées, si faibles qu elles fussent séparément, l'emporteraient par leur somme sur une nouvelle idée suggérée. La suggestibilité de ces malades montre donc le peu de ténacité, le peu d'intensité des impressions anciennes et le peu de force des associations d'idées. Aussi le pouvoir d'arrêt estil à son maximum. La moindre incitation récente un peu vive efface la tendance qu'on s'est efforcé depuis longtemps de leur faire acquérir.

Si on compare leur suggestibilité avec celle des hystériques, on constate qu'elle a une grande analogie. Chez ces derniers, la suggestion par les personnes se fait de deux façons, ou parce qu'elles n'ont pas plus de volonté qu'eux ou parce qu'elles en ont beaucoup. C'est en effet soit des personnes esclaves de leurs caprices qui leur font partager leurs idées par imitation, ou au contraire des personnes qui leur commandent énergiquement ce qu'ils ont à faire. Hors de ces deux, termes, pas de milieu. Il eu est de même des imbéciles. Les moindres actes ou idées déraisonnables dont ils sont témoins déterminent chez eux l'impulsion à les imiter et à les suivre ; ou bien il faut qu'ils craignent leur maître ou aient une absolue confiance en lui, ce qui est plus rare, pour qu'ils se laissent diriger.

Les imbéciles subissent très facilement la contagion morale. Despine (1) rapportait l imitation à quatre causes : 1° l'instinct d'imitation, d'autant plus développé que l'individu est moins avancé en âge et que son intelligence est plus oblitérée; 2" la loi de l'intérêt; 3° la contagion morale; 4° la contagion nerveuse. Nous avons ici affaire à la troisième cause pour nous expliquer la facilité avec laquelle les imbéciles imi-

i Despine, De Cimitation considérée au point de une des différents principes qui la déterminent. Annales méd.-psych., 1871.

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lent les actes qu'ils voient commettre, et, comme dit Esquirol : « Ce principe d'imitation est sans contredit le plus important à cause des conséquences graves qui en dérivent. » Ils obéissent en eflet à cette loi naturelle que pose Despine : Toute manifestation des instincts de l'àme, sentiments et passions quelconques, excite des sentiments et des passions semblables, et par conséquent des désirs semblables chez les individus qui sont susceptibles d'éprouver ces éléments instinctifs à un certain degré. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui la suggestion.

L'étude de la conscience et de la personnalité ne peut qu'être déduite de ce que nous savons du fonctionnement du reste de l'intelligence, la conscience n'étant qu'un phénomène surajouté aux faits psychiques et ne les constituant pas, et la personne n'étant que la coordination, la synthèse des phénomènes conscients dans leur continuité. Comme il est déjà bien difficile d'analyser ces phénomènes chez l'individu normal, capable de dire ce qu'il éprouve, comment il pense, et d'observer les autres, et qu'où est obligé, pour y arriver, d'étudier d'abord les éléments dont ils se composent et les anomalies qu'ils peuvent présenter pour y chercher leur caractéristique, à plus forte raison serons-nous réduit, chez des êtres comme ceux que nous étudions, à agir par déduction, d'après ce que nous avons déjà appris d'eux.

Dans quelle mesure les idiots ont-ils conscience de leurs actes et de leur personnalité, quelle est chez eux la part du conscient et de l'inconscient, lequel l'emporte sur l'autre, voilà amant de questions qu'il est bien délicat de résoudre.

Chez les idiols absolus, purs automates végétatifs, il est bien vraisemblable qu'aucun acte n'est à proprement parler conscient. Si, d'&utre part, nous considérons quelles faibles sensations organiques ils ont, nous sommes amené à nous demander s'ils n'ont rien d'analogue au sentiment de leur propre existence, de leur personnalité. Les mutilations volontaires auxquelles ils se soumettent paraissent bien propres à faire penser qu'ils n'ont qu'une conscience très vague de leur personnalité en même temps qu'une, sensibilité singulièrement atté nuée.

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