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CHAPITRE IV

La création intellectuelle et le jeu des éléments psychiques

Les principales conditions de l'invention peuvent se résumer ainsi : une tendance, assez forte en général, profite comme elle peut, pour se satisfaire et se compléter, des conditions qu'elle rencontre. Elle synthétise avec les éléments psychiques qui la constituent certains autres éléments qu'elle dégage soit des sensations et des perceptions qui lui arrivent du dehors, soit des sentiments, des idées, des autres habitudes qu'elle rencontre dans l'esprit.

Entrons un peu plus dans le détail des phénomènes et nous comprendrons mieux comment s'opère la synthèse créatrice, et par quels tâtonnements en bien des cas, comment le jeu personnel et indépendant des éléments psychiques intervient ici, et reste souvent une condition à peu près nécessaire. Nous comprendrons ainsi certains caractères de l'invention et de l'esprit créateur qui dérivent de ce fait. Il ne faut pas croire que l'esprit invente par le seul développement spontané des idées directrices, ou du

moins ce développement ne se fait généralement, surtout pour les cas un peu compliqués, que par l'activité indépendante des éléments psychiques. Nous nous rendrons mieux compte encore de ce mode d'action quand nous étudierons comment l'invention se développe. L'idée directrice générale intervient pour choisir, pour accepter ou rejeter les éléments qui lui sont offerts, mais, ces éléments, ce n'est généralement pas elle qui les évoque. Ils sont en bien des cas le produit du jeu spontané, quoique surveillé, des idées et des images, de tous les petits systèmes qui vivent dans l'esprit. Ce jeu fait naître continuellement, ou il isole et prépare de nouvelles idées, de nouvelles images, parmi lesquelles la tendance directrice choisit pour opérer la synthèse inventive.

Pour montrer ce travail je vais donner un exemple concret. Un poète de talent qui est en même temps un observateur précis et un analyste lucide, M. Roger Dumas a bien voulu me donner des notes sur la façon dont il a composé une de ses meilleures pièces, la Tristesse de BavidK En voici le sujet : Le vieux roi, inquiet du sang versé et soucieux de l'œuvre à laquelle il a collaboré, s'adresse à Dieu pour être rassuré et demande sinon une prolongation de sa vie, au moins une association moins imparfaite aux desseins du Maître. Nous voyons nettement dans les notes qui suivent comment la tendance primitive (instinct littéraire assez complexe qu'il n'est pas utile d'analyser ici) prend la forme spéciale qui va diriger la formation de l'œuvre, nous suivons par le menu la création de l'idée principale et nous saisissons aussi le pullulement des images que triera l'idée

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