‹ Psychologie de l'inventionChapitre 27 sur 54 · L'INVENTION DANS L'ACTIVITÉ · texte numérisé non relu

L'INVENTION DANS L'ACTIVITÉ

trouble. Mais lorsqu'une résolution importante et nouvelle vient se proposer à nous, lorsqu'il faut rompre le cours des habitudes, comme lorsqu'il faut rompre les associations d'idées ordinaires et créer une conception neuve, il se produit un phénomène spécial plus ou moins net et plus ou moins marqué selon les circonstances. Les tendances déjà organisées doivent, pour effectuer la nouvelle adaptation devenue nécessaire, et satisfaire le désir qui y correspond, trouver des éléments appropriés, et, en se les annexant, former une combinaison inusitée, rapprocher des motifs qui ne s'étaient jamais rencontrés, en disjoindre d'autres, associer un sentiment avec des actes qu'il n'avait pas encore inspirés. Souvent ainsi l'on voit naître et grandir une tendance nouvelle qui n'arrive pas à déterminer l'acte par lequel elle doit se satisfaire, comme nous avons vu se développer un désir intellectuel auquel manquait l'élément qui devait, en le satisfaisant, donner au système dont il était l'ébauche sa forme définitive. Et l'esprit reste souvent incertain ou impuissant devant l'acte, comme il restait incertain et impuissant devant l'idée, jusqu'au moment où se produit la crise, parfois accidendelle, qui représente, dans l'ordre de l'activité, ce que représentaient dans l'ordre de la création intellectuelle, la lecture par Darwin du Principe de population, on la quasi-noyade de Berlioz. Tantôt la connaissance d'ua acte semblable accompli par un autre enlève les dernières hésitations, fixe la volonté; d'autres fois c'est une impression plus forte qui vient bouleverser l'esprit pour le réorganiser sur un nouveau plan; parfois nous constatons seulement le résultat de la lutte normale des désirs, le dénouement logique d'un conflit, parfois encore l'effet d'une excitation diffuse, sans rapport avec l'acte pour l'accom-

plissement duquel elle prête sa force, l'énervement d'un temps orageux, l'impulsion donnée par un excitant qui secoue la volonté comme Tintelligence. On boit pour s'aider à vouloir, comme pour s'exciter à penser, moyen ruineux dans les deux cas, mais qui, en une circonstance donnée, peut être efficace.

Pour un motif ou pour un autre, l'esprit impuissant jusque là, s'est ressaissi, et il s'est plutôt même, on peut le dire, constitué. La synthèse nouvelle des motifs s'est opérée avec les mêmes caractères que la synthèse des idées : systématisation d'éléments plus ou moins épars, rejet d'éléments disparates, triage des parties de sentiments et d'idées favorables. Un fait nouveau s'est formé, et comme l'invention, l'acte volontaire repose sur une base de routine et d'imitation, il se rattache à toute une série de faits moins visibles sans lesquels il ne serait pas. Comme l'invention encore, il peut avoir tous les degrés de nouveauté, de fécondité, de force et d'importance. Dans ses formes les plus basses, il est insignifiant, presque invisible, à peine distinct de l'automatisme et de l'imitation, dans les plus hautes il met tout l'être en émoi, il le crée en partie, et va devenir le principe d'un automatisme nouveau, comme l'invention va produire une méthode assujettissante. Et comme il est des routiniers, des imitateurs et des inventeurs, il est aussi des automates, des caractères faibles et suggestibles, et des êtres de volonté. Dans le phénomène de la volonté comme dans celui de l'invention, nous retrouvons les trois éléments parallèles, et si nous descendions aux détails de la genèse de l'acte, nous les trouverions, dans un cas et dans l'autre» identiques.

Il ne s'agit point, bien entendu, de confondre Tiotelligence avec la volonté, et la création intellectuelle

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