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L'INVENTION ET SON DÉVELOPPEMENT

dans le même sens, pour arriver à constituer un système qui va s'organisant de plus en plus et se transformant en s annexant sans cesse de nouvelles idées par lesquelles certaines de ses parties et quelquefois sa signification générale se modifient plus ou moins. Sans doute ces différentes annexions diffèrent, tant pour l'importance que pour Toriginalité. Il en est qui, plus que les autres, influent sur la nature et la destinée du système, mais ces différences ne vont que du plus au moins et elles diffèrent elle-même d'importance d'une évolution à l'autre. En certains cas l'histoire d'une œuvre tourne pour ainsi dire autour d'une invention principale qui attire les yeux tout d'abord et à laquelle les autres viennent seulement se subordonner. D'autres fois, au contraire, c'est à peine si quelques-uns des éléments du processus paraissent dépasser les autres en importance. Mais ces cas qui vont d'une sorte de monarchie absolue à une apparence de république égalitaire admettent toutes les formes intermédiaires. Et l'invention se trouve être ainsi l'élément d'une évolution assez complexe, dont les autres éléments sont encore — à certain degré au moins — des inventions analogues à elle-même, et se distinguent par un caractère plus marqué ou moins marqué de nouveauté et d'importance.

Si les modifications mentales qui peuvent finir par constituer une œuvre d'art ou de science sont ainsi ou peuvent être de petits faits qui se groupent et se combinent, de petits faits dont chacun, dans une mesure variable selon les cas, garde sa valeur et comme son individualité propre, peut-on dire qu'il y a évolution de l'œuvre, de l'idée, et que faut-il entendre par là? Une chose qui évolue semble marcher d'elle-même, par une force interne et néces-

saire, dafts un chemin tracé d^avance. Cette idée, d'ailleurs peu conforme aux théories darwiniennes, mais plus en harmonie, semble-t-il, avec le système de Spencer, est encore assez généralement acceptée, quoique certains philosophes, M. Tarde, par exemple, ou M. William James, aient commencé à réagir contre elle. Les faits que aous aurons à examiner ici lui sont contraires, bien qu^îis puissent parfaitement expliquer comment on a pu tat tenir pour vraie et qu'ils la montrent réellement fondée, en certains cas, sur une part de réalité. Il faut tenir compte, en effet, des différences qui distinguent les naes des autres les différentes façons dont les inventîoas se développent et se transforment, et, s'il est possible de les exprimer toutes par une formule abstraite, on ne peut comprendre leur nature réelle et concrète qu'en reconnaissant les formes variées sous lesquelles elles se présentent à nous et qui constituent des groupes de faits assez différents.

En nous plaçant à ce point de vue, nous aurons à étudier Irois formes de développement ou de transformation. La première est un développement par évolution proprement dite, la seconde un développement par transformation, et la troisième un développement, ou simplement, en certains cas, un changement par déviation. Il y a plus qu'une question de psychologie engagée dans cette étude et les conclusions que nous devons tirer de l'analyse des faits peuvent suggérer des synthèses très générales, des vues d'ensemble, que j'espère reprendre ailleurs, sur l'évolution des sociétés et des mondes.

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