INVENTION ET EXCITATIONS
plus avoir aucun rapport logique avec les circonstances qui ramènent. Ce rapport, on peut le trouver encore, mais considérablement affaibli, dans les cas de Berlioz, de M. Massenet, de M. Legouvé. Tandis que, tout à Theure, c'était bien une partie de Tinvention elle-même qui venait enrichir le système imparfait qui l'attendait dans Tesprit, et l'achever ou même le susciter, maintenant les systèmes se succèdent simplement autour de l'impression produite; l'identité ou l'analogie du sentiment suggéré par l'événement extérieur et du sentiment que tend à produire la tendance qui doit se compléter par la création intellectuelle est le seul lien entre l'invention et les circonstances qui la précèdent. Elle détermine l'association qui unit ces divers phénomènes et fait succéder à l'état latent de la tendance et à l'impression extérieure la synthèse inventive. L'analogie des impressions que donnent les deux états suggère le second quand le premier est donné.
Dans le cas de Darwin, que la musique faisait trop fortement penser à ses études scientifiques, cette analogie s'affaiblit au point de disparaître peut-être entièrement. La synthèse nouvelle apparaît ici, en quelque sorte, comme la résonance propre, comme l'émanation logique de l'esprit, de la tendance qui la produit et qui vibre selon sa nature sous le choc extérieur, mais en produisant ainsi et en s'assimilant des éléments nouveaux pour la formation desquels elle utilise la force de ce choc.
Alors rinvention se rapproche singulièrement de phénomènes qui, au point de vue psychologique, sont assez élémentaires et que j'ai déjà rappelés tout à l'heure. La tendance intellectuelle, scientifique ou artistique, prend ici le même mode d'existence que la sensibilité sensorielle par exemple et réagit
de la même façon. Elle est organisée de telle sorte que toutes les excitations qui lui parviennent ne font que la déterminer à s'exercer, à s'actualiser pour ainsi dire, selon sa nature propre, et de telle façon que la nature de l'excitation paraît sans influence marquée sur celle du phénomène provoqué. L'excitation de la tendance intellectuelle donne une invention philosophique ou musicale comme l'excitation transmise aux centres sensoriels par le nerf optique, quand on comprime le globe de l'œil par une pression exercée au coin des paupières, donne un phosphène, un cercle lumineux, une impression visuelle. Les phosphènes aussi sont une sorte d'invention, pour l'individu, si tous les phosphènes ne sont pas absolument identiques les uns aux autres, et surtout ils ont été une invention dans la vie de l'espèce, et une invention dans laquelle l'organisation acquise joue un rôle beaucoup plus important que l'excitation qui l'amène et qui n'agit que pour donner aux tendances psychiques organisées une occasion de s'exercer. Ceci peut être généralisé, et comme il n'y a rien dans le monde extérieur qui paraisse ressembler à une sensation, à une couleur, à un son ou à une impression de contact, chaque perception nouvelle est en somme une invention de notre esprit faite exactement d'après le procédé que nous constations tout à l'heure. L'esprit tire parti de la nature extérieure et des excitations qu'il en reçoit pour construire des synthèses qu'il crée selon ses propres aptitudes, selon les tendances qui sont déjà organisées en lui et qui s'incarnent en des phénomènes nouveaux à certains égards. Seulement, autant qu'on en peut juger, l'invention est moindre dans le domaine de la perception que dans celui des sentiments et des idées. C'est que, nos appareils psy-