Bévue Bleue, 22 mai
Cette invention par transposition de sens ne paraît pas rare chez les musiciens. De même, on voit chez d'autres esprits, par une opération semblable et inverse, l'excitation musicale se transformer en idées abstraites ou en images visuelles. Je me souviens d'avoir entendu dire à un amateur de peinture que l'audition de je ne sais plus quel morceau lui inspirait des images précises de personnages dansants, de mouvements rythmés. C'est tout à fait le cas de M. Massenet, retourné. Berlioz inventait des mélodies par le même procédé. Il prend un jour un exemplaire des Orientales ouvert à la page où se trouve la Captive^ il lit les vers de Hugo, et immédiatement, se tournant vers un ami : « Si j'avais là du papier réglé, j'écrirais la musique de ce morceau, car ^e Ventends ^ ». Une autre fois, voulant composer une cantate avec chœurs sur le Cinq mai de Béranger il se trouve arrêté court au refrain :
Pauvre soldat, je reverrai la France, La main d'un fils me fermera les yeux.
Il s'obstine d'abord vainement, puis renonce. Deux ans après il tombe dans le Tibre, pense se noyer, et, s'apercevant qu'il en est quitte pour un bain de pieds, sort du fleuve en chantant la phrase musicale vainement cherchée jusque-là^. Inversement M. Legouvé, inspiré par l'audition au piano d'une mélodie de Schubert, compose en un quart d'heure trois strophes pour l'accompagner et remplacer le texte allemand dont la traduction était déclarée impossible.
En suivant la série des faits dans le sens voulu, nous arrivons vite à des cas où l'invention ne paraît