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PORTÉE SOCIALE DE LA CROYANCE

Par saforce communicative, la croyance est la puissance qui crée les coteries, les nations, les religions (1), c'est donc un rouage essentiel de la sociologie, le principe de toute cohésion : sans l'uniformité de croyances, fondement de Vopinion, de Vautorité, nulle société ne pourrait se maintenir. Car, supposons une communauté où chacun rejetterait délibérément tous les préjugés, entreprendrait le libre examen de tout ce qui est admis, pour aboutir à des convictions à lui seul propres et se diriger d'après des principes s'écartant de ceux reçus. Cette communauté serait non seulement vaincue dans le combat pour l'existence, mais elle n'arriverait même jamais à se constituer, enfermant dans son sein un principe de mort. Cette société resterait dans le chaos, impuissante à s'élever audessus de la désagrégation.

L'uniformité de croyances, c'est le ciment qui assure la stabilité de toute société et réalise entre ses membres la solidarité. Elle aura, d'ailleurs, d'importantes conséquences politiques : si elle se réalise pleinement, un régime communiste s'ensuivra, car « la propriété n'étant que l'extension de la personne sur les choses, là où la personnalité sera collective la propriété devra l'être aussi (2) ». Notre législation n'est constituée elle-même que « par ce qui, de nos croyances inconscientes a émergé dans la conscience sociale (3) » et il n'est pas jusqu'aux Révolutions qui ne soient liées à nos croyances. Car ce qui les constitue, « c'est le déplacement des forces mises au service d'autres

(1) Balfour, Les bases de la croyance.

(2) Durkheim, La division du travail social.

(3) Andler, fjcs origines du socialisme d'État en Allemagne.

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croyances ; les excès violents viennent uniquement de ces croyances méconnues et des résistances qu'on leur oppose illégitimement quand elles vont triompher(l) »,

Enfin si Ton veut bien tenir compte du caractère social des religions, ^e rappeler que Técole de Hegel envisage r^tat et rÉglise comme deux aspects d'une môme iDsti" tution, on verra que le seul fait d'avoir été communes et contagieuses donne à certaines croyances leur caractère religieux. « Toute croyance partagée par unecommuqauté d'hommes prend un caractère religieux » 5 — des considérations intéressantes s'en déduisent, car ^i la religion semble aujourd'hui affaiblie, on pourrait ne pas s'en alarmer trop et penser qu'il s'agit moins d'une diminution de la croyance générale que d'une uniformité plus difficile à réaliser dans les croyances individuelles* Ce seraitlà l'effet de connaissances scientifiques inégalement réparties, de la spécialisation croissante qui amène avec elle un indivi» dualisme plus marqué, une complexité grandissante delà personnalité et partant une diversité plusgrande dans les croyances personnelles.

Principe constitutif des sociétés, la croyance en est en outre le principe conservateur. Toutes les convenance^ qui sont aujourd'hui lettres mortes furent primitivement dictées par des convictions. Le geste où elles se n^anifestent en garantit la continuité. C'est un signe qui, par son pouvoir suggestif, va réveiller la croyance prefpière qui jadis le dicta, de sorte qu'elle se réengendre elle-même. Par là est assurée à la croyance initiale une certaine stabi* lité et les convenances sont un frein qui protège la société contre l'anarchisme.

(1) Ibid.

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