‹ Psychologie de la croyanceChapitre 22 sur 25 · PORTÉE SOCIALE DE LA GROTANGE · texte numérisé non relu

PORTÉE SOCIALE DE LA GROTANGE

celai qui parle et pour celui qui écoute, n'est pas significatif des mêmes images, n'éveille donc pas les mômes émotions et ne peut donc pas déterminer les mêmes réactions. Un homme cherche à en persuader un autre au moyen du langage mais le mot n'évoque jamais chez Tauditeur que des représentations que celui-ci possède déjà; chacun ne travaille jamais qu'avec le fonds de notions qu'il a acquises par lui-même — c'est ce que Balzac sentait si bien en déclarant « qu'on ne comprend que ce qu'on retrouve en soi ».

D'où l'impossibilité de faire admettre à autrui des idées toutes nouvelles. Les paroles que nous lui adressons ne réveillent dans l'esprit de l'interlocuteur que les idées qui y ont été auparavant. « Des mots entendus ne sauraient introduire dans notre esprit aucune idée jusqu'alors inconnue (1). »

Mais si imparfait soit-il, le langage n'en reste pas moins la monnaie courante de la croyance. Impuissant à en refléter les fluctuations, il en assure, sous les changements, la stabilité. Toutes nos images mentales tendent à s'attacher à quelque chose de sensible comme pour gagner en corps et en vie, mais, à son tour, le mot par lequel elles se traduisent va éveiller dans l'esprit d'autrui des images correspondantes, sinon identiques, à celles qui l'ont engendré. Si je dis à quelqu'un : « L'été est une charmante saison » — aussitôt surgissent dans l'esprit de mon interlocuteur des images de même famille que celles qui étaient en mon esprit au moment où j'ai prononcé cette affirmation. Il pourray avoir des variantes : peut-être l'été évoquera-t-il chez l'un l'idée de chaleur, chez l'autre

(1) Locke, Essai sur V entendement humain (Liv. IV).

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celle d'un séjour à la. mer, iqaig d'ordinaire uoug jie développons pas, nous nous contentons du mot — substitut et rimage générique qu'il évoque assure le maintien d'une relative identité de croyance,

Le langage devient ainsi Texpre^ion de cette « suggestion à Tétat de veille n dont nous avons précédemroeot parlé. Rieo ne le fait mieux ressortir que les faits patholo-^ giques, qui nous montrent, grossis, les phénpïnènes nor^ maux. On sait qu'avec certains esprits faibles, certaines hystériques, il suffira d'affirmer : « Voilà un joli petit chien noir » pour qu'aussitôt des images s'éveillent, assez vives pour entraîner la croyance et faire que les malades affirment voir le joli petit chien noir.

Mais, comme dit Maudsley, « il n'est pas besoin d'être nerveux ou hystérique pour être influencé dans notre croyance par les paroles d'autrui, surtout s'il s'agit d'une personne 'qui a une forte confiance en ellemême (1) ».

Ainsi, nous le voyons, l'importance sociale du langage, au point de vue qui nous occupe, vient de ce qu'il assure la c/rcttte^/on de la croyance, Et comme, àcet effet, il dispose de mots relativement stables, son rôle est essentiellement conservateur : grâce à sa fixité, la croyance est assurée d'une certaine invariabilité, en même temps que le pourvoir évocateur des mots en garantit et en perpétue Tuniformité.

Le langage est donc l'instrument de cette cohésion sur quoi repose la force sociale et dont nous allons voir que la croyance est le principe,

(i) Maudsley, op. cit.

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