‹ Psychologie des foules (volume 3)Chapitre 11 sur 65 · IMPULSIVITÉ, MOBILITÉ ET IRRITABILITÉ DES FOULES · texte numérisé non relu

IMPULSIVITÉ, MOBILITÉ ET IRRITABILITÉ DES FOULES

La foule, avons-nous dit en étudiant ses caractères fondamentaux est conduite presque exclusivement-par l’in-

conscient. Ses actes sont beaucoup plus sous l'influence de

la moelle épinière que sous celle du cerveau. Les actions accomplies peuvent être parfaites quant à leur exécution, mais, le cerveau ne les dirigeant pas, l'individu agit suivant les hasards de l’excitation. La foule, jouet de tous

les stimulants extérieurs, en reflète les incessantes varia-

tions. Elle est donc esclave des impulsions reçues. L’indi-

ments, et d’autres encore, sont observables également

vidu isolé peut être soumis aux mêmes excitants que. l'homme en foule ; mais sa raison lui montrant les inconvénients d'y céder, il n’y cède pas. On peut physiologiquement définir ce phénomène en disant que l'individu isolé possède l'aptitude à dominer ses réflexes, alors que, la foule en est dépourvue.

Les impulsions diverses auxquelles obéissent les foules pourront étre, suivant les excitations, généreuses ou cruelles, héroïques ou pusillanimes, mais elles seront toujours tellement impérieuses que l’intérét de la conser- . vation lui-même s’effacera devant elles. | |

Les excitants susceptibles de suggestionner les foules: étant variés, et ces dernières y obéissant toujours, elles sont extrêmement mobiles. On les voit passer en un instant de la férocité la plus sanguinaire à la générosité ou à l’héroïsme le plus absolu. La foule est aisément bourreau, mais nou moins aisément martyre. C’est de son sein qu'ont coulé les torrents de sang exigés pour le triomphe de chaque croyance. Inutile de remonter aux âges héroïques pour voir de quoi les foules sont capables. Elles ne marchandent jamais leur vie dans une émeute, et il ya peu d'années qu'un générai, devenu subitement populaire, eût facilement trouvé cent mille hommes prêts à se faire tuer pour sa cause.

Rien donc ne saurait être prémédité chez les foules. Elles peuvent parcourir successivement la gamme des sentiments les plus contraires, sous l'influence des excitations du moment. Elles sont semblables aux feuilles que l’ouragan soulève, disperse en tous sens, puis laisse. retomber. L'étude de certaines foules révolutionnaires, nous fournira quelques exemples de la variabilité de leurs sentiments.

PRET é:

Cette mobilité des foules les rend très difficiles à gouverner, surtout lorsqu’ une partie des pouvoirs publics est tombée entre leurs mains. Si les nécessités de la vie | quotidienne ne constituaient une sorte de régulateur invisible des événements, les démocraties ne pourraient guère subsister. Mais les foules qui veulent les choses avec fré- [nésie, ne les veulent pas bien longtemps. Elles sont aussi | incapables de volonté durable que de pensée.

La foule n’est pas seulement impulsive et mobile. D le sauvage, elle n’admet pas d’obstacle entre son désir et la réalisation de ce désir, et d'autant moins que le nombre lui donne le sentiment d’une puissance irrésistible. Pour l'individu en foule, la notion d'impossibilité disparaît. L’homme isolé sent bien qu'il ne pourrait à Jui seul incendier un palais, piller un magasin; la tentation ne lui en vient done guère à l'esprit. Faisant partie d’une foule, il prend conscience du pouvoir que lui confère le nombre, et à la première suggestion de meurtre et de pillage il cédera immédiatement. L'obstacle inattendu sera brisé avec frénésie. Si l'organisme humain permet-! tait la perpétuité de la fureur, on pourrait dire que l’état normal de la foule contrariée est la fureur.

| Dans l'irritabilité des foules, leur impulsivité et leur mobilité, ainsi que dans tous les sentiments populaires

caractères fondamentaux de la race. Ils constituent le so invariable sur lequel gérment nos sentiments. Les foules sont irritables et impulsives, sans doute, maïs avec de grandes variations de degré. La différence entre une #oule latine et une foule anglo-saxonne est, par exemple, frappante. Les faits récents de notre histoire jettent une vive Lu sur ce point. En 1870, la publication d’un simple télé-

LE BON. — Psych. des foules. 2

SENTIMENTS ET MORALITÉ DES FOULES Que

que nous aurons à étudier, interviennent toujours les

qà

Fa *«

Page 1