LES FOULES ÉLECTORALES
è programme écrit du candidat ne doit pas être très fégorique, car ses adversaires pourraient le lui oppor plus térd; mais son programme verbal ne saurait fe trop excessif. Les réformes les plus considérables uvent être promises sans crainte. Sur le moment, ces agérations produisent beaucoup d'effet, et pour l'avenir Engagent en rien. L’électeur ne se préoccupe nullement beffet par la suite de savoir si l'élu a suivi la profession » foi acclamée, et sur laquelle l'élection est supposée oir eu lieu.
On reconnaît ici tous les ee de persuasion décrits is haut. Nous allons les retrouver encore dans l’action IS mots et des formules dont nous avons déjà montré le ssant empire. L’orateur qui sait les manier conduit 3 foules à son gré. Des expressions telles que : l’infâme p ital, les vils exploiteurs, l’admirable ouvrier, la sociasation des richesses, etc., produisent toujours lé même t, bien qu'un peu usées déjà. Mais le candidat qui ut découvrir une formule neuve, bien dépourvue de sens écis, et par conséquent adaptable aux aspirations les us diverses, oblient un succès infaillible. La sanglante Volutiôn espagnole de 1873 fut faite avec un de ces mots puiques, au sens complexe, que chacun peut interpréter î vant son espoir. Un écrivain contemporain en a raconté genèse en termes qui méritent d’être rapportés.
: Les radicaux avaient découvert qu'une république itaire est une monarchie déguisée, et, pour leur faire aisir, les Cortès avaient proclamé d’une seule voix la publique fédérale sans qu'aucun des volants eût pu dire qui venait d’être voté. Mais cette formule enchantait ut le monde, c'était un délire, une ivresse. On venait ugurer sur la terre le règne de la vertu et du bonheur.
pation des provinces, des institutions pareilles à celle
Un républicain, à qui son ennemi refusait le titre de fédé ral, s’en offensait comme d’une mortelle injure. On s’abor dait dans les rues en se disant : Salud y republica federall Après quoi on entonnait des hymnes à la sainte indisci pline età l’autonomie du soldat. Qu’était-ce que la « répt blique fédérale » ? Les uns entendaient par là l’'émane
des Etats-Unis ou la décentralisation administrative d’autres visaient à l’anéantissement de toute autorités l'ouverture prochaine de la grande liquidation social Les socialistes de Barcelone et de l’Andalousie préchaiel la souveraineté absolue des communes, ils entendaiet donner à l'Espagne dix mille municipes indépendants, n recevant de lois que d'eux-mêmes, en supprimant d même coup et l’armée et la gendarmerie. On vit bientt dans les provinces du Midi. insucretion se propager ville en ville, de village en village. Dès qu une CoMmMUr avait fait son pronunciamiento, son premier soin était € détruire le télégraphe et les chemins de fer pour coup toutes ses communications avec ses voisins et avec Madri LC Il n’était pas de méchant bourg qui n’entendit faire sa cuisine à part. Le fédéralisme avait fait place à un cant nalisme brutal, incendiaire et massacreur, 54 partout célébraient de sanglantes saturnales. » |
Quant à l'influence que des raisonnements potrraiel exercer sur l'esprit des électeurs, il faudrait n’avoir jen lu le compte rendu d’une réunion électorale pour n’êt pas fixé à ce sujet. On y échange des affirmations, d invectives, parfois des horions, jamais des raisons. 1 silence s'établit un instant, c’est qu’un assistant au cars tère difficile annonce qu'il va poser au candidat une ces questions embarrassantes qui réjouissent toujou l'auditoire. Mais la satisfaction des opposants ne au D longtemps, car la voix du préopinant est bientôt € verte par les hurlements des adyersaires, On peut consié
* suivants, pris entre des centaines d’autres semblables, et que j’emprunte à des journaux quotidiens : rare
s El
» « Un organisateur ayant prié les assistants de nommer : un président, l’orage se déchaîne. Les anarchistes bondis- » sentsur la scène pour enlever le bureau d’assaut. Les socia-
- listes le défendent avec énergie; on se cogne, on se traite mutuellement de mouchards, vendus, etc... un citoyen se
retire avec un œil poché.
« Enfin, le bureau est installé tant bien que mal au mi- . lieu du tumulte, et la tribune reste au compagnon X. + « L’orateur exécute une charge à fond de train contre les socialistes, qui l’interrompent en criant : « Crétin ! bandit! canaïille ! » etc., épithètes auxquelles le compagnon X... répond par l’exposé d’une théorie selon laquelle les socialistes sont des « idiots » ou des « RL ».
« … Le parti allemaniste avait pu soir, à la salle du Commerce, rue du Faubourg-du-Temple,une grande réunion préparatoire à la fête des Travailleurs du premier mai. Le mot d'ordre était : « Calme et tranquillité. » « Le compagnon G... traite les socialistes de « crétins » et de « fumistes ». à « Sur ces mots, orateurs et auditeurs s 'invectivent et en . viennent aux mains; les chaises, les bancs, les tables entrent en scène, etc., etc. »
N’imaginons pas que ce genre de discussion soit spécial
à une classe déterminée d’électeurs, et résulte de leur situation sociale. Dans toute assemblée anonyme, fût-ella exclusivement composée de lettrés, la discussion revêt
facilement les mêmes formes. J'ai montré que leshommes en foule tendent vers l’égalisation mentale, et à chaque instant nous en retrouvons la preuve, Voici, comme
exemple, un extrait du compte rendu d'une réunion uni-
. quement composée d'étudiants : 4ù DNA
LES FOULES ÉLECTORALES Ne
rer comme ie des réunions publiques les comptes rendus
« Le tumulte n’a fait que croître à mesure que la soirée : s'avançait ; je ne crois pas qu’un seul orateur ait pu dire . deux phrases sans être interrompu. À chaque instant les cris partaient d’un point ou de l’autre, ou de tous les points à la fois; on applaudissait, on sifilait: des discussions violentes s’engageaient entre divers auditeurs ; les cannes étaient ne menaçantes ; on frappait le plans cher en cadence; des clameurs poursuivaient les interrupteurs : « À la porte ! A Ia tribune! »
« M. GC... prodigue à l'association les épithètes d’odieuse et lâche, monstrueuse, vile, vénale et vindicative, et déclare qu’il veut la détruire, etc., etc... »
On se demande comment, dans des conditions pareilles, peut se former l'opinion d’un électeur? Mais poser une pareille question serait s’illusionner étrangement sur le degré de liberté dont jouit une collectivité. Les foules ont des opinions imposées, jamais des opinions raison: nées. Ces opinions et les votes des électeurs restent entre les mains de comités électoraux, dont les meneurs sont le plus souvent quelques marchands de vins, fort influents sur les ouvriers, auxquels ils font crédit. « Savez-vous ce qu'est un comité électoral, écrit un des plus vaillants défenseurs de la démocratie, M. Schérer? Tout simplement la clef de nos institutions, la maîtresse pièce de la machine politique. La France est aujourd’hui gouvernée par les comités (1). »
(1) Les comités, quels que soient leurs noms : clubs, syndieats, etc., constituent un des redoutables dangers de la puissance des foules. [ls représentent, en effet, la forme la plus impersonnelle, et, par conséquent, la plus oppressive de la tyrannie. Les meneurs qui dirigent les comités étant censés parler et agir au nom d'une collectivité sont -dégagés de toute responsabilité et peuvent tout se permeitre. Le tyran le plus farouche n’eût jamais osé rêver les proscriptions ordon-