‹ Psychologie des grands calculateurs et joiers d'échecsChapitre 16 sur 58 · Rev, phil,, avril · texte numérisé non relu

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enregistre est trop court. Cette cause d'erreur, déjà appréciable chez des élèves qui cherchent à faire les expériences avec le plus de conscience possible, serait devenue énorme avec un calculateur tel que M. Inaudi, qui met un point d*honneur à calculer dans le moins de temps possible. Nous avons recouru à un autre

• moyen. Sj^r les indications que M. d*Arsonval a bien

• ^ voulu nous donner (et dont nous le remercions vive-

ment), M. Gh. Verdin a construit pour notre laboratoire un peti^ appareil formé de deux gouttières, portées sur des lOTéé^îhétalliques flexibles qui s'adaptent exactement aux lèvres du sujet en expérience. Ce petit appareil est mis en relation avec le chronomètre de d'Arsonval. Quand le sujet ouvre la bouche pour parler, les deux gouttières, qui étaient rapprochées l'une de l'autre dans la position de la bouche fermée,~s^écartent, et la tige fixée sur la base de l'une d'elles vient "^ buter contre l'extrémité d'une vis dont on peut régler la distance par rapport à la gouttière ; le contact entre ces deux pièces ferme un^T5ufant, qui a pour effet d'arrêter l'aiguille du chronomètre. Voici donc comjfnent l'expérience se dispose. L'expérimentateur donne le signal verbal de la réaction en ouvrant le courant qui fait partir l'aiguille du chronomètre ; par exemple, s'il veut mesurer le temps nécessaire à une multiplication, il dit : trois fois cinq : au moment où il prononce le mot cinq, il agit avec la main sur un interrupteur; car il a tout loisir pour préparer ces deux actes : il peut arriver, avec un peu d'habitude, à les faire presque simultanément. Le sujet, dès qu'il a entendu le nombre, cinq énoncé, fait sa multiplication mentale; il la fait h

bouche fermée; dès qu'il a trouvé la solution , il renonce ; et comme, pour l'énoncer, il ouvre la bouche, cet acte agit sur le petit appareil que nous venons de 4é^ii^, et l'aiguille du chronomètre est arrêtée. Nous avons expérimenté cet appareil sur nous-même ; il peut donner de bons résultats quand on s'y est adapté, et aussi, naturellement, quand on a l'intention de faire les expériences avec le plus grand soin, sans tricherie petite ou grande. En général, on a une tendance à ouvrir trop tôt la bouche , on ne l'ouvre pas pour parler, on l'ouvre avant de parler, quelquefois aussi avant d'avoir trouvé ce qu'on doit dire. AprègravSir expérimenté ce procédé

sur M. Inaudi, nous avonà dû l'abandonner.

Si nous entrons dans le détail de ces recherches, c'est que nous les croyons utiles à connaître; tous les psychologues, certainement, ont eu à s'occuper des moyens de prendre les temps de réaction par la parole, car ces temps ont une grande importance psychologique; mais on n'a pas encore trouvé, à notre connaissance, un procédé d'enregistrement à la fois précis et commode *.

.Celui que nous avons adopté, après bien des tâtonnements, a la première de ces deux qualités, non la seconde. Il consiste à placer un pneumographe sur la poitrine de l'expérimentateur, et un autre sur celle du sujet; les deux pneumographes s'inscrivent chacun séparément sur un cylindre enregistreur dont la marche

' 1. Depuis que ces lignes ont été écrites, la lacune que nous indiquons a été comblée par M. l'abbé Rousselot, dont le microphone inscripteur est un appareil très utile. Nous aurons l'occasion de parler un peu plus loin de ce microphone.

est contrôlée par un diapason électrique. L'expérience est faite dans les conditions aujourd'hui classiques que M. Marey a décrites. Un aide surveille le tracé du premier pneumographe et le tracé du second; Texpérimentateur a soin, en donnant le signal verbal, de parler fort; le sujet est prié d'en faire autant quand il réagit par la parole. Il en résulte sur les tracés respiratoires une légère modification, de nature variable, mais le plus souvent bien reconnaissable, qui permet de savoir à quel moment précis les deux paroles se sont produites.

Ce procédé d'étude nous a servi pour mesurer des temps d'opérations très courts; pour ces opérations qui durent des fractions de seconde, la montre dont on se sert en général ne peut suffire : il faut des appareils plus précis.

Nous avons d'abord mesuré le temps nécessaire pour extraire une racine carrée; voici les temps, mis en regard des opérations :

Demande : v/625. Réponse

: 25 Temps : l',49.'

VSS7,

28 (reste, 53). — 2',56.

25 (reste, 15). — l',68.

70 (reste, 20). — 3',00.

Le temps le plus long a été, on le voit, de trois secondes, ce qui donne absolument, aux témoins de ces expériences, le sentiment de l'instantanéité. Les restes ont été indiqués après et ne sont pas compris dans le temps.

Les divisions ont donné les résultats suivants :

Demande :

Réponse ;

Temps

: CjOS.

Le temps a été calculé de la façon suivante : L'expcrimentateur donne d'abord, lentement, le dividende, r, ^, puis, brusquement, le diviseur, et c*est a partir uu moment où le diviseur a été dit que le temps est calculé. Nous avons ensuite mesuré le temps de quelques multiplications, avec le même procédé.

Demande : 25 X 9. Temps : 0*,57.

Enfin, on a mesuré le temps nécessaire à une addition simple ; le chiffre à additionner étant de 7, le temps moyen a été de 0",82; le chiffre étant de 2, le temps moyen a été de j0",75; enfin pour l'addition d'une unité, le temps a été de 0",35.

Nous avons ensuite employé une seconde méthode, plus expéditive que la première; voici en quoi elle consiste : Une série d'opérations sont inscrites sur une feuille de papier; le sujet est averti d'avance qu'il doit faire, sans s'interrompre, et sans prendre aucun repos, toute la série de problèmes. On marque avec une montre à secondes le temps total de la série, et on divise le total par le nombre d'opérations. Ce procédé permet de connaître le temps moyen d'une opération très courte, trop courte pour qu'on pût la mesurer avec

la montre. Pour éviter les erreurs autant que possible, trois personnes exercées étaient chargées de prendre les temps avec leurs montres, et on conservait la moyenne des temps que ces trois personnes indiguaient.

Ce procédé nous a d'abord servi à étudier une série d'opérations très simples, des additions ./Sur une suite de feuilles de papier sont inscrites des colonnes de 20 chiffres. Le sujet doit ajouter un chiffre, toujours le même, à chacun des chiffres de la colonne; il ne lit pas à haute voix le chiffre de la colonne, il se contente d'énoncer chaque fois le résultat de l'addition. Supposons qu'une des colonnes se compose des chiffres : 3, 9, 2, 3, 6, 3, 1, etc., et que le chiffre 4 doive être ajouté. Le sujet devra parcourir des yeux la colonne, et dire à haute voix : 7, 13, 6, 7, 10, 7, 5, etc., chiffres qui sont le résultat de l'addition de 4 aux chiffres de la colonne. Nous avons établi de la sorte 12 colonnes, dans lesquelles il fallait ajouter successivement les nombres 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 9, 12, 18, 22, etc.

Ces expériences ont été répétées sur des calculateurs de profession afin de donner des termes de comparaison.

Remarquons que ces expériences ne sont point comparables à celles qui ont été faites avec le cylindre enregistreur; avec le dispositif du cylindre, le sujet entendait le chiffre dit et répondait; maintenant il lit, circonstance qui gêne un peu M. Inaudi, comme nous l'avons vu précédemment; de plus, et par une sorte de compensation, le sujet, tout en prononçant un chiffre, peut déjà lire le suivant, ce qui lui fait gagner du temps. Notre nouvelle expérience n'est comparable qu'à elle-

même. Voici les temps que nous avons obtenus pour les différents genres d'addition : pour 1, le temps est de 0*,58; pour 2, de 0%55; pour 3, de 0*,6; pour 4, de 0%7; pour 5, de 0%68; pour 7, de 0%73; pour 9, de 0%7; pour 12, de 0",77; pour 15, de 0%7; pour 23, de 0%7; pour 28, de 0%7; pour 47, de 0%75; pour 369, de 0%7; pour 2435, de 0%85.

Nous avons ensuite proposé à M. Inaudi des séries d'additions dans lesquelles chacune des additions diffère de la précédente en ce que chacun des deux nombres entre lesquels se fait l'addition est augmenté d'un chififre. Nous jugeons qu'il vaut la peine de donner ici l'expérience complète, avec les chiffres mêmes qui ont servi à l'exécuter, parce que le lecteur se rendra mieux compte de la nature des résultats.

En jetant un coup d'oeil sur les chiffres des additions (voir ci-après, p. 88), on voit que M. Inaudi a d'abord eu à additionner successivement le nombre 43 aux nombres 22, 38, 47, 52, 64. Dès que M. Inaudi avait terminé une des cinq additions, il donnait le total à haute voix, et passait à l'addition suivante. On mesurait le temps à la seconde ; on ne mesurait pas le temps particulier à chaque addition, mais le temps total des cinq additions, en prenant comme point de départ le moment où l'on découvrait les chiffres devant M. Inaudi, et comme point d'arrivée le moment où M. Inaudi disait le nombre de la cinquième addition; en divisant ce nombre par 5, on a le temps moyen d'une addition unique.

En regard de chaque groupe de cinq additions, on trouve le temps total et le temps moyen.

Après cette explication, je pense qu*on n*aura pas d( peine à comprendre les autres tables, qui contiennen les résultats d'expériences analogues, exécutées sur des soustractions, des multiplications et des divisions.

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