CHAPITRE X
Ce chapitre est Iç plus important, pour la psychologie, de tous ceux que nous avons à écrire sur les calculateurs prodiges; les chapitres précédents ne sont qu*un acheminement à celui-ci. Nous nous proposons de faire un parallèle entre la mémoire visuelle des chiffres et la mémoire auditive, pour montrer les caractères différentiels de ces deux mémoires, leurs avantages .et leurs inconvénients; ou pour mieux dire, nous n'étudierons pas cette question en termes généraux, ce qui est toujours un danger; nous opposerons Tun à Taulre deux calculateurs, dont lun^ M. Inaudi, se sert de procédés de fixation auditifs, et dont Tautre, M. Diamandi, se sert de procédés visuels.
C'est M. le professeur Charcot qui a le premier montiré Timportance en psychologie des types de mémoire; c'est lui qui, à propos d'Inaudi et de Diamandi^ a vu de suite le point important à élucider, comme en fait foi la note que nous avons publiée ensemble.
Nous commencerons par exposer quelques résultats de nos recherches sur la mémoire visuelle de M. Diamandi; nous ferons ensuite un parallèle régulier entre lui et M. Inaudi, en profitant de l'heureux hasard qui a fait que ces deux calculateurs appartiennent à des types absolument différents.
Mémoire visuelle des formes et des couleurs, — M. Diamandi a remarqué que lorsqu'il apprend par cœur une série de chifires, après les avoir regardés un moment, il se représente l'image visuelle du papier et des chiffres qui y sont tracés; on pourrait croire que c'est cette image visuelle qu'il conserve dans sa mémoire et qu'il lit mentalement, comme si c'était une épreuve photographique, quand on lui demande de répéter les chiffres qu'il a appris.
Si cette explication est parfaitement juste, si la mémoire visuelle n'est que la lecture d'une photographie mentale, voici la conséquence qu'on peut en tirer : M. Diamandi verra, dans sa mémoire, les chiffres avec la forme particulière où ils ont été écrits; il les verra de la manière où ils ont été rangés; si quelques-uns ont été écrits en noir, d'autres en couleur, il verra nettement leur couleur; et — remarquons ce point important — puisque encore une fois il s'agit par hypothèse d'une mémoire qui photographie l'objet, M. Diamandi n'aura aucune peine à indiquer tous ces détails d'écriture ; il ne lui faudra pas un surcroît de travail pour se rappeler que tel chiffre est en rouge, tel autre en bleu.
Nous n'indiquons là, bien entendu, qu'une hypothèse, et nous avons hâte d'ajouter que cette hypothèse
a été, en ce qui concerne M. Diamandi, complèlement démentie par Texpérience.
D*abord, M. Diamandi ne se représente pas les chiffres dans la forme où ils ont été écrits sur le papier ; il isubstitue à cette forme, dont il ne garde pas le souvenir, celle de sa propre écriture. Un exemple ': Si, dans une série de chiffres à apprendre, on a tracé un 5 en forme de virgule, M. Diamandi se représente néanmoins le 5 sous la forme où on Timprimc, parce que c'est sous cette dernière forme qu'il a l'habitude de l'écrire '. Première différence de l'image visuelle avec une image photographique.
La seconde diff'érence que nous signalerons est encore plus significative; elle a trait à la représentation des couleurs. M. Diamandi, quand on lui demande la couleur avec laquelle il se représente les chiffres, répond qu'il les imagine tels qu'il les a vus : en blanc si on les a tracés à la craie sur une ardoise, en noir si on les a écrits à l'encre ou au crayon. Il est de fait que lorsqu'on lui présente une vingtaine de chiffres écrits en noir, et parmi ces chiffres quelques-uns tracés au crayon rouge ou bleu, M. Diamandi est capable d'indiquer exactement, par la mémoire, la couleur des
1. On pourrait croire à une assertion de pure fantaisie que rien ne démontre; pour prévenir les soupçons, nous indiquons ici un petit fait qui semble bien démontrer la sincérité de M. Diamandi. Pendant ses séances au laboratoire, il a eu l'ocpasion d'écrire à des moments différents plus d'un millier de chiffres. Nous venons de parcourir les feuilles nombreuses sur lesquelles ces chiffres ont été tantôt écrits lentement, tantôt griffonnés à la hâte, selon les besoins d'une expérience; toujours nous retrouvons les cinq avec la forme correcte que M. Diamandi assure lui être habituelle.
I3é PSYCHOLOGIE DES GRANDS CALCULATEURS.
chiffres qu'il a appris. Il dira, sans hésiter, que le 8® chiffre est rouge, le 15° bleu, et cela est exact. Mais sous cette forme l'expérience ne prouve rien, parce qu'elle est mal faite. Remarquons bien quel est le point à éclaircir. De deux choses Tune : la mémoire visuelle est-elle faite de telle sorte que, lorsqu'on se représente, après l'avoir vu, un chiffre tracé en couleur, on se rappelle en même temps et avec la même facilité la forme et la couleur? ou bien faut-il un premier effort de mémoire visuelle pour se rappeler la forme et un second effort pour se rappeler la couleur?
Si on emploie à cet effet la mémoire verbale, point de doute. Si on cherche à se rappeler la couleur des chiffres, en même temps que les chiffres, au moyen des mots qui expriment ces qualités, il faut le double de mots; quand un 5 a été tracé au crayon vert, au lieu de se rappeler le mot cinq^ il faut se rappeler les deux mots cinq et vert^ et ainsi de suite pour tous lés chiffres; donc double charge pour la mémoire verbale. Pour la mémoire visuelle, il semble en être autrement, parce que la forme vue et la couleur vue du chiffre ne font qu'un.
Afin de rendre concluante l'expérience, — qui seule peut trancher ce point, — il faut mesurer le temps dont une personne du type visuel a besoin pour apprendre une série de chiffres de même couleur, et mesurer ensuite le temps nécessaire à cette personne pour apprendre une série analogue de chiffres tracée avec plusieurs couleurs différentes. Nous avons fait cette mesure sur M. Diamandi. 25 chiffres lui ont été proposés; pour les apprendre quand ils n'ont qu'une
couleur unique, M. Dîamandi met en moyenne 3 minutes; pour apprendre à la fois les chiffres et les couleurs, quand celles-ci sont différentes, il met en moyenne 8 minutes, soit 5 minutes de plus.
Entrons dans quelques détails. Les 25 chiffres sont écrits en carré, sur 5 lignes de 5 chiffres chacune, et M. Diamandi, avant de commencer à les apprendre, a toujours soin de distinguer par un point le dernier chiffre des mille et le premier chiffre des centaines. Le temps nécessaire pour apprendre ces 25 chiffres, quand ils sont tous écrits en noir, à l'encre, a été mesuré à la montre dans une dizaine d'épreuves différentes; la moyenne a été de 3 minutes et la variation moyenne tout à fait insignifiante ; le temps le plus long a été de 3 minutes et demie, dû à la distraction produite par des conversations et un bruit extérieur.
Les couleurs à apprendre ont été présentées d'abord à M. Diamandi sous la forme de petites croix; 25 petites croix sont disposées, en tableau comme les chiffres; il y a dans ce tableau six couleurs différentes, qui se succèdent sans régularité : rouge, bleu, jaune, vert , marron , violet . Le temps nécessaire pour apprendre ce tableau a été de 8 minutes; il a ensuite été récité avec trois erreurs. A une autre occasion, M. Diamandi a cherché à apprendre un autre tableau de couleurs, semblable au précédent, mais où les croix étaient remplacées par de petits carrés; temps total, 5 minutes. Ge;te différence entre la durée des deux expériences tient vraisemblablement à ce que M. Diamandi n'en a pas encore pris l'habilude; il s'est exercé jusqu'ici exclusivement au calcul mental, et il faut un
certain entraînement de la mémoire pour donner constamment les mêmes résultats. A part ces variations, on peut remarquer que généralement M. Diamandi est plus lent pour apprendre un certain nombre de couleurs que pour apprendre le même nombre de chiffres ; c'est peut-être encore l'effet d'un défaut d'habitude. Maintenant, pour terminer, arrivons à l'expérience décisive d'un tableau de 25 chiffres dont les chiffres sont écrits avec diverses couleurs. Le temps nécessaire à la fixation du tout dans la mémoire a été de 8 minutes, soit 5 minutes de plus que dans le cas où la couleur des chiffres est uniforme; et en outre, il s'est produit, sans que nous le cherchions, un fait bien curieux. M. Diamandi, sans aucune sollicitation de notre part, et en prenant le chemin qui lui paraissait le plus facile, a commence à apprendre les chiffres sans se préoccuper des couleurs ; les chiffres une fois appris, il a procédé à la seconde partie de l'expérience en apprenant les couleurs *. Rien ne montre mieux qu'il s'agit là de deux actes de mémoire bien distincts.
Il faut se garder de faire une théorie de la mémoire visuelle avec l'observation d'un seul individu; nous ne pouvons faire qu'une chose, engager ceux qui auront l'occasion d'étudier la mémoire visuelle à reprendre notre expérience. En ce qui concerne M. Diamandi, on voit que sa mémoire visuelle ne retient pas simultanément, d'un même effort, la cotileur et la forme. Il faut un acte d'attention spécial pour chacune de ces deux
' 1. M. Diamancii n'avait jamais eu l'idée de cette expérience, et c'est au laboratoire, sous nos yeux, qu'il l'a faite pour la première fois.
MÉMOIRE VISUELLE Et MÉMOIRE AUDITIVE. 137
sensations différentes, et le temps de Topération totale s'en trouve considérablement accru.
Mémoire visuelle des positions, — Un des caractères les plus frappants de la mémoire visuelle, c'est d'être une vision dans l'espace, une perception de la position des objets. Quand on visualise un ensemble d'objets, on a le sentiment de voir leurs relations : l'un est situé à droite, l'autre à gauche, ou au-dessus, ou audessous, ou en avant, ou en arrière. Il est fréquent de rencontrer des personnes qui affirment que, lorsqu'elles se rappellent une phrase dans un livre, elles visualisent si bien cette phrase qu'elles peuvent dire si elle est au recto, ou au verso, en haut de la page, au milieu, ou au bas, ou encore si la phrase est au commencement d'un alinéa.
On peut se demander jusqu'à quel point la mémoire visuelle contient l'indication exacte de la position des objets qu'elle figure ; cela revient à se demander si l'acte de visualisation ressemble à un acte de vision réelle; c'est toujours la même question qui se pose, sous des aspects différents. Il y a quelques mois, pendant que je faisais des recherches sur la mémoire dans les écoles primaires de Paris, je rencontrais souvent des enfants qui, à propos d'une leçon apprise par cœur, disaient ou expliquaient qu'ils la lisaient mentalement dans leur tête. Je prenais le livre, et je leur demandais de penser un moment à un mot du texte appris; puis, quand leur pensée avait trouvé ce mot et s'y était fixée, je leur demandais de me dire où ce mot était placé : si c'était au commencement ou à la fin d'une ligne; je leur demandais aussi d'indiquer le mot de la ligne de dessus
qui était situé au-dessus du mot en question. Bien des fois j*ai répété l'expérience, grâce à Tamabilité des professeurs qui voulaient bien la faciliter en donnant à toute leur classe des passages de morceaux choisis à apprendre. J'ai constaté qu'on se représente visuellement les grands points de topographie, tels que la place d'un passage au recto ou au verso, au milieu ou au bas de la page ; on se rappelle à quel mot commence un alinéa, et à quelle distance se trouve l'alinéa du bas de la page ; on se rappelle à peu près la place exacte dans une ligne d'un mot qui se détache en italique, parfois d'un nom propre, enfin de tout mot qui d'une manière particulière a réussi à attirer l'attention de l'enfant pendant qu'il regardait son livre de leçon. Ce sont à peu près toutes les indications que l'élève donne exactement, dans les cas les plus favorables; en dehors de ces points, il va au hasard, tâtonne, se trompe. Si on lui cite un mot insignifiant, il ne sait où le situer, et il dira aussi bien que le mot est à la fin d'une ligne qu'au commencement de l'autre. La situation d'un mot étant fixée, l'élève arrive quelquefois à dire le mot situé au-dessous dans la ligne suivante; il ne le fait pas en visualisant, il le fait au moyen d'un artifice qui consiste à réciter mentalement le reste de la phrase, et à apprécier le nombre de mots nécessaire pour remplir une ligne : procédé qui n'a aucun rapport avec lavisuâ-: lisation.
Ces observations ont été faites et répétées sur un assez grand nombre d'enfants pour nous pernaettre de prendre des conclusions fermes : laissant de côté les cas exceptionnels et les prodiges, on peut dire que les
enfants qui se représentent le livre de leçon comme s*ils le voyaient, n*en font pas, en récitant par cœur, une vraie lecture mentale. L*image visuelle qu*ils ont dans Tesprit contient quelques grandes indications topographiques, de la nature de celles que nous avons indiquées; mais, encore une fois, elle n*est pas comparable à une épreuve photographique *.
Après cette courte digression, je reviens au cas de M. Diamandi. J'ai répété sur lui la même expérience que sur les enfants des écoles primaires. Je lui ai fait apprendre en ma présence cinq ou six lignes de prose choisies dans le premier livre venu, sans l'avertir d'avance de ce que je cherchais à savoir. Au bout de
1. Dans un livre récent, des plus curieux, que nous avons déjt\ cité, M. Flournoy fait l'obseryaiion suivante, à propos de certains schèmes visuels, qu'il appelle des schèmes écrits parce qu'ils contiennent des mots d'écriture : Le sujet sait que son schcme contient tel mot, par exemple les noms des mois ou des jours; il le sait, mais le plus souvent il ne peut pas lire distinctement ces mots dans son image mentale, comme il le ferait s'ils étaient écrits réellement sur une feuille de papier. J'ai pensé qu'il pouvait être utile de rapprocher ce fait de ceux que je donne dans le texte, relativement à la mémoire visuelle des enfants et des calculateurs prodiges; le rapprochement me parait d'autant plus légitime que, selon toute vraisemblance, les schèmes visuels sont faits de la même étoffe que les images visuelles. Dans tous ces cas, on voit que l'image visuelle ne contient pas, malgré les apparences, de signes typographiques lisibles.
Quelques personnes, d'après une récente enquête de M. Th. Ribot, pensent et se représentent les objets par image visuelle typographique. Quand on leur demande ce qui se passe dans leur esprit au moment où on leur nomme un objet familier, elles répondent qu'elles ne visualisent pas cet objet, mais se représentent son nom écrit. La question est de savoir si celte représentation typographique est réellement visuelle, ou si elle n'est pas plutôt auditivo-visuelle ; d'après cette dernière interprétation, on aurait une image visuelle très vagfue, presque illisible. qui donnerait la suggestion de l'image auditive du mot.
deux minutes, M. Diamandi répétait par cœur les cinq lignes, en oubliant toutefois un membre de phrase, composé de trois mots, qui occupait le milieu de la troisième ligne. Je lui demandai de m'indiquer la place de différents mots du texte, et je lui posai l'ensemble dé questions que j'ai indiquées. D'une manière générale, M. Diamandi répondait plus exactement que les élèves des écoles primaires, mais sa réponse n'était pas absolument et rigoureusement exacte : il situait les mots par à peu près. Par suite de l'oubli commis sur un membre de phrase, tous les mots qui suivaient ce membre de plirase étaient indiqués en avance d'une demi-ligne sur leur position véritable. M. Diamandi a remarqué luimême, spontanément, que, bien qu'ayant la représentation visuelle de la page et de l'endroit, il ne pouvait pas indiquer les rapports de position existant entre des mots de deux lignes différentes, parce qu'il n'avait point songé à porter spécialement son attention sur ce point, au moment où il apprenait la leçon. Retenons l'explication; elle nous sera utile au moment où nous développerons les conclusions générales de cette étude sur la mémoire visuelle.
Lecture mentale d'une série de chiffres, — Même problème sous une forme différente, et peut-être plus précise. On fait apprendre à une personne, douée de mémoire visuelle, des chiffres disposés sur cinq lignes de cinq chiffres chacune, et on demande à cette personne d'indiquer les chiffres situés au-dessus, à droite ou à gauche d'un chiffre quelconque qu'on lui désigne.
La première idée de cette expérience appartient à M. Pierre Janet, qui l'avait imaginée pour rechercher
si M. Inaudi appartient ou non au type auditif. M. Janet partait de cette idée qu'une personne qui visualise un carré de chiffres, disposé dans l'ordre ci-après :
n'aura pas plus de peine à les réciter dans l'ordre de gauche à droite, où on a l'habitude de les lire, que dans un ordre vertical ou dans le sens de la diagonale.
Nous allons discuter la question à fond, en comparant M. Inaudi et M. Diamandi, et nous verrons ce qu'il y a de juste et de faux dans l'idée directrice de ces expériences. Commençons par exposer les observations que nous avons faites sur M. Diamandi.
Nous rappelons qu'à notre première entrevue avec lui, M. Diamandi nous présenta une grande feuille couverte de 2 000 chiffres, qu'il avait appris par cœur; les chiffres étaient écrits sur des lignes horizontales de 25 chiffres, et les lignes étaient placées régulièrement au-dessous les unes des autres : il résultait de cet arrangement qu'on pouvait lire le tableau soit horizontalement de gauche à droite, soit verticalement de haut en bas. Ce fut l'objet de notre première expérience. Nous n'avons pas eu de peine à remarquer que M. Diamandi récitait très rapidement les chiffres de gauche à droite, et qu'il éprouvait beaucoup plus de difficulté à les réciter dans le sens vertical. Malheureusement, cette expérience ne pouvait pas être prise-
en considération, car nous ne savons pas comment le tableau avait été composé, et il pouvait exister quelque clef*. Nous n*avons pas insisté.
Tableau de 92 chiffres.
Pour nous placer dans des conditions meilleures, nous avons écrit nous-même un tableau de 92 chiffres, dans lequel nous avons laissé à dessein des lacunes, destinées à augmenter la difficulté. Ce tableau a été confié à M. Diamandi le jeudi, avec invitation de l'apprendre par cœur. Le samedi, nous revoyons le calculateur, qui a Iç sentiment de pouvoir réciter les 92 chiffres sans faire une erreur. Nous les lui faisons d*abord réciter de gauche à droite, ordre dans lequel il les a appris; temps : 64". Ensuite, nous leis lui faisons réciter par colonnes descendantes, en partant de la droite; il se trompe plusieurs fois, est obligé de recommencer; nous ne tenons compte que du cas où il a pu aller jusqu'au bout sans grandes erreurs; temps : 168", soit à peu près le triple. D'où nous concluons que M. Diamandi, quoique visuel, ne peut pas énoncer les chiffres d'un tableau mental avec la même rapidité
1. On verra dans le chapitre suivant à quel artifice nous faisons allusion.
dans tous les sens. Ceux qui Tont cru se sont trompés. -Ily a dans Timage visuelle de ce calculateur des directions que son attention suit plus facilement que les autres : ce sont les directions que son attention a suivies en apprenant les chiffres.
Il en est de même pour le tableau, composé de 25 petits carrés de couleur, que nous avons fait apprendre à M. Diamandi dans une expérience relatée plus haut. Si on lui faitcréciter de mémoire les couleurs du tableau en suivant Tordre de gauche à droite, M. Diamandi met un temps égal à la moitié de celui qui lui est nécessaire pour nommer les couleurs en suivant l'ordre de haut en bas. Ce résultat est bien significatif.
Parallèle entre M. Inaudi et M, Diamandi. — Ce parallèle a porté principalement sur l'expérience dont nous venons de parler, expérience qui consiste à faire apprendre au calculateur un carré de chiffres, en le priant ensuite d'énoncer les chiffres de ce carré suivant différentes directions.
L'idée première de cette expérience, qui est relatée tout au long dans le rapport académique de M. Charcol sur Jacques Inaudi, était la suivante : pour une personne. du type auditif, les chiffres ne sont point ordonnés dans Tespace, mais dans les temps; ce sont des mots qui n*ont entre eux que des rapports de succession; ils sont placés l'un après Tautre, et non l'un au-dessus de l'autre. Par conséquent, si on prie une personne du type auditif d'apprendre par cœur un carré de chiffres, pour la mémoire de cette personne les chiffres seront simplement disposés en série de
succession. Si on lui demande de réciter les chiffres du carré suivant la diagonale, elle sera obligée de raisonner, de se dire que le premier nombre fournit le premier chiffre de la diagonale, que le second nombre, fournit le second chiffre, et ainsi de suite : ce sera un travail très pénible. Au contraire, le visuel qui a dans sa tête un tableau de chiffres fera plus facilement cette
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Fig. 4.
lecture : il n'a qu'à parcourir son image visuelle dans le sens nécessaire.
Voilà le point de départ, et nous avons pensé que l'hypothèse est assez intéressante par elle-même pour mériter d'être consignée ici. Remarquons que, pour varier l'expérience, on peut demander à la personne qui sert de sujet de réciter mentalement le carré dans plusieurs directions différentes ; ces directions sont : la diagonale de droite à gauche, celle de gauche à droite, celle de bas en haut et de droite à gauche, celle de bas en haut et de gauche à droite ; inutile de donner deg figures pour des directions aussi simples à com-
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