‹ Psychologie des grands calculateurs et joiers d'échecsChapitre 43 sur 58 · ERUDITION ET PRATIQUE DE L'ÉCHIQUIER · texte numérisé non relu

ERUDITION ET PRATIQUE DE L'ÉCHIQUIER

Je me propose maintenant d'étudier le mécanisme psychologique du jeu sans voir et les conditions dont il dépend.

Les correspondants qui ont bien voulu m*envoy.er leurs observations n'ont pas tous eu l'idée dé traiter la question d'une manière générale et d'indiquer les principaux éléments qui entrent dans le jeu sans voir. La plupart se sont contentés de répondre avec soin aux demandes que je leur faisais dans mon questionnaire ; et comme j'avais composé ce questionnaire précisément pour m'instruire, je ne pouvais pas leur indiquer d'avance les points essentiels à examiner. C'est là le défaut de ces sortes d'enquêtes : elles sont toujours orientées dans une direction particulière par celui qui rédige le questionnaire, et on ne répond qu'aux questions qu'il a songé à adresser.

Quelques joueurs cependant ont eu l'excellente idée

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de traiter le problème à leur manière, et ils ont touché à des points que je n^avais pas prévus. De ce nombre sont MM. Tarrasch, Fritz, Tolosa y Carreras, etc. Ces joueurs distingués se sont trouvés d'accord, sans le savoir, pour rattacher le jeu à l'aveugle à trois conditions fondamentales, qui sont :

L'érudition;

L'imagination ;

La mémoire.

Il existe aussi quelques conditions accessoires dont j'ai déjà parlé, comme la force physique, le sangfroid, etc. Je n'y reviendrai pas, et je me bornerai à développer séparément les trois points principaux que je viens de signaler.

Parlons d'abord de V érudition.

Pour arriver à se passer de l'échiquier, nous a-t-on dit et répété dans tous les termes possibles, il faut avoir longuement pratiqué l'échiquier, il faut le connaître à fond ; un bon joueur sans voir est toujours un fort théoricien, a Si je puis me rappeler la position, nous dit M. Rosenthal dans un langage familier et clair, c'est parce que je connais les échecs comme chacun connaît son métier, comme vous-même connaissez vos appareils de psychologie. » M. Tolosa y Carreras, un de ceux qui m'ont le mieux fait comprendre la complexité de la question, insiste aussi sur la part de l'érudition et de l'exercice dans le jeu sans voir. Il cite cet exemple : « Un amateur à qui on viendrait d'apprendre les règles du jeu serait incapable de jouer sans échiquier, quelle que fût l'étendue de sa mémoire ».

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