CHAPITRE VII
M. Inaudi montre dans ses calculs une rapidité qui a été reconnue, vantée et exagérée par beaucoup d’auteurs. Diverses remarques doivent être faites tout d’abord, pour éviter des illusions faciles. Le plus souvent, M. Inaudi commence à calculer pendant qu’il écoute les données; si l’énonciation de ces données prend 30 secondes, c’est autant de gagné pour lui, et quand il dit a je commence » il a en réalité terminé une bonne partie du travail. Exemple :
On lui pose le problème suivant, qui est du genre de ceux avec lesquels on l’a familiarisé : Combien y at-il de secondes en 39 ans, 3 mois et 12 heures? La réponse a été trouvée en 3 secondes. Trois secondes, estce matériellement possible pour un tel calcul, même en admettant que le sujet connaisse d’avance les secondes d’un jour, d’un mois, d’une année? Nous ne le croyons
pas. Mais, en réalité, voici ce qui s’est passé. Nous avions prononcé avec une très grande lenteur le nombre des années, des mois et des jours; etM. Inaudi avait commencé les calculs tout en prêtant l’oreille.
Autre remarque : Il est certain que M. Inaudi connaît d’avance beaucoup de résultats de calculs partiels qu’il utilise à chaque occasion nouvelle : sa mémoire a retenu les racines d’un grand nombre de carrés parfaits; il sait aussi le nombre d’heures, de minutes et de secondes contenues dans l’année, le mois, le jour. Bien qu’il ait quelque peine à entrer dans des aveux sur ces points délicats, nous avons pu cependant le décider, en le priant de résoudre un problème de secondes, dans lequel les jours étaient censés n’avoir que vingt-trois heures, et les heures que cinquante minutes, etc. M. Inaudi a remarqué alors qu’il prendrait plus de temps que d’ordinaire pour résoudre un tel problème, et qu’il savait par cœur les secondes d’un jour, d’un mois et d’une année.
Pour mesurer exactement le temps nécessaire au calcul mental, nous avons d’abord songé à l’appareil de M. Wundt ', mais nous avons été obligés d’y renoncer, par suite de difficultés de réglage. Nous n’avons pas employé le procédé élémentaire qui consiste à agir sur un courant par un interrupteur en même temps qu’on prononce un mot; nous avons dit déjà, dans une étude précédente sur l 'audition colorée 2, que le sujet, dans ce cas, a une tendance à mouvoir la main avant de prononcer le mot, de sorte que le temps de réaction qu’on