LL
Tout ce qui précède, nous le répétons, a été bien mis en lumière par M. Scripture, et nous n’avons fait que reproduire l’essentiel de ses développements.
Nous avons attiré l’attention de M. Inaudi sur ces différents points, et il a remarqué, mais mollement, qu’il fait parfois la suppression de ces mots parasites. Nous devons dire cependant qu’à notre sens ces simplifications ne jouent pas grand rôle dans ses exercices; parfois, quand il marmotte, dans ses calculs, d’une voix assez distincte pour qu’on puisse comprendre ce qu’il dit, nous avons saisi les mots : multiplié par, je retiens-, il les prononce, donc il les conserve.
On pourrait faire, à ce propos, une seconde hypothèse, qui ne serait que l’exagération des explications précédentes. L’Inconscient qui est en nous, et que la psychologie de ces dernières années a réussi souvent à bien mettre en lumière, est peut-être capable de prévoir la solution d’un problème ou d'une longue opération d’arithmétique, sans effectuer le detail des calculs; et on pourrait supposer que M. Inaudi possède un inconscient de ce genre, mais bien plus développé et plus intelligent que celui du commun des hommes. C’est de cette manière que procèdent une foule de professionnels, ceux par exemple qui d’un coup d’œil apprécient la contenance d’un terrain, et qui évaluent le nombre de stères représentés par des arbres qu’on
n’a pas encore abattus; il est même de notoriété que l’exercice arrive à donner une justesse extraordinaire à ces calculs approchés qui se font en un instant. Semblablement, on peut supposer que, lorsqu’on donne à M. Inaudi une multiplication, par exemple 38 972 X 6385 346, il a l’impression que le produit sera compris entre tel et tel nombre. Sur quel élément pourrait se fonder cette impression, en quoi consisterait-elle au juste? Je ne le sais pas et ne prends pas la peine de le rechercher, puisqu’il s’agit d’une hypothèse; j’indique simplement l’hypothèse, parce qu’elle présente quelque vraisemblance.
M. Inaudi l’a repoussée bien loin; il in’a assuré avec une certaine chaleur qu’il n’a aucun instinct des solutions avant de les avoir trouvées, qu’il ne les devine pas, et ne cherche pas à les deviner, et cela pour une raison qui paraît fort sérieuse : S’il cherchait à deviner, il n’arriverait qu’à des approximations, tandis qu’il s’est toujours attaché à donner des solutions absolument justes; pour la solution juste, il faut effectuer tous les calculs; il n’y a pas d’autre moyen de procéder.
Quelques observations fortuites nous ayant suggéré l’idée que M. Inaudi présente un développement remarquable non seulement de la mémoire des chiffres et de la faculté de calculer, mais encore de quelques facultés connexes, nous avons entrepris une série d expériences qu’il nous reste à indiquer.
Temps de réaction. — Ils ont été mesurés avec le chronomètre de d’Arsonval, au moyen de signaux auditifs (un choc sur une pièce de bois), tactiles (un contact sur le dos de la main gauche) et visuels (la perception de la mise en mouvementde l’aiguille du cadran). Dans les conditions où ces expériences se font habituellement, et avec le milieu psychologique où nous nous plaçons, les réactions des sujets exercés ont un temps moyen de 12 centièmes de seconde. Chez les personnes non exercées on obtient le plus souvent, quand on expérimente pour la première fois, des réactions très longues et surtout très irrégulières (deux caractères qui vont le plus souvent ensemble). Voici les résultats de l’expérience sur M. Inaudi :
J. INAUDI