‹ Psychologie des grands calculateurs et joueurs d'échecsChapitre 28 sur 54 · GG · texte numérisé non relu

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Pour nous placer dans des conditions meilleures, nous avons écrit nous-même un tableau de 92 chiffres, dans lequel nous avons laissé à dessein des lacunes, destinées à augmenter la difficulté. Ce tableau a été confié à M. Diamandi le jeudi, avec invitation de l’apprendre par cœur. Le samedi, nous revoyons le calculateur, qui a le sentiment de pouvoir réciter les 92 chiffres sans faire une erreur. Nous les lui faisons d’abord réciter de gauche à droite, ordre dans lequel il les a appris; temps : G4S. Ensuite, nous les lui faisons réciter par colonnes descendantes, en partant de la droite ; il se trompe plusieurs fois, est obligé de recommencer; nous ne tenons compte que du cas où il a pu aller jusqu’au bout sans grandes erreurs; temps : 168% soit à peu près le triple. D’où nous concluons que M. Diamandi, quoique visuel, ne peut pas énoncer les chiffres d’un tableau mental avec la même rapidité

1. On verra dans le chapitre suivant n quel artifice nous faisons allusion.

MÉMOIRE VISUELLE ET MEMOIRE AUDITIVE

dans tous les sens. Ceux qui l’ont cru se sont trompés. Il y a clans l’image visuelle de ce calculateur des directions que son attention suit plus facilement que les autres : ce sont les directions que son attention a suivies en apprenant les chiffres.

Il en est de même pour le tableau, composé de 25 petits carrés de couleur, que nous avons fait apprendre à M. Diamandi dans une expérience relatée plus haut. Si on lui fait réciter de mémoire les couleurs du tableau en suivant l’ordre de gauche à droite, M. Diamancli met un temps égal à la moitié de celui qui lui est nécessaire pour nommer les couleurs en suivant l’ordre de haut en bas. Ce résultat est bien significatif.

Parallèle entre M. Inmidi et M. Diamandi. — Ce parallèle a porté principalement sur l’expérience dont nous venons de parler, expérience qui consiste à faire apprendre au calculateur un carré de chiffres, en le priant ensuite d'énoncer les chiffres de ce carré suivant différentes directions.

L’idée première de celte expérience, qui est relatée tout au long dans le rapport académique de M. Charcot sur Jacques Inaudi, était la suivante : pour une personne du type auditif, les chiffres ne sont point ordonnés dans l'espace, mais dans les temps; ce sont des mots qui n’ont entre eux que des rapports de succession; ils sont placés l’un après l’autre, et non l’un au-dessus de l’autre. Par conséquent, si on prie une personne du type auditif d’apprendre par cœur un carré de chiffres, pour la mémoire de cette personne les chiffres seront simplement disposés en série de

succession. Si on lui demande de réciter les chiffres du carré suivant la diagonale, elle sera obligée de raisonner, de se dire que le premier nombre fournil le pi emicr chiffre de la diagonale, que le second nombre fournit le second chiffre, et ainsi de suite : ce sera un travail très pénible. Au contraire, le visuel qui a dans sa tète un tableau de chiffres fera plus facilement cette

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Fig. 't.

lecture : il n’a qu’à parcourir son image visuelle dans le sens nécessaire.

Voilà le point de départ, et nous avons pensé que l’hypothèse est assez intéressante par elle-même pour mériter d’être consignée ici. Remarquons que, pour varier l’expérience, on peut demander à la personne qui sert de sujet de réciter mentalement le carré dans plusieurs directions différentes; ces directions sont : la diagonale de droite à gauche, celle de gauche à droite, celle de bas en haut et de droite à gauche, celle de bas en haut et de gauche à droite; inutile de donner des figures pour des directions aussi simples à com-

prendre. On peut également réciter le carré par colonnes ascendantes ou descendantes, en commençant par la droite ou par la gauche; ceci se comprend encore sans figure. On peut encore suivre des sécantes, comme l’indiquent les flèches de la figure 4, où les sécantes sont dirigées de droite à gauche et de bas en haut; on peut enfin suivre une ligne capricieuse indiquée par la figure 5.

Dans ccs épreuves, deux points sont à noter : 1° le

temps total mis à réciter les chiffres dans un ordre quelconque ; 2° les déclarations du sujet sur les procédés qu’il emploie pour venir à bout de l’expérience.

En ce qui concerne le temps, je crois qu’il ne dépend pas seulement du type de mémoire du sujet, mais de la force de sa mémoire; on suppose qu’un visuel n’a qu’à regarder son image pour voir les chiffres de la diagonale. Soit; mais quand même cette hypothèse serait exacte, ce visuel ne pourra lire mentalement que s’il se rappelle exactement les chiffres, s'il ne les transpose pas, s’il n’a pas d’hésitations; la mémoire a ses degrés

Fig. 5.

MÉMOIRE VISUELLE ET MÉMOIRE AUDITIVE. 147

et, toutes choses égalés d’ailleurs , l'avantage doit rester à celui qui a la mémoire la plus sûre

Le témoignage du sujet, malgré son caractère subjectif, doit toujours être pris en considération ; deux cas sont à prévoir : le sujet trouve directement, en regardant son image, le chiffre à énoncer, ou bien il est obligé de compter et de faire un raisonnement.

Nous donnons ci-après les résultats obtenus sur M. Diamandi et M. Inaudi, qui tous deux, pendant plusieurs séances, ont été soumis à la même expérience, sur le même carré de chiffres. Le temps a été mesuré aussi exactement que possible avec le microphone enregistreur de Rousselot, dont nous publions quelques tracés.

M. Diamandi.

M. Inaudi.

temps necessaire pour apprendre une

série de 25 chiffres...

Temps nécessaire pour répéter ces chiffres

de gauche à droite

lemps nécessaire pour répéter dans le

même ordre les chiffres sous forme de

nombres

Temps nécessaire pour répéter un tableau

carré de 25 chiffres par colonnes descen-

dantes

Temps nécessaire pour répéter un tableau

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