‹ Psychologie des grands calculateurs et joueurs d'échecsChapitre 4 sur 54 · Scrîpturc, op. cil., p. IG · texte numérisé non relu

Scrîpturc, op. cil., p. IG

HISTORIQUE

comme la plus grande intelligence de la terre. A l’école, il passait pour un enfant arriéré, et ceux qui l’ont approché, dans le courant de sa vie, ont trouvé qu’il était incapable de toute application pratique. 11 a donc été, comme la plupart de ceux que nous avons étudiés jusqu’ici, un spécialiste du chiffre , à peu près fermé a tout le reste.

Autant qu’on en peut juger, ses facultés de calculateur se sont développées spontanément, sans le secours d’aucun maître; et il a commencé à calculer avant de savoir lire et écrire : deux traits communs avec ses prédécesseurs. Ce qu’il présente de particulier, c’est qu'à un âge relativement précoce, avant vingt ans, il perdit ses qualités pour le calcul; c’est depuis celte époque qu’on le voit se tourner avec inquiétude vers d’autres carrières. Nous manquons de détails sur la manière dont se fit cette disparition de facultés brillantes ; il est probable que ce ne fut pas une destruction brusque, mais un affaiblissement lent, qui tint à des circonstances très simples. Les représentations publiques de Paris n’ayant pas eu de succès, il cessa pendant quelque temps de calculer; trois mois de repos, nous apprend-on, lui firent perdre beaucoup de sa vitesse de calculateur. Un repos plus prolongé sans doute a suffi pour tout détruire. Nous retrouverons cette même influence chez d’autres calculateurs, mais en traits moins marqués.

Colburn présentait une curieuse particularité physique : un doigt surnuméraire à chaque main et un orteil surnuméraire à chaque pied; ces doigts étaient attachés au petit doigt et au petit orteil, et présentaient

un développement complet des trois phalanges. Colburn partageait celte polydaclylie avec deux (ou trois) de ses frères; il la tenait de son père et de son arrièregrand’ mère.

Mangiamele . — C’était un petit pâtre sicilien, qui vint en 1837, âgé de dix ans, à Paris, pour se faire examiner par Arago. 11 était fils d’un pauvre paysan, qui n avait eu les moyens de lui donner aucune instruction. Il avait trouvé lui-méme des procédés de calcul mental qui lui servaient à résoudre des problèmes compliqués, mais qu’on n’a jamais expliqués d’une manière satisfaisante. Mangiamele fut présenté par Arago à l’Académie des Sciences. Il résolut plusieurs questions devant l’assemblée. On lui demanda par exemple : Quelle est la racine cubique de 379(5416? Au bout d’une demi-minute, il répondit : 156, ce qui est correct.

Dase. — Bien que les différents calculateurs que nous passons rapidement en revue appartiennent, par suite d’une foule de traits communs, à une sorte de famille naturelle, quelques-uns gardent leur originalité propre, et se distinguent des autres par quelque qualité. Dase est de ceux-là : calculateur mental d’une grande puissance, il a mis ses aptitudes au service de la science; il a eu le temps et la patience de calculer les tables de logarithmes; il n’a pas été seulement un prodige, mais encore un homme utile.

Né en 1824, il possédait, comme ses émules, un don naturel pour le calcul, don que l’exercice n’a fait qu’agrandir. Calculateur dans le sens étroit du mot, il ne put jamais apprendre les mathématiques, malgré l’effort

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de maîtres éminents qui s’intéressèrent à lui; on ne parvint pas à faire pénétrer dans sa tête la plus simple proposition géométrique. 11 était môme, à ce qu on assure, d’une intelligence très obtuse pour tout ce qui n’était pas calcul mental.

Comme calculateur mental, Dase réunissait deux qualités qui, au dire des autorités en la matière, sont également nécessaires à ces exercices : la mémoire des chiffres et l’aptitude à calculer. 11 semble cependant, si on en croit quelques observations qui nous sont parvenues, que chez lui la faculté de calcul était beaucoup plus faible que la mémoire; celle-ci avait une amplitude remarquable. Gauss en a fait la remarque. Il constate que Dase a besoin de 8 heures 3/4 pour multiplier mentalement l’un par 1 autre deux nombres composés chacun de 100 chiffres ; c est là, pense-t-il, une forte perte de temps, car un calculateur d’une habileté modérée pourrait faire la même opération sur le papier dans la moitié du temps indiqué.

Cependant Schumacher a donné quelques autres résultats, qui semblent contredire l’opinion de Gauss. Dase multipliait deux nombres de 8 chiffres chacun en 54 secondes; deux nombres de 20 chiffres chacun en G minutes. Nous croyons que c’est là une rapidité fort considérable, et supérieure à celle d’Inaudi 1 .

Les principaux travaux scientifiques qu’on doit a Dase sont : le calcul des logarithmes naturels des nombres depuis 1 jusqu’à 1 005 000, et la table des facteurs et des nombres premiers depuis le septième jusqu’au

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