‹ Psychologie des grands hommes (volume 2)Chapitre 22 sur 64 · LA PRÉPARATION PAR LA RACE · texte numérisé non relu

LA PRÉPARATION PAR LA RACE

Difficulté du sujet. — Le çéuic moins uluclié et moins facile h étudier que la folie. — Les trois parties du sujet : le grand homme, le génie, l'inspinition. Ordre à adopter. — Une phrase de Gœlhe sur les résultats de la longévité dans les familles et les nations. — Toute race est-elle apte h donner naissance à un grand homme ? — Les sauvages, les barbares, les grïinds empires, les sociétés libres et vivaccs. — Les décadences apparentes ou partielles. — Les époques les plus favorables ù Tapparition du grand homme.

Il est à coup sûr plus difficile d'éludier les

formes supérieures de rintelligence humaine que

ses formes dégénérées. L'homme de génie, c'est là

du moins l'opinion accréditée, est plus occupé à

/aire qu'à se demander comment il fait ; il emporte

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avec lui, comme on le répète généralement, le secret de sa création. Quant aux esprits ordinaires, il leur est malheureusement plus aisé de saisir en eux-mêmes et de comprendre les faiblesses de toute nature contre lesquelles ils se défendent journellement, que de pénétrer les conditions d'existence et de mesurer les hautes allures de ces facultés sublimes dont le développement s'est si vite arrêté chez eux. Sur la folie et le crime, les ouvrages surabondent ; ceux qui traitent du génie non seulement sont rares, mais sont presque toujours consacrés à rabaisser leur sujet, à faire ressortir les vices ou les faiblesses des grands personnages, à découvrir en eux les germes de maladies, physiques ou mentales, qui forment si souvent la plus grosse partie de Théritage sur lequel peut compter leur postérité. Un volume considérable a paru tout récemment sur la Sélection dans r espèce humaine^. Le titre semblait annoncer des recherches nouvelles sur la formation des types supérieurs de l'humanité ; mais non, ces six cents pages, toutes remplies d'ailleurs

1. Paul Jacoby. Études sur la sélection dam ses rapports avec l'hérédité chez Vhomme, in-S. Germer-Baillière.

de faits et de réflexions, ne nous entretiennent que de la décadence forcée, de la dégénérescence inévitiable de ces types. La sélection apparaît, non comme une cause de progrès, mais comme l'agent par excellence du nivellement universel. Les privilégiés, « élus du sort, » deviennent les bourreaux de leur propre race, dont ils ont, en une seule existence, surexcité, puis troublé, égaré, épuisé enfin la vitalité. Mais comment, par quelles voies, à quelles conditions, ces « élus du sort » ont-ils conquis et exercé leur privilège, comment la sélection a-t-elle lentement accumulé dans les aïeux et consolidé pour un instant ce capital intellectuel qu'elle dispersera si vite dans les descendants, c'est là ce qui demeure encore le point le plus obscur. Cependant, si personne n'a essayé, ce nous semble, de l'aborder méthodiquement, bon nombre d'esprits éminents ou distingués ont jeté sur lui quelques étincelles brillantes, à la lueur desquelles il est permis de reconnaître l'état de la question, ce qui est acquis, et ce qui ne l'est pas. Michelet en histoire, Sainte-Beuve en littérature, se plaisent à expliquer, chaque fois qu'ils le peuvent, les caractères et les talents,

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les actions et les œuvres, par le concours des influences héréditaires, par Theureuse harmonie des dons'transmis avec le sang. Gœthe, en qui Sainte- Beuve lui-môme voyait le plus grand des critiques, avait, dans ses conversations avec Eckermann, émis à ce sujet quelques idées fécondes que Ton retrouve chez bon nombre d'écrivains, parmi lesquels Renan, Taine, Schérer *, sans parler des savants ou des philosophes qui ont spécialement traité de l'hérédité comme Moreau de Tours * et Ribot ^, et des historiens de certaines familles célèbres telles que celles des Condé, des Saulx- Ta vannes, des Beaumarchais, des Mirabeau *.

1. Taine dans son Histoire de la littérature anglaise, Schérer dans son Étude sur Diderot,

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