M. Endore Soulié
Marie Cressé que Molière tenait son esprit élevé, ses habitudes somptueuses et simples à la fois, sa santé délicate, son attrait pour la campagne hors de Paris ; et désormais la mère de Molière, restée inconnue jusqu'à ce jour, aura sa place marquée dans les commencements de la vie de son premierné. » On ajoute que dans le peu de livres que possédait cette femme distinguée se trouvaient Plutarque et la Bible ; ce qui permettra de mettre une note piquante au bas du vers connu
Et hors un gros Pluiarque à mettre mes rabas.
On dit enfin que le grand-père maternel et subrogé-tuteur de Molière aimait la comédie et y conduisait son petit-fils. Tout cela est fort intéressant ; mais rien de tout cela n'explique, dira-t-on, comment Molière est un auteur comique de premier ordre, au lieu d'être un honnête comique du second ou du troisième rang. Car enfin, il eût pu tenir de Marie Cressé son amour pour la campagne, ses goûts simples et somptueux... et ne faire que d'honorables comédies, au lieu de composer Tartuffe et le Misanthrope. Nous en dirons autant de Gœlhe, dont le tempérament tenait, comme il le
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dît lui-même, le milieu entre celui de son père, homme laborieux, pratique, chercheur persévérant, méthodique et régulier, mais exigeani, minutieux, sans souplesse et sans gaieté, et celui de sa mère, caractère bienveillant, accommodant, expansif, agréable, excellant à inventer des récits fantastiques, d'une imagination vive et abondante, mais fuyant les émotions pénibles et ne voulant même pas qu'on lui apprît de fâcheuses nouvelles. Voilà bien, si l'on veut, le tempérament de Goethe expliqué. Son génie l'est-il?
On s'approche plus de la question, sans qu'il soit prouvé cependant qu'on la résolve, quand on veut expliquer le succès d'un grand homme par une sorte de fusion entre les diverses qualités et entre les qualités et les défauts d'où son caractère est sorti. C'est surtout quand il s'agit de personnages politiques, d'orateurs, de guerriers ou d'hommes d'État, que ce mode d'explication paraît tentant. Si Napoléon I", dira-t-on, n'avait eu que le tempérament de sa mère, sa tendresse sévère, son âme énergique et sérieuse, sa fierté superbe et résignée, il fût resté debout, comme elle, dans son inflexible vertu ; il eût obscurément végété
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dans son île de Corse, à moins qu'il ne se fdt fait héroïquement guillotiner sous la Terreur. Mais à la sauvagerie corse il alliait, de race, l'astuce italienne ; nous savons que son père Charles Bonaparte, issu d'une famille tourmentée par des convoitises fiévreuses, était un ambitieux rusé, solliciteur à outrance, ami du plaisir, tout gonflé « d'un âpre désir des honneurs, mais des honneurs qui rapportent * ». Voici l'alliage qui a donné à ce métal puissant sa ductilité, sa souplesse, sa résistance, bref sa valeur sociale. 11 en a été dQ, même de Mirabeau, avec celte simple différence que, pour lui, le rôle respectif de ses deux auteurs est renversé.
Le marquis de Mirabeau, son père, jugeant le caractère de sa famille, en vantait « un certain génie fier, * exubérant, » que j'ai souvent rencontré, ajoutait-il, dans les traces de nos vieux pères * ». Quanta lui, qui ne connaît sa nature intraitable, dominatrice, aussi incapable de nuances dans les jugements que de concessions dans la conduite? il se qualifiait lui-môme d' « oiseau hagard,