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parfaitement naturelles et qu'elle croit soumises à un déterminisme rigoureux ; mais ces causes, elle ne les place que dans le passé. Quand les influences antérieures à celles de la race et de la famille ont donné ce qu'eUes pouvaient donner, la préparation tout entière est finie. Certaines forces sont créées ; le nombre en est arrêté, et toutes sont irrésistibles : ni Thostilité des hommes, ni le cours des événements ne sauraient arrêter ou même modifier la fatalité de leur action.

Un philosophe américain fort distingué, M. William James, s'est placé à un point de vue absolument opposé ^ Les causes antérieures, dit-il, sont beaucoup trop nombreuses, trop complexes, trop lointaines, pour faire utilement l'objet d'une étude scientifique. De famille en famille, d'époque en époque, jusqu'où ne faudrait-il pas remonter ? Jusqu'à la constitution de la voie lactée ! Sans doute, « si le système entier de l'univers était appelé à comparaître, » on y trouverait, en cherchant bien, toutes les causes des variations individuelles ; mais c'est précisément

1. Voyez Y Atlantic Monthly, october 1880, et la Critique philosophique f numéros des 22 et 29 janvier et 5 février 1881.

parce que les causes sont disséminées dans le système entier de l'univers, qu'il faut renoncer à les chercher. Prenons simplement l'une de ces séries de causes antécédentes. « Quand le résultat en question est la tendance d'un œuf, invisible lui-même à l'œil nu, à prendre telle ou telle direction dans son évolution ultérieure, à s'acheminer vers la production d'un génie ou vers celle d^un imbécile, ainsi que l'eau pluviale descend à l'est ou à l'ouest de la pierre, n'est-il pas clair que les causes ambiantes doivent être d'une région si obscure et si menue, consister en ferments de ferments et d'un tel ordre infinitésimal, que nous ne saurions, même par conjecture, essayer de nous en faire une idée ? »

Darwin, observe ingénieusement M. William James, s'est trouvé en présence de la même difficulté, lorsqu'il s'est agi d'expliquer par des causes naturelles la diversité* des espèces. « Sa triomphante originalité a consisté, dit-il, à prendre pour base de sa théorie la variation individuelle, qu'il considère comme une variation accidentelle. »

D'où vient en effet que tel animal s'est trouvé, à un moment donné, mieux armé que ses pareils

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pour résister au froid ou à la faim, muni d'une fourrure plus épaisse, d'une coloration plus protectrice, d'une vue plus perçante, d'une dent plus aiguë? Nous ne pouvons rien en savoir. Mais, cet avantage une fois donné, comment les effets combinés de la concurrence vitale et des sélections naturelle et sexuelle vont-ils en faire le point de départ d'une espèce nouvelle ? Voilà le problème intéressant, et ce problëme-là n'est point insoluble. Ainsi le philosophe, continue M. James, doit accepter les génies simplement à titre de données, tout comme Darwin a accepté les variations spontanées. Pour lui, ainsi que pour Darwin, tout le problème n'est que de savoir, une fois ces données posées, comment le milieu les affecte et comment elles affectent le milieu. « J'affirme maintenant que la relation du milieu visible avec le grand homme est, quant au principal, exactement ce qu'elle est avec la variation dans la doctrine darwinienne. Le milieu l'adopte ou le rejette, le préserve ou le détruit, en un mot le sélige. Pour autant qu'il l'adopte et le préserve, il se modifie lui-même sous son influence, d'une manière par^ ticulière et originale. »

Ainsi M. Galton croit que Tac tion des influences héréditaires est, à elle seule, absolument décisive, et que le milieu est indifférent. M. William James croit que l'action du milieu est prépondérante et surtout qu'elle peut seule être analysée et expliquée.

Ce que nous pensons de l'action des causes héréditaires, le lecteur Ta vu dans notre étude précédente. Mais le grand homme issu d'elles fait-il violence aux circonstances? A-t-il besoin de le faire et le pourrait-il? C'est ce que nous contesterons tout d'abord à M. Galton. Le grand homme dirige son époque, il la conduit et la domine, très certainement. Prise dans son ensemble, la violentet-il, la contraint-il à remonter malgré elle la pente qu'elle a descendue ? Nul historien ne le croira. Souvent un génie apparaît dans une heure de crise, et il en hâte le dénouement, qull fait plus heureux et plus brillant qu'on ne l'eût espéré. Souvent il trouve chez ses contemporains deux tendances opposées, deux forces ennemies qui se tiennent en équilibre ou dont la lutte remue profondément, déchire et bouleverse la patrie ; il adopte l'un des deux partis, se met à sa tète, le discipline, l'en-

traîne à la victoire : voilà en deux ou trois mois l'histoire de tous les grands hommes connus. Aucun d'eux n'a, que nous sachions, triomphé seul ; aucun n'a eu contre lui la majorité de ses conciloyens, ou du moins la portion la plus éclairée ou la plus vaillante de ceux qui pouvaient lui prêter aide ou lui opposer une résistance sérieuse. Périclès n'a gouverné les Athéniens que par la persuasion, et on se rappelle avec quelle amertume Platon lui reproche ' d'avoir flatté leurs préjugés. Alexandre a hérité des traditions savantes de la Grèce et de la vigueur des Macédoniens dressés par Philippe. Que la révolution par laquelle César mit fin à la République ait eu des milliers de complices dans l'armée, dans les provinces, dans l'enthousiasme de ses soldats et dans la faiblesse de ses adversaires, n'est-ce pas là autant de lieux communs? On n'ignore pas davantage sur combien dépassions et d'intérêts Cromwell s'était appuyé. Lors de sa dernière maladie, « non seulement dans le palais de Witehall, mais dans une multitude d'églises et de maisons de Londres, des prières

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