Notamment daas le Gorgtas et dans le Proiagoras
fervenles s'élevaient, dit M. Gaîzot * , pour la guérison du Protecteur, prières à la fois sincères et intéressées, suscitées par la sympathie et parla crainte ; indépendamment des hommes attachés à sa personne ou à son gouvernement et dontlafortune se trouvait liée à la sienne, Cromwell était, pour tous ceux des révolutionnaires et des sectaires que le fanatisme rép.ublicain n'avait pas rendus ses ennemis, le représentant de leur cause, le défenseur de leurs libertés civiles et religieuses. » Et l'historien à la gçave autorité de qui . nous empruntons ces paroles explique cette popularité en ajoutant: « A chaque moment, dans chaque situation, il démêlait avec une sagacité , admirable les passions et les intérêts dominants, pour en faire les instruments de sa propre domi- , , nation, peu soucieux de se démentir, pourvu qu'il ] triomphât d'accord avec l'instinct public, et don- ' nant pour réponse aux incohérences de sa conduite l'unité ascendante de son pouvoir. » Napoléon I" a détourné sur l'Europe le flot de la Ré- ^ volulion française ; il l'a égaré, si l'on veut, et fi-
1, Guizot, Histoire de la révolution (PAngîetefrej 2« parti^J» tome n, p. 390.
nalement épuisé. Qui dira qu'il se soit mis en face d'elle pour la comprimer ou l'arrêter, qu'il ait pu en avoir seulement la pensée, et qu'une semblable tentative eût été possible même à son génie* ?
Cette aide puissante que le grand homme sait trouver dans son milieu, les historiens sont en vérité bien loin de la méconnaître. Qu'il s'agisse de Charlemagne ou de Louis XIV, de Léon X ou de Condé, les noms de ceux qui se sont dévoués, diton, pour leur gloire, se pressent en foule dans nos souvenirs. Nous avons même besoin de nous défendre contre cette analyse à outrance qui, exagérant l'importance des faits secondaires, finirait par nous persuader que ce n'est pas Condé qui a gagné la bataille de Rocroy, ni Villars celle de Denain, ni Napoléon celles de Marengo, d'Eylau^ d'Eckmiihl ou de Wagram.
Les grands écrivains, les grands artistes ne sont ni plus isolés, ni plus dénués d'encouragemenls et de secours. Les résultais de la critique littéraire sont aussi décisifs sur ce point que ceux de la cri-
1. On a CPU pendant longtemps que Richelieu avait mené a France malgré le roi. On sait aujourd'liui qu'il n'en est rien. Voir tes Intéressants travaux de M. Berthold Zeller sur l'époquo de Louis XIII.
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tique historique. On peut prendre au hasard.
« Les femmes du XVIP siècle, dit Sainte-Breuve, n'ont qu'à le vouloir pour écrire avec un charme infini : elles ont toutes le don de l'expression ; et Mme de Sévigné n'est que la première dans une élite nombreuse. » Lorsqu'une civilisation nouvelle, dit M. Taine, amène un art nouveau à la lumière, il y a dix hommes de talent qui expriment à demi l'idée publique, autour d'un ou deux hommes de génie qui l'expriment tout à: fait : Guilhem de Castro, Pérès de Monlalvan, Tirso de Molina, Ruys de Alarcon, Augustin Morelo, autour de Calderon et de Lopé de Véga ; Crayer, Van Dyck, Van Oost, Rombourt, Van Thulden, Houtwoort, autour de Rubens ; J. Marlowe, Massinger, Webster, Baumont, Flechter, autour de Shakespeare et de Ben Jonson. »
Nous n'insisterons pas plus longuement ici sur ce point ; car nous aurons à y revenir par une autre voie, quand nous chercherons à expliquer la nature de cette coopération constante qui unit les efforts du grand homme à ceux de ses contemporains ; mais le fait de l'accord est si clair et si bien établi par l'histoire, qu'on se demande
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d'où peut venir cette illusion dans un esprit si pénétrant et si ami des documents positifs que M. Galton. Nous en avons indiqué déjà en passant la raison : c'est qu'à force de comparer entre eux les états les plus divers de lïntelligence, on arrive à tout confondre, à conclure indifféremment du criminel au grand homme, comme on fait de l'homme à l'animal. On croit trouver par exemple que le nombre des hommes de génie \ comme celui des fous et des criminels, offre une matière plus ou moins docile au calcul des probabilités. On observe que les malheureux de ce dernier groupé sont souvent voués par les influences héréditaires à une maladie dont aucune éducation, aucune hygiène physique ou morale ne les préservera. Par analogie, on estime que rien n'arrêtera les premiers, et que les uns comme les autres joueront bon gré mal gré l'air cacophonique ou mélodieux, la musique diabolique ou céleste qu'ils auront apportée dans leur système nerveux.
Mais le crime, pour être crime, n'a pas besoin d'opportunité ! 11 portera même d'autant plus le