Voir Mme de Rémusat, Correspondance, V
2. On a cru pendant longtemps que Richelieu avait mené la France malgré le roi. On sait aujourd'hui qu'il n'en est rien. Voir les intéressants travaux de M. Berlhold Zeller sur l'époque de Louis XilL
qu'il gagna sur le continent et qu'il incorpora dans ses armées, étaient bieiï séduits par sa gloire ; mais ils Tétaient aussi par l'attrait de plus d'une idée révolutionnaire, et il le sentait.
Cette aide puissante que le grand homme sait trouver dans son milieu, les historiens sont en vérité bien loin de la méconnaître. Qu'il s'agisse de Charlemagne ou de Louis XIV, de Léon X ou de Condé, les noms de ceux qui se sont dévoués, dit-on, pour leur gloire, se pressent en foule dans nos souvenirs. Nous avons même besoin de nous défendre contre celte analyse à outrance qui, exagérant l'importance des faits secondaires, finirait par nous persuader que ce n'est -pas Condé qui a gagné la bataille de Rocroy, ni Villars celle de Denain, ni Napoléon celles de Marengo , d'Eylau , d'Eckmûhl ou de Wagram.
Les grands écrivains, les grands artistes ne sont ni plus isolés, ni plus dénués d'encouragements et de secours. Les résultats de la critique littéraire sont aussi décisifis sur ce point que ceux de la critique historique. On peut prendre au hasard. « Les femmes du XVII® siècle, dit Sainte-Beuve, n'ont qu'à le vouloir pour écrire avec un charme infini : elles ont toutes le don de l'expression; Mme de Sévigné n'est que la première dans une élite nombreuse. »
« Lorsqu'une civilisation nouvelle, dit M. Taine, amène un art nouveau à la lumière, il y a dix hommes de talent qui expriment à demi l'idée
publique, autour d'un ou deux hommes de génie qui Texpriment tout à fait : Guilhem de Castro, Pérès de Montalvan, Tirso de Molina, Ruys de Alarcon, Augustin Moreto, autour de Calderon et de Lope dé Véga; Crayer, Van Dyck, Van Oost, Rombourt, Van Thulden, Houtwoort, autour de Rubens; J. Marlowe, Massinger, Webster, Baumont, FJechter, autour de Shakespeare et.de Ben Jonson. »
Nous n'insisterons pas plus longuement ici sur ce point; car nous aurons à y revenir par une autre voie, quand nous chercherons à expliquer la nature de cette coopération constante qui unit les efforls du. grand homme à ceux de ses contemporains ; mais le fait de l'accord est si clair et si bien établi par l'histoire, qu'on se demande d'où peut venir cette illusion dans un esprit si pénétrant et si ami des documents positifs que M. Gai ton. Nous en avons indiqué déjà en passant la raison : c'est qu'à force de ^comparer entre eux les états les plus divers de l'intelligence, on arrive à tout confondre, à conclure indifféremment du criminel au grand homme, comme on fait de l'homme à l'animal. On croit trouver par exemple que le nombre des hommes de génie *, comme celui des fous et des* criminels, offre une matière plus ou moins docile au calcul des probabilités. On prétend que les malheureux de ce