‹ Psychologie des grands hommesChapitre 68 sur 98 · E. Fromentin, les Maîtres d'autrefois, p · texte numérisé non relu

E. Fromentin, les Maîtres d'autrefois, p

Mais pourquoi ceci est-il, de l'aveu de tous les critiques, le signe par excellence d'une forte nature? C'est que les influences extérieures (et nous comprenons parmi elles les influences du tempérament, des sens, des images, dans ce qu*elles ont d'accidentel et de fugitif) tendent à nous jeter çà et là dans des voies détournées, confuses, qui s'entrecroisent ou qui se fuient les unes les autres. Le besoin du nouveau, qui vient de ce qu'on a vite trouvé le bout de son idée, la mode du jour, la lassitude ou la fougue intempérante de l'heure présente, l'influence d'une passion qui ne durera pas plus que sa devancière, la jalousie d'une gloire rivale, vingt autres causes sollicitent l'imagination et la main de l'artiste. Sa conscience a de la peine à s'y reconnaître et à résister. Pour retrouver aisément le vrai dans l'art, comme pour trouver le simple dans la science, le pratique dans l'industrie, l'honnête dans la conduite, il faut avoir une force de résistance et de direction de soi peu commune. On peut, en effet, généraliser ce que Malebranche dit si heureusement de la vertu : « Lorsque le bien sensible se découvre à l'âme et l'attire par sa douceur, elle n'est point en repos si elle demeure immobile; il n'y a pas de plus grand travail que de demeurer ferme dans les courants : dès qu'on cesse d'agir, on est emporté * ». Or, tout homme voué à l'art ou à la science monte

Page 1