Vallery-Radot, article du Temps du 20 juillet
2. Voir sa biographie dans Fétis. « Chez Mozart, faible enfant bégayant à peine, le génie avait fait une irruption violente. Il paraît au contraire que chez Beethoven, nonobstaot les traditions les plus répandues, le génie ne sembla pas affecter de spécialité dès les premières années ; car M. Baden, de Bonn, qui fut le compagnon d'enfance du grand artiste et qtti fréquentait avec lui les écoles primaires, rapporte que ce fut en usant de violence que le père de Beethoven par-
LE GÉNIE ET L'iNSPIRATION. 243
chanter en lui non seulement Pair que son imagination lui apportait tout d'abord, mais tous ceux qui venaient se grouper autour du thème primitif, rétendre et le varier pour former avec lui une œuvre harmonieuse ; l'autre cherchait, éprouvait, consultait ses idées, modifiait sa composition. L'inspiration du premier a plus de jeunesse, de mélancolie, de tendresse et de gaieté ; l'inspiration du second a plus de profondeur et de pathétique ; elles sont donc bien différentes, mais elles ne sont certainement pas inégales.
C'est encore l'erreur d'une vieille rhétorique que de considérer l'inspiration comme inséparable d'une effervescence violente des sentiments et d'une sorte de délire. Corneille et La Fontaine étaient fort calmes, chacun à sa manière; d'un autre côté, plus d'un homme de talent, de génie même a éprouvé les transports les plus vifs dans la composition de celles de ses œuvres qui nous paraissent aujourd'hui les moins inspirées. Voici ce que Voltaire, par exemple, dit de sa tragédie de Catilina * : a J'ai ébauché entièrement Catilina en huit jours. Ce tour de force me surprend et m'épouvante encore. Cela est plus incroyable que
vint à lui faire commencer l'étude de la musique, et qu'il y avait peu de jours où il ne le frappât pour l'obliger à se mettre au piano. »
n est vrai que, les premières difficultés une fois vaincues, il se prit de passion pour son art et y fit des progrès très rapides.