‹ Psychologie des mystiques catholiques orthodoxesChapitre 119 sur 161 · Rousseau juge de Jean-Jacques, second dialogue · texte numérisé non relu

Rousseau juge de Jean-Jacques, second dialogue

combinent coinmo dans le sommeil sans le concours de la volontr. » — Entrons dans quelque détail.

Nombreux sont les dormeurs éveillés qu'on rencontre, monologuant, gesticulant sur les trottoirs ; nombreux les imaginatifs — tel ce « M. Joyeuse » dont Alphonse Daudet, dans Le nabab, a donné l'excellente « observation » — qui inventent chaque jour « des aventures extraordinaires, de quoi défrayer vingt romans-feuilletons » ; nombreux ces gens — surtout ces femmes — (jui trompent l'ennui de leur existence routinière et souvent malheureuse en se racontant des « histoires continues », « constructions fantaisistes, mille fois reprises et poursuivies, rarement aclievées, où la folle du logis se donne libre carrière ' »...

Cette rêverie ininterrompue, qui tient dans la vie de tant d'individus, même normaux, une place considérable, est généralement monotone et « reste pendant longtemps toujours la même, sans être modifiée par les circonstances extérieures. L'un rêve qu'il gagne des millions, l'autre qu'il dirige une armée et conquiert un pays barbare ; celui-ci colonise une ile à la fa(;on de Robinson, ou joue le plus beau rôle dans un roman d'amour. Mais chacun garde son histoire et se la récite incessamment^».

{. Th. Flouruoy, Des Indes à la planète Mars, étude sur un cas de somnambulisme avec glossolalie, Alcan-E^'j;iraann, 1900. « L'habitude de rêvasser, de construire des cliàteaux en Espagne, de se transporter dans de tout autres conditions d'existence, ou de se raconter des histoires où l'on joue volontiers le beau rôle, est encore plus répandue chez la femme que chez l'homme, et dans l'enfance et la jeunesse que plus tard... »

2. Pierre Janet, Névroses el idées fixes, t. 1, p. 393: les rêveries subconscientes. — Ceci est particulièrement vrai des hystériques : (' Les hystériques ne se contentent pas de rêver énormément la nuit, elles rêvent toute la journée. Qu'elles marchent, qu'elles travaillent

L'EXTASE 18?i

Tant que la rcvcrio reste superficielle — et elle le reste chez les individus normaux — elle ne s'accompagne ni d'actes, ni d'hallucinations, et n'a d'autre caractère particulier que de se développer automatiquement et comme à l'insu du rêveur. Mais quand elle devient profonde, qu'elle est travaillée, constamment ressassée et reprise, et — sorte de toile de Pénélope qui se lisse d'elle-même — tend à s'allonger indéfiniment ; alors, et peu à peu, la sensibilité du rêveur s'émousse ; son attention se concentre sur l'objet de la rêverie ; celle-ci devient, en un temps donné, tout à fait involontaire et ne lui laisse plus que des souvenirs très incomplets. Bientôt ces souvenirs achèveront de s'effacer : c'est que le dédoublement de sa personnalité s'est accompli, et qu'à la rêverie a succédé chez lui le somnambulisme, c'est-à-dire un état de désagrégation psychologique caractérisé par l'enrichissement progressif du subconscient, et qui, dans les cas extrêmes, aboutit à la formation d'une personnalité spéciale'.

Les somnambulismes — au moins les somnambu-

ou qu'elles cousent, elles ne sont jamais entièrement à ce qu'elles font. Toujours elles ont en tète une histoire interminable qui se déroule en spectacles visuels ou qui se raconte par la parole intérieure... Quelquefois ces rêveries n'ont pas de suite... Mais souvent elles ont une certaine unité fort vague. C'est toujours la même histoire monotone que la malade reprend au point où elle a été interrompue et qu'elle recommence sans cesse. Que cette histoire soit heureuse ou pénible, peu importo, elle devient agréable à ces esprits fatigués, parce que c'est une rêverie facile... Quand les rêveries arrivent à se systématiser ainsi, elles deviennent plus dangereuses et ne tardent pas à se transformer en idées fixes. « (Pierre Janet, L'état mental des hystériques : les modifications du caractère).

1. La définition du somnambulisme se confond, on le voit, et comme je l'ai déjà remarqué (cli. vi) avec celle de l'iiystérie. C'est qu'en effet tout somnambulisme est un phénomène hystérique ; et l'on peut dire que réciproquement tout phénomène hystérique est un somnambulisme.

lismes monoïdi'iijucs, dont il va êlro parlr — proc«îdcnf tous do rôvcries ; «'I l'on trouve dos rôveries à l'origino ■des soinnanihulisnios avoc ^lossolalio de M"* Smith, si minutieuscmonl étudiés par lo P' Flournoy ' ; comme à l'origine des somnambulismos ambulatoires de Rou..., décrits par MM. F. Raymond ol Pierre Janel*; €t à l'origine du si curieux somnambulisme léthargique observé par M. Pierre Janol chez lo malade (juil a désigné sous h^ nom d'Achille \

Chez le sujet on état do somnambulisme, la motricité reste normale, mais la sensibilité est, le plus souvent, diminuée ou abolie ; l'attention se systématise (d'où vient que les actes habituels ou professionnels soient accomplis avec plus do perfection que pondant la veille).

Si le somnambulisme se distingue de l'état de veille, il se distingue encore plus de l'état do rêve. Les actes y sont exécutés et non pas seulement rêvés ; et tandis que le souvenir du rêve persiste souvent au réveil, le somnambule, une fois revenu à l'état normal, ne se souvient de l'ien de ce (ju il a dit ou fait en étal do somnambulisme. En rovaru'lio, il conservera, pendant ses crises, le souvenir des somnandjulismos pi'écédonts, et aussi, plus ou moins fragmentaire, celui de la veille.

Le somnambulisme est ou Kpontanéf ou bien artificiellement provofjur.

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