Revue philosophique, juillet
<l«Hploppe, chez les mystiques, avec une énergie exceptionnelle, si bien qu'ils anticipent sur le processus de l'évolution, et se révèlent préadaptéfi à une société meilleure ([ue celle où ils vivent, à une société dont les membres, unis en Dieu, n'auraient qu'un cœur et <ju'uno àmt".
La valeur morale et sociale du mysticisme orthodoxe n'est donc pas contestable. De là faut-il conclure à la valeur absolue des expériences mystiques ; et, somme toute, adopterons-nous l'attitude de nos sujets (jui, moins soucieux de théorie que de pratique, jugent par les effets de l'origine et de la qualité de leurs extases'?
Ce pragmatisme instinctif ne s'accorde guère avec notre tempérament intellectuel. Nous n'admettons pas qu'entre la notion d'utilité et celle de vérité il y ait nécessairement corrélation, ni que le vrai soit fonction de l'utile ; et nous voudrions savoir — mais le pourronsnous jamais? — si, pour bienfaisante qu'on la suppose, l'expérience mysti(jue n'est que pure illusion, ou si elle correspond, au moins dans certains cas, à quelque réalité objective.
Que les mystiques commettent des erreurs d'inler-
1. Sainte Th(?rèse, Vie, cli. xx : « Ce sont là les ejfels que produisent dans rame ces ravissements, quand ils sont véritables. S'ils ne les produisaient pas... non seulement je douterais beaucoup que ces transports vinssent de Dieu, mais je craindrais que ce ne fussent plutôt de ces transports de rage dont parle saint Vincent Ferrier. » — (]f. Relation I au P. Rodrijjue Alvarez, et Chat., C" dem., ch. m : Des marques auxquelles on distingue les paroles que Dieu adresse à l'âme de celles qui viennent de l'imagination ou du démon.
protalion ; (|ue leurs visions ot les paroles qu'ils croient entendre ne soient que des pliénoinènes internes al)UsivenienL extériorisés, c'est ce que les théologiens euxmêmes ne font guère difiicullé de reconnaître. Us reconnaissent, par exemple, (jue la \ision dite « corporelle » peut se produire « sans qu'il y ait au dehors aucune réalité correspondant à l'impression organique» ; que les visions imaginaires se réduisent à de sinqdes laits de mémoire ou d'imagination, « Dieu excitant et coordonnant dans l'esprit les idées qui répondent aux ohjets qu'il veut manifester' » ; en un mot, que les unes et les autres sont de caractère nettement hallucinatoire".
Mais ces illusions d'optique mentale une fois constatées, le problème ne fait que changer de plan et se ramène à celui-ci : quand le sujet croit entrer en relation avec des puissances étrangères à sa personnalité, son erreur ne porte-t-elle que sur le mode de leur manifestation et ne consiste-t-elle qu'en une extériorisation fautive d'événements tout intérieurs; ou bien s'étend-elle au fait même de l'intervention surnaturelle? — Distinguant la valeur relirjieuse des phénomènes de leur mécanisme psijchologiqiie, M. J. Maréchal remarque à ce sujet que Ion conçoit « une intervention providentielle et même une intervention spéciale de Dieu dans des visions dont le mécanisme psychologique rentrerait par ailleurs dans les cadres de l'hallucination tranche ou de l'hallucination psychique'». J'irai plus loin que lui et jusqu'à prétendre