‹ Psychologie des mystiques catholiques orthodoxesChapitre 29 sur 161 · Ib., cil. XL ; C/idl., 7" dem., ch. m · texte numérisé non relu

Ib., cil. XL ; C/idl., 7" dem., ch. m

(Chantai, au conlrairo, vécut ses sept ou huit dernières années clans une agonie morale ininterrompue, qui ne cessa qu'un mois avant sa mort :

Son àme, nous dit son historien \ fut abandonnée à tant de peines intérieures et de si cruelles qu'elle ne se connaissait plus elle-même. Elle n'osait ni baisser les yeux sur son intérieur, ni les relever vers Dieu. Son àme lui apparaissait souillée de péchés, noire d'ingratitude, défigurée, horrible à voir... Si l'on excepte les pensées d'impureté dont elle ne fut jamais assaillie, il n'y a pas de mauvaises idées dont son esprit ne fût rempli, pas d'actions détestables qui ne se présentassent à son imagination. Les doutes sur les plus adorables mystères, les blasphèmes contre les plus miséricordieux attributs de Dieu, les plus abominables jugements sur le prochain se disputaient son imagination. Elle disait que son esprit était comme un grand parc où circulaient en hberté de hideux reptiles, sans qu'elle put ni les détruire ni les chasser. Aussi, quand elle parlait de ses peines, de grosses larmes coulaient le long de ses joues. La nuit, on l'entendait soupirer comme un malade à l'agonie. Le jour, elle en oubliait le boire et le manger. Et ce qu'il y avait de plus aflreux, c'est qu'au milieu de ces tentations il lui semblait que Dieu l'avait abandonnée; il ne la voyait plus ; il ne se souciait plus d'elle. Elle lui tendait les bras, mais comme Ton fait dans les ténèbres à un ami disparu. Ou plutôt, Dieu était plus qu'absent pour elle ; il était ennemi, il la repoussait. Vainement essayait-elle, pour calmer son efiroi, de se rappeler ces images aimables de pasteur et d'époux ou d'ami sous lesquelles elle se l'était représenté si souvent ; dès qu'elle pensait à Dieu, elle le voyait apparaître comme un juge irrité, comme un maître méprisé et demandant vengeance...

... Elle ne pouvait plus entendre parler d'une peine sans en souffrir, ni entendre nommer un péché sans s'imaginer qu'elle le commettait...

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