‹ Psychologie des mystiques catholiques orthodoxesChapitre 71 sur 161 · IIO PSYCHOLOGIE DES MYSTIQUES · texte numérisé non relu

IIO PSYCHOLOGIE DES MYSTIQUES

ivvriations privt^'cs', qui sont comme le contenu des visions et des paroles surnaturelles. Ces révélations, (juand elle les approuve, c'esl simplement qu'elle les lient pour « probables el pieusement croyables » — pvobcihiles et pie credihiles, déclare IJenoît XIV dans son traité de la canonisalion " ; mais elle ne se porte aucunement garante de leur autbenticité, non plus que des faits et des doctrines qu'elles énoncent'.

1. Privées, par opposition aux révélations universelles, qni sont consignées dans la bible, et s'imposent à la foi de tous les catlioli'iues.

'2. De servorum Dei beaiificalione el beatorum canonizalione, 1748, 1. Il, c. 32, n' II, et 1. 111, <;. 53, n» 15.

3. Aussi bien les révélations privées fourmillent d'erreurs; beaucoup se contredisent entre elles ; la plupart sont, an témoijinage de lienoît XIV, citant Lancicius, parsemées d hallucinations, inn<ini$ litillucinationibus respersœ (1. II, c. 19, n» 11 et 1. 111, c. o3, n» 17; voy. aussi I'Appendick n» IV du présent volume : Marie d'At/réJa et la Cité mi/stique de Dieu) ; certaines ne s'accordent pas avec le dogme : sainte Catherine de Sienne, par exemple, eut une révélation de laquelle il ressortait que la Vierge n'est pas immaculée (Benoît XIV, 1. 111, c. .53, n»' 16, 17). — Les curieux des détails en trouveront de très circonstanciés dans Amort, De revclalioiùbus, visionibus et apparitionibiis privalis regubv lnUv... exemplts illuslrata-, 1744, el dans le livre du P. Aug. Poulain, Des grâces d'uraison, ch. xxi et xxii.

Les théologiens parlent, à ce sujet, soit d'erreurs d'interprétation ou d'altérations apportées après coup à la révélation i)rimitive, soit d'une confusion qui s'établirait chez le voyant entre ses propres jiensées et l'inspiration divine : a Quœres an cantingere possit, dit Benoît XIV (I. 111, c. o3, n» 17) ut aliquis sanctus habeat revelationes non a Siiiritu sancto immissas, sed ortas a proprio judicio et ratiocinio, quatcnus intellectus ejus pia affectione ductus, et imbutus opinionibus de re aliqua, quœ pietatem redolet, judicat s[)irilum sibi esse divinum, cum tamen invincibiliter fallatur. » — Ou peut rapprocher ce texte de celui des Exercices (Discernement des esprits, se 'onde semaine. H' règle), où saint Ignace distingue deux temps dans la consolation spirituelle : « Dans le second temps, où l'âme est ein-ore toute fervente el comme pénétrée des restes précieux de la consolation passée, elle forme de son propre raisonnement, par suite de ses habitudes naturelles et en conséquence de ses conceptions et de ses jugements, sous l'inspiration du bon ou du mauvais esprit, des résolutions et des décisions qu'elle n'a pas remues immédiatement de Dieu, notre Seigneur, et que, par consé(iuent, il est nécessaire de bien examiner avant de leur accorder une entière créance el de les mettre à exécution. »

VISIONS ET PAROLES SURNATURELLES Hl

Quant aux mysti({U('s oilliodoxos, loin do rochercFicr Ion « favoui'S » surnaluielles el de s'y complaire, ils les redoutent et les fuient ; ils les ont, déclare l'un d'eux, « en aversion' ». S'ils en parlent, c'est sur le ton de la niéliance, et ils les soumettent, quand ils en sont l'objet, à une critique sévère^.

C'est qu'en cflet, ces faveurs sont, à leur sentiment, d'origine équivoque, et prêtent à toule sorte d'illusions: « Nous n'en connaîtrons la valeur vraie que dans l'autre monde », dit sainte Thérèse^; « il faut, déclare de son côté saint Jean de la Croix, une prudence très grande et une lumière extraordinaire de Dieu pour discerner la fausseté ou la vérité de ces prodiges ^ » ; le démon peut en être l'auteur ; ils peuvent n'être aussi que des fantômes de l'imagination'' : « Il est des personnes, et j'en connais plusieurs, remarque sainte Thérèse, dont l'imagination est si impressionnable et l'esprit si actif, qu'il leur suffît d'une pensée un peu vive pour croire qu'elles voient l'objet... La violence du désir entraîne l'imagination, et ainsi l'on se figure voir et entendre ce qu'on ne voit pas et ce qu'on n'entend pas ® ».

D'origine équivoque, les faveurs spirituelles n'ont d'ailleurs rien de méritoire. « Quant à mériter plus ou moins, dit sainte Thérèse, Notre-Seigneur ne le fait

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