SYNTHÈSE ET VARIATIONS DE L’ÉTAT MENTAL
L’état mental des neurasthéniques est donc composé des quatre catégories de troubles psychiques que nous venons d’analyser.
A la base se placent les stigmates affectifs , fatigue, tristesse, émotivité, avec leurs dérivés, ennui, pessimisme, misanthropie, détresse, etc., composant par leur assemblage la gerbe de ces fleurs du mal, si douloureusement chantées par Baudelaire. J’ai cru nécessaire d’y insister et de les commenter longuement, parce que ces stigmates représentent
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vraiment l’essence même de la neurasthénie psychique. De même que chez l’individu normal, la vie affective constitue le fond du caractère (1), de même chez le neurasthénique les troubles affectifs constituent le fond de l’état mental. Tous les autres troubles somatiques ou psychiques peuvent s’atténuer ou faire défaut : tant que subsisteront les stigmates affectifs, le sujet sentira et réagira en neurasthénique.
Caries troubles volontaires ne sont en réalité que l’écho et la conséquence des troubles affectifs, puisque la volonté normale n’est que la réaction de la sensibilité individuelle aux stimulations extérieures. En effet, l'insuffisance d'impulsion provient de l’apathie organique, l'insuffisance de décision provient du doute, l'insuffisance d’exécution provient de l’asthénie musculaire. C’est pourquoi les troubles volontaires sont toujours étroitement unis et môme proportionnels aux troubles affectifs : ils ne sauraient jamais exister seuls. Et l’on ne conçoit pas un neurasthéni-
(1) Cf. Hahtenbero. Physionomie et Caractère , p. Si.
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que dont tout le désordre mental consisterait en aboulie.
V asthénie psychique joue dans l’état mental des malades le moindre rôle. Tout d'abord, elle n’est pas toujours présente. Dans les dépressions profondes seules, ou chez les fatigués constitutionnels, elle manifeste ses effets. De plus, ceux-ci n’influencent qu’en quantité et non en qualité l’activité du malade. Chez les neurasthéniques purs, je l’ai dit, l’harmonie cérébrale n’est jamais troublée : l’esprit peut être diminué dans sa capacité, il n’est jamais altéré dans son mécanisme.
Enfin, les complications diverses, conditionnées par les prédispositions des sujets, viennent se greffer sur ces trois groupes de symptômes, comme des floraisons parasitaires qui n’éclosent qu’à la faveur de l’aslhénie et se flétrissent lorsqu’elle disparaît. Parfois lyranniques et capitales dans la pratique, lorsqu’elles se cristallisent en obsessions, elles no méritent dans la théorie psychologique qu’une importance accessoire, parce qu’elles sont moins le produit d’un état fonctionnel que d’un défaut de structure du cerveau.
Tous ces troubles, il est essentiel de le constater, prennent leur origine dans celte dépression fondamentale du système nerveux, qui, selon ma conception, constitue la neurasthénie. L’abaissement de la tension nerveuse, l’insuffisance des excitations qui commandent et entretiennent l’activité des organes et la vie des cellules, expliquent tous les symptômes de la neurasthénie. La fatigue naît de l’atonie musculaire, la tristesse naît de l’atonie organique, l’émotivité naît de l’asthénie cérébrale et médullaire, les troubles volontaires et les complications dérivent eux-mêmes de l’apathie et de l’émotivité. Quant aux troubles intellectuels proprement dits, ils se pourraient peut-être rattacher encore aux symptômes affectifs, car l’attention, la mémoire, l’imagination, ne se ramènent-elles pas en dernière analyse à des phénomènes de sensibilité?
De sorte que si l’on voulait concréter dans un schéma la synthèse de l’état mental neurasthénique, il conviendrait de poser, sur une hase de dépression fondamentale, divisée en ses diverses modalités physiologiques