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deux termes qui le composent ; or chacun de ces deux termes, en tant que simple, indivisible, se trouve engagé tout entier dans ce qu'il a de commun avec l'autre, en un mot s'identifie avec lui, cesse d'en être discernable, et pourtant notre esprit est mis en demeure d'affirmer que le second est distinct du premier, sinon aucune durée ne serait engendrée. Un couple de moments immédiatement consécutifs est une donnée métaphysique, au même titre que les moments qui la composent.
Des considérations précédentes il résulte que nous ne pouvons nous former la représentation exacte, l'idée adéquate de la composition d'aucun changement, c'est-à-dire l'idée adéquate du couple d'états différents affectés en deux moments immédiatement consécutifs par ce qui change ; car, en tant que deux états n'occupent que deux tels moments, ils sont comme ceux-ci mêmes indiscernables pour notre esprit, quoique distincts.
Le passage du premier de ces états au second constitue le devenir. Il est facile de vérifier sur l'infiniment petit la nature contradictoire du devenir mathématique. En effet : nous concevons immédiatement en quoi consiste l'augmentation et la diminution et nous appelons grandeur ou quantité ce qui en est susceptible ; mais si, en outre, nous imposons à une chose ainsi qualifiée la condition d'être infiniment petite, nous impo-
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sons par là même à sa nature deux conditions contradictoires : celle d'être présentement susceptible de diminution, et celle d'être présentement moindre que n'importe quelle autre grandeur assignée, c'est-à-dire de ne comporter aucune diminution.
Les mathématiciens tournent la difficulté en substituant àl'infiniment petit, présentement réalisé, V indéfiniment petit, variable (équivalente dans le calcul) tenue d'être toujours moindre que toute grandeur assignée.
La critique précédente des idées de cliangegement et de devenir est celle de l'idée de l'activité en général ; elle est applicable à toutes sortes d'activité, soit physiques soit psychiques.
L'être métaphysique est nécessaire ; il ne peut pas ne pas exister, mais les changements que nous y constatons témoignent qu'il n'existe pas dans un instant tel qu'il existait dans un autre instant. Gomment concilier cette instabilité avec sa nécessité .^ Il ne saurait exister sans aiïecterun certain état, de sorte que cet état est impliqué dans sa nécessité ; l'être nécessaire et sa manière d'être lont indivisibles et solidaires, de sorte que chan-
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ger de manière d'être c'est infailliblement changer d'être, ce qui est incompatible avec la nécessité. Voilà une contradiction irréductible pour la raison humaine qui cherche à s'expliquer l'Univers.
Rant, dans la Critique de la Raison pure^ , signale quatre antinomies, c'est-à-dire quatre cas où une même proposition d'ordre métaphysique peut être à la fois affirmée et niée. Je les rappelle au lecteur :
i*' Thèse : Le monde a un commencement dans le temps et il est aussi limité dans l'espace.
Antithèse : Le monde n'a ni commencement dans le temps ni limite dans l'espace, mais il est infini aussi bien dans le temps que dans l'espace.
2"" Thèse : Toute substance composée, dans le monde, se compose de parties simples, et il n'existe absolument rien que le simple et ce qui en est composé.
Antithèse ; Aucune chose composée, dans le monde , n'est formée de parties simples, et il n'existe absolument rien de simple dans le monde.
I. Critique de la raison pure, par Emmanuel Kant, traduction de MM. A. Tremesaygues et B. Pacaud, p. 388 et suiv. (Paris, F, Alcan),
3° Thèse : La causalité selon les lois de la nature n'est pas la seule dont puissent être dérivés tous les phénomènes du monde. Il est encore nécessaire d'admettre une causalité libre pour l'explication de ces phénomènes.
Antithèse : Il n'y a pas de liberté, mais tout arrive dans le monde uniquement selon des lois de la nature.
k^ Thèse : Le monde implique quelque chose qui, soit comme sa partie, soit comme sa cause, est un être absolument nécessaire.
Antithèse : Il n'existe nulle part aucun être absolument nécessaire, dans le monde ni hors du monde, comme en étant la cause.
C'est ce que Kant appelle les conflits des idées transcendantales.
Il soumet à la critique chaque terme de chacune de ces antinomies ; il démontre toutes ces propositions avec une égale rigueur. Je ne reproduirai pas ici les preuves qu'il en donne : le lecteur les connaît ou peut aisément se procurer l'ouvrage oii elles sont développées.
L'activité n'est pas essentiellement le mouvement. L'effort musculaire, par exemple, quand il
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rencontre un obstacle invincible, croît sans déterminer un déplacement de son point d'application. Dans une graine qui n'est pas semée il existe au repos un principe actif capable d'exercer sur les molécules du sol des impulsions dirigées de manière à réaliser un type prédéterminé de structure. Ces deux sortes d'activité mécanique sont à l'état dit potentiel. C'est une donnée métaphysique. Or comment une direction, chose dont l'idée, en mécanique, implique celle du déplacement, peutelle être prédéterminée dans une force au repos, chose dont l'idée exclut le déplacement? Et, en outre, comment, dans le second exemple, une infinité de directions différentes, c'est-à-dire de déplacements différents, peuvent-ils être prédéterminés simultanément, puisqu'ils ne sauraient être que successifs ? L'idée de l'activité potentielle est donc contradictoire à double titre.
L'être métaphysique se spécialise en un nombre immense d'individus qui tiennent de lui leur être et ce qu'ils sont. Ceux de ces individus dont nos sens nous révèlent l'existence, certains caractères et dans une certaine mesure les mutuelles relations, se partagent en trois grandes divisions com-
munément appelées le règne minéral, le règne végétal et le règne animal dont l'homme occupe le degré supérieur ; mais leurs substrata, ce qu'ils empruntent respectivement à cet être universel pour relier et soutenir leurs caractères propres, pour les synthétiser en unités distinctes, cela échappe aux prises de l'intelligence humaine. Celle-ci, spéculant sur les données sensibles de ces trois règnes, croit pouvoir rapporter leurs substrata à deux espèces d'êtres métaphysiques qui seraient irréductibles l'une à l'autre, mais dont, à vrai dire, la séparation est douteuse et qui, en dernière analyse, apparaissent comme deux manifestations diverses d'un même être fondamental, deux manières d'être de cette unique donnée première. Ce qu'on nomme la matière et ce qu'on nomme /'e5/)rzï ne seraient, selon certains métaphysiciens, qu'une seule et même substance. Les matérialistes elles spiritualistes sont jusqu'à présent irréconcihables, de sorte qu'on peut affirmer que l'objet métaphysique est Kvré aux disputes des hommes. Or, dans tous les individus, cet objet, bon gré, mal gré, s'impose, sous leurs enveloppes phénoménales, à la sonde des observateurs. Les uns peuvent se contenter d'en reconnaître l'existence et ne s'en plus occuper, comme font les savants fidèles à la méthode de Bacon, les autres peuvent au cnnfraire en faire l'unique et dé-
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cevant objet de leurs études ; dans l'un et l'autre cas il suscite des jugements contradictoires, et bien que les savants positivistes se flattent d'échapper à ses pièges, ils y tombent à leur insu parce qu'ils font inconsciemment plus ou moins de métaphysique. A cet égard je prie le lecteur de me permettre une citation tirée d'un de mes écrits. Dans mon petit livre sur le problème des causes finales auquel j'ai déjà fait un emprunt dans mon avant-propos, j'ai précisément, à la page i6oet suivantes, examiné la distinction généralement admise de la matière et de l'esprit, du physique et du psychique, relevé ce qu'elle a d'incertain et aussi ce que la spéculation sur l'objet métaphysique, d'où ces deux entités ont pris leur origine, engendre de jugements contradictoires. Je préfère me répéter plutôt que de renvoyer le lecteur à mon opuscule.
Plus deviennent inférieurs les degrés que
nous considérons sur l'échelle des organismes, plus il nous Cil difficile de nous représenter leur mentalité. Nous nous imaginons approximativement celle d'un chien, assez bien encore celle d'un perroquet, moins nettement celle d'une couleuvre ou d'une mouche, assez mal celle d'une carpe,
très obscurément celle d'un tcnia ; nous ne savons rien de celle du zoophyte qui, placé à la limite du règne animal et du règne végétal, participe de l'un et de l'autre, A ce point delà bifurcation des deux règnes, nous sommes avertis du rôle que jouela mentalité dans l'évolution terrestre ; il nous semble que la fonction cérébrale trouve sa raison d'être pour les animaux dans la nécessité où ils sont de suppléer par elle au défaut de communication immédiate de leur organisme avec le sol d'où dépend leur nourriture. La racine dispense la plante de penser pour subsister '. Mais l'énergie organisatrice de la vie végétale, et, à plus forte raison, de la vie animale jouit-elle de la même franchise? Et si elle ne peut s'affranchir de penser dans la plante pour en conserver le type et en gouverner la croissance, et, en général, dans tout le processus de l'évolution organique, pour en déterminer la direction initiale et la maintenir dans la trajectoire si variable qu'il engendre, comment pense-t-elle ? Ce n'est assurément pas comme nous. Certains actes nous permettent de constater, sans que nous puissions nous la représenter, la transformation progressive de la mentalité dans
I. La locomotion n'est pas refusée a tous les types du règne végétal (flevir de tan, algues uniceilulaires). mais la fixité est bien le caractère général des végétaux.
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révolution universelle. J'en citerai les frappants exemples qui suivent.
Ce qui est capable, si peu que ce soit, de conscience n'est à coup sûr pas matériel. La matière est essentiellement inconsciente ; c'est son caractère fondamental. Un état mental inconscient participe donc de ce caractère ; tel est le premier degré qui rapproche le psychique du physique. Or il y a plus d'un état mental inconscient : toutes les perceptions sensibles et toutes les idées générales ou abstraites passées à l'état mnémonique. à l'état de souvenirs latents, sont inconscientes. Le sont également toutes les passions latentes, que peuvent réveiller des souvenirs ou des rencontres ; toutes les volitions qui déterminent nos actes habituels le sont aussi. Elles le sont même dans certains actes qui ne sont point passés à l'état d'habitude. On oublie, en causant, la volonté qu'on apporte à gravir une côte ; l'attention est d'autant plus inconsciente qu'elle s'attache davantage à son objet: plus on écoute, moins on a conscience qu'on est attentif.
Le degré où le psychique se rapproche le plus du physique, au point d'en être indiscernable, est celui dont l'exemple nous est fourni par l'effort musculaire. Remarquons que l'effort est psychique aussi bien dans le déploiement de la force musculaire que dans l'attention, car dans le premier cas
comme dans le second il suppose l'exercice delà volonté. Or, dans le premier cas, la volonté communique avec l'énergie mécanique par une initiative à la fois volontaire et dynamique. Il faut en effet, que cette initiative soit d'ordre dynamique, sinon il ne pourrait rien y avoir en elle qui lui permît d'établir la communication de la volonté avec l'énergie musculaire. Au point et au moment où elle entre en relation avec celle-ci, le psychique devient indiscernable du physique.
Le phénomène si subtil de l'expression offre un exemple aussi remarquable d'identification du physique et du psychique ; il est impossible de les discerner l'un de l'autre dans la physionomie d'un homme qui rit ou qui pleure. Le facteur psychique s'y trouve intimement confondu avec le physique ; ils y sont deux caractères absolument identiques. Le langage, né de l'observation spontanée, en fait foi ; on dit : profondeur, élévation de la pensée ; largeur, hauteur des vues intellectuelles, jugement /erme, raisonnement solide, et aussi douleur morale projonde, aiguë. Les quahficatifs dans sombre tristesse, noir chagrin, amer regret, ne sont pas à citer ici, parce qu'ils n'expriment pas le monde extérieur et ne sont pas objectifs ; ils n'ont de caractères identiques et par là expressifs qu'avec les qualités purement subiectives de'=i sensations.
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Entre les deux degrés extrêmes de l'assimilation du psychique et du physique on en pourrait relever d'autres qui en marquent les étapes :
1° Ce qu'on appellele champ visuel est del'étendue à deux dimensions à l'état psychique ; seul le concours du toucher et de la vision permet d'interpréter la dégradation des tons comme signe de la troisième dimension et de localiser l'horizon. L'étendue visuelle représente l'étendue objective, l'espace, et cependant, si elle s'y localisait, elle y tiendrait toute en un point, et le jîoint n'est pas étendu. Etrange contradiction imposée à l'esprit humain par la métaphysique ;
2° L'énergie mécanique à l'état d'énergie volontaire, quand, par exemple, je tends volontairement le bras ; la première existe, en outre, à l'état mental, dans l'idée que l'esprit en forme. Ce qui pense n'est certainement pas identique à ce qui fait graviter les corps, et néanmoins, dans l'idée d'un corps qui tombe, il faut bien que la pesanteur soit représentée. Or, comment le peutelle être, sinon par un similaire psychique où elle soit intégralement reconnaissableP Ce similaire ne saurait être simplement la pesanteur atténuée, car, d'une part, elle ne serait point alors passée à l'état psychique, et, d'autre part, un poids d'un kilogramme, par exemple, devrait être représenté par un poids alléjDué, 0 e§t-à-diro pai' un moindre
AS
poids, conséquence contraire à la définition même de la représentation. Comment donc la pesanteur, telle qu'elle est dans les corps, devient-elle ce qui la représente dans la pensée? C'est le mystère le plus déconcertant pour l'esprit humain ; mais cette transfiguration n'en est pas moins réelle comme l'idée même de la pesanteur. Cette réalité est métaphysique ; nous ne devons donc pas nous étonner qu'elle ne puisse être formulée dans l'entendement de l'homme que par une proposition contradictoire. C'est à l'état phénoménal, et non potentiel, que le physique et le psychique nous semblent irréductibles l'un à l'autre. Si nous pouvions nous identifier au suhstratum commun du psychique et du physique, nous saisirions immédiatement leur unité et nos concepts incompatibles se résoudraient en intuitions.
Il y a donc dans la formation de l'idée de force passage de l'état physique à l'état mental. Dans ce processus qui commence par une impression mécanique sur le nerf sensitif afférent au toucher et finit par la représentation psychique de cette impression, il n'y a pas de solution de continuité. Remarquons que toutes les sensations sont déterminées par une impression dynamique d'origine physique ou chimique, et doivent en participer ; c'est ce qui leur permet d'être expressives du monde extérieur ; mais, excepté la sensation tac-
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lile, elles ne sont pas intégralement dynamiques. Le son, la couleur, l'odeur, la saveur sont dynamiques seulement par leur intensité et leur vivacité ; ces sensations ne le sont point par leurs qualités spécifiques, par celles qui distinguent chacune des autres ;
3° Tout processus dérivant d'un état passionnel qui détermine le vouloir à susciter et diriger un acte de la force musculaire atteste l'identification du psychique et du physique, car il est composé de données psychiques et de données physiques en communication les unes avec les autres dans un certain ordre. Les psychologues physiologistes et les psychologues de l'ancienne école (qui ne se renseignent que par l'introspection) ne sont pas d'accord sur cet ordre*; mais, quel qu'il
I. Les psYcliologiies-physioIogislos pensent que tous les faits psychiques sont conditionnés par des faits physiques et que, dans un processus physico-psychique, les premiers ne forment pas avec les seconds une seule et même chaîne dont ils seraient des anneaux au même titre ; ils pensent que les seconds forment seuls une chaîne d'où les premiers sont exclus ; les faits psychiques sont seulement surajoutés, en dehors d'elle, aux anncaiix physiques dont clic est uniquement composée. Go ne sont, en un mot, à leurs yeux, que des épiphénomcnes, des phénomènes qui n'ont qu'une seule attache dans le déterminisme universel.
Les psychologues de l'ancienne école pensent, au contraire, que le processus physico-psychique représente une seule et même chaîne où les faits physiques alternent avec les faits psychiques à titre d'anneaux comme eux, et peuvent les déterminer.
Quand, par exemple, un père pâlit à la nouvelle soudaine de la mort de son ûls, il leur semble impossible de concevoir comment
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soit, la communication entre le psychique et le physique demeure un fait indéniable et prouve que la nature de Tun n'est pas entièrement différente de celle de l'autre ;
ti° Les acles voulus que. tout d'abord, a déterminés une délibération consciente, comme la marche, et qui, ensuite, sont devenus habituels ;
5° Les actes dits instinctij s , souvent très compliqués et savants, comme la construction d'une ruche d'abeilles, accomplis sans hésitation, mais qui probablement ont du être réfléchis à l'origine et devenus habituels à la longue, car, si l'habitude est contrariée par quelque obstacle, l'animal modifie son plan de structure et l'adapte à l'obstacle ;
6** Les mouvement s réflexes protecteurs, comme celui de la paupière, quand l'œil est menacé d'une atteinte par un projectile ;
7° Les orientations des branches d'une plante portée à diriger son feuillage vers la lumière: a-t-on fourni une explication purement mécanique et satisfaisante de ce phénomène P Je l'ignore \
Ces divers exemples (et l'on en pourrait, sans
l'anémie faciale pourrait précéder la surprise douloureuse qu'elle révèle et la déterminer. La subordinalion du physique au ps}xhiquc leiir paraît non moins évidente dans le processus de la volition déterminant l'action muscxilaire.