CHAPITRE II
OBJECTIOiN AU LIBRE ARBITRE TIRÉE DE LA GOiNTRADlGTION DANS SON CONCEPT.
Je rencontre tout de suite des contradictions entre le témoignage de ma conscience spontanée et celui de la critique rationnelle. D'après le premier dans la volition Tacte n'est pas nécessité, aucun antécédent ne le prescrit infailliblement ; d'après le second, reconnaître qu'il ne dépend que de moi, cela n'en est pas moins reconnaître qu'il dépend d'un antécédent, puisqu'il exprime ce que je suis, c'est-à-dire qu'il est prescrit infailliblement par mon essence, en un mot, c'est implicitement reconnaître qu'il est nécessité. Délibérer consiste à mettre en évidence la conformité parfaite de l'acte, une fois résolu, à mon essence, par suite sa nécessité.
En outre, affirmer qu'au même moment je puis vouloir une chose ou une autre, c'est admettre que ces deux volitions sont également indépendantes et que, par conséquent, celle qui prévaudra, n'étant en rien nécessitée, constituera un
commencement de processus actif. Quel que soit donc (désir ou autre) son antécédent, il est, quant à l'entrée en exercice de mon activité volontaire, comme s'il n'existait pas, en ce sens qu'il n'est pas partie intégrante de celle-ci ; c'est par ellemême et d'elle-même qu'elle entre en exercice. En d'autres terir^es : un acte absolument indépendant, qui, par conséquent ne tient d'aucun autre ce qui le détniit, c'est un acte qui n'est pas communiqué. Ilconlient doncensoisa détermination, et par là c'est un changement initial dans le monde accidentel, une initiative, comme je l'ai précédemment nommé. Or une pareille variation, alTranchie de tout conditionnement, répugne à la raison autant qu'une création ex nihilo. La raison, en efTet, est mise en demeure de concevoir le passage du repos au mouvement sans que les conditions du repos soient préalablement modifiées ; ce qui est contraire à laxiome de causalité tel qu'il s'impose à l'esprit humain pour l'explication du processus universel.
Kant, avec la subtile profondeur d'analyse qui caractérise son génie, a mis en évidence l'antinomie qu'implique le concept du libre arbitre dans la Critigue de la Raison pure\ Je rappelle au
I. Critique de la raison pure, par Emmanuel Kan^, p. /ioo. Traduction A. Trcmcsaygues et B. Pacaud, licenciés ts lettres, chez Félix Alcan, Paris.