DÉFINITION DU LIBRE ARBITRE IQ
libre arbitre sont les sept derniers, et c'est le cinquième, la volilion, qui est la raison d'être des six autres de ceux-ci et qui les régit. Je vais donc l'examiner de mon mieux.
Parmi les variations dont je suis le sujet il en est un grand nombre qui se révèlent à moi comme subies, reçues par moi. Je m'en reconnais le sujet tout passif: telles sont, par exemple, mes sensations brutes, qui suivent immédiatement les impressions du monde extérieur sur mes nerfs sensitifs. Il y en a d'autres qui me semblent moitié reçues, moitié formées par moi-même. Telles sont mes perceptions composées de sensations élémentaires : ce sont des synthèses que je discerne après plus ou moins de tâtonnements, comme lorsque par mon attention je reconnais et spécifie un troupeau dans une masse mouvante et d'abord confuse de formes lointaines qui se sont rapprochées de moi, ou lorsque je compose des visages humains avec les dessins purement ornementaux d'un papier de tenture, ou encore lorsque mon activité mentale ne se contente pas d'utiliser des sensations oîTertes toutes groupées en moi par l'impression, mais, les recevant séparément, les rapproche pour les synthétiser à mon gré; c'est ainsi que j'assemble des mots pour en former une phrase. De même fait le peintre qui choisit les couleurs pour les combiner et en former une
image sur la toile. Il est enfin des variations de moi que je sens procéder de moi-même exclusivement. Telles sont mes volitions. Celles-ci, j'ai conscience de n'en être pas simplement traversé; je les sens dépendre de moi et uniquement de moi. Avoir conscience que je veux, c'est avoir conscience d'une variation psychique en moi telle que je n'y sens absolument rien d'étranger à moi, que je n'y sens que moi.
Cette conscience spontanée d'être exempt de toute contrainte extérieure a moi dans l'exercice de mon vouloir se traduit en moi par celle de pouvoir, au même instant, vouloir faire ou ne pas faire une action dont j'ai l'idée préconçue, me l'interdire ou en commencer l'exécution, sauf empêchement hors de moi à la continuer. Cette définition équivaut à celle que donne Stuart Mill dans sa Philosophie de Hamilton (p. 55 1)* : (( Avoir conscience du libre arbitre signifie avoir conscience, avant d'avoir choisi, d'avoir pu choisir autrement. . . »
Le libre arbitre tel qu'il apparaît à la conscience spontanée peut donc se définir ; rentière indépendance de ïacte volontaire.
I. Définition citée par M. Henry Bergson dans son Essai aur les données immédiates de la conscience, p. i33. — La traduction serait plus correcte comme il suit : « Avoir conscience du libre arbitre signifie avoir conscience d'avoir pu, avant d'avoir choisi, choisir autrement. »