GONSTITUE UNS VERITABLE ECOLE DU GRIME
<1) Almtviach de la Question Sociale pow 1892, p. 96.
Tout concept est le produit de Tactivit^ c6r6brale, fonction elle-m6me de Torganisatioa physiologigue du cerveau, des conditions mtoologigues pr^existantes et existantes au moment od Tenc^phale est en activity. L*organisation physiologigue du cerveau est d6termin6e par Th^ridit6, mais, pendant toute la p^riode de la formation de Tenc^phale, elle est modifi^e par lea conditions de la vie physique (climat, alimentation, etc.) et de la vie inteliectuelle (instruction, education, etc.) Les conditions m^sologiques preex" istantes sont le milieu social, professionnel, mondain ; celles existantes au moment du concept sont les m6mes que celles pr^existantes auxquelles il faut ajouter le milieu climat^rique.
En resume tout concept reconnatt pour causes efficientes : H6r6dit6, climat, alimentation, instruction, education, ambiance familiale, professionnelle, mondaine, sociale. De cela r^sulteque tout concept est determine, qu'il ne pent pas ue pas etre comme il est. Le Vouloir est un concept et par suite Thomme n'est pas libre de determiner son Vouloir ; TActe est libre en ce sens que, si aucune entrave n*est apportee k la volition, rindividu n'executera pas Facte s'il ne veut pas Texecuter, mais il n^est pas libre de le vouloir on de ne pas le vouloir.
« Logiquement, rirresponsabilit^ se d^duit de cette non-existence du libre arbitre; logiquement, de Ik d6coule Tinjustice des chfttiments» de la p6nalit6 et par suite la n^cessit^ de leur suppression. »
Pour supprimer ou au moins att6nuer les nui* sances anti-altruistes et anti-sociales commises par les professionnels militaires, le ch4timen t, qui est irrationnelf est aussi quasi compl^tement inutile. II ne faut pas r^primer les hearts, mais faire avorter leur production ; on est done logi*^ quement amen6 k agir, non sur les individus, mais sur le milieu professionnel.
Ge proc6d6 conduit k la suppression de cette forme de criminality par la disparition de la profession elle-mdme. C'est Ik lebut poursuivipar le socialisme quelle que soit TEcole dont il pioc^de, I'anarchie comme le collectivisme. Ce but, nous le croyons personnellement proche:
k notre 6poque le progr^s marcbe vite.
En attendant d'y arriver, la guerre subsistera et, comme ineluctable consequence, subsisteront les professionnels militaires avec leurs nuisan* ces innombrables. Le but immidiat doit done ^tre leur attenuation, et pour Tatteindre nous dirons avec Corre qu*il faut rendre les armies plus citoyennes, les deprofessionnaliser. Comma
moyens collectifs, c*est-i-dire gouvernementaux^ pour parvenir k ce r^sultat, on a :
La refonte complete, sur des bases moins cruelles et plus conformes k nos mcBurs adou* cies, du code militaire si impr^gn^ de sauvagerie.
La repression 6taiit encore n6cessaire — Torganisation sociale actuelle ne permet pas uq traitement abortif — devra 6tre justement 6tendue k tons les manquements quels que soient leurs auteurs ; cette repression peut quelquefois ^gir comme traitement abortif des nuisances prochaines, la crainte influen^ant certaines organisations psychiques.
La r6forme des conseils de guerre qui, comme I'a 6crit Corre, devraient 6tre mixtes, composes de militaires et de civils, de fa^on k obtenir une justice plus douce et par suite plus juste.
Ces moyens que les autorit6s legislatives et gouvernementales pourraient de suite mettre en action n'auraient, a notre avis, qu'une influence minime sur la criminality occulte du militaire, car ils n*agiraient que peu sur la c6r6bration des membres de cette profession* On doit cependant constater qu'ils auraient une influence en rendant moins sensible la diff^renciation de Tarm^e et du corps social civil*
De cette moiDdre diff^renciation, en uu temps tr^s long, r6suUerait, par suite de revolution fatale, Tabsorption complete de Tarm^e par la nation civile, c'est-i-dire la fusion de la profession militaire et de ses caract^res sp^ciaux dans la nation enti^re. Ces r^formes seraien^ done utiles, mais en fait bien insufflsantes pour une amelioration relativement rapide.
Pour agir fortement sur la cerebration des prof essionn els militaires, il faut d'autres procedes que Tautorite legislative ou gouvernementale pent employer, mais dont elle n'usera cortainement pas pour des raisons qu'il n*y a pas lieu de developper ici. Ces precedes sont :
Llnterdiclion du port de Tepee, ou du sabre, etde Tuniforme hors de tout ezercice professionnel.
La limitation de Tobeissance, due par le subordonne, au temps seul de Texercice du metier et rien que pour ce qui concerne ce metier. L'obeis* sance devrait etre minutieusement determinee et tout professiounel qui tendrait k en accroitre les limites devrait etre rejete de la profession.
Si ces procedes etaient employes, il en resulterait necessairement une disparition assez rapide de Tinfatuation militaire, de Tesprit de clan, du mepris pour le pekin et I'inferieur, etc. Mais ce
'n'Mt qu'& litre dlndicalion que je cite ccs proc6d68 car ils oe seront pas employes et ne peuvent r^tre dans rorganisation actuelle de la soci6t6 dont le militarifime est un des soutiens.
Pour am^liorer la morality si fruste des professionnels militaires, il faut agir sur lear cerebration et pour cela procdder m^diatement en agissant sur la c^r6bralit6 de la masse. Ge proced6 mddiat doit consister en I'^ducation visuelle et auditive des hommes par la parole, T^crit, Tacte.
II faut amener — la difficult^ n'est pas grande -« la collectivity k consid^rer Tarmee comme une superf^tation sociale.
II faut remettre dans la hi^rarchie sociale, puisque, heias ! il en est encore une, le professionnel militaire k sa vraie place, c'est-&-dire tout au bas, parce que parasite, ezploiteur et Qon producteur, car la charrue du paysan, Toutil de Partisan, la plume du penseur sont plus nobles que Tep^e.
II faut provoquer dans le clan social appeie « monde » une reaction bienfaisante contre la renomm^e d'honneur et de sacrifice qui aureole ces professionnels, car on a vu ce qu'elle couvre d'immoralites, de nuisances.
II faut iietrir ces professionnels qui, tous, pensent ce que le g^n^ral Skobeleff disait avec
franehise : « Je suis soldat de corps et d*4me... » rien que soldat et d'uiie ambition si ardente » que vous ne sauriez Timaginer. Je veux devenir » le capitaine le plus fameux de la Russie. Le » peu de gloire que j'ai acquise n'est rien. Mais » je ne peux arriver k men but que par la guerre.
> La paix me ferait d6p6rir, je le sens» je le sais. » Une guerre comme il me la f&ut^ nous ne poa- » vons Ul faire qu'A VAllemagne. Ceetpourquoi » i'atttse fa h&ine contre les Allem&nds etje ne » cessersii pas de Vattiser / » (1)
II faut s'^lever toutes et quantas fois qu*on le pourra contre la guerre, cette raison d*6tre du militaire, « ce dernier et abominable vestige des » barbaries pass^es, qui fait horreur k la civi-
> lisatioQ contemporaine dont elle d^truit tons
> les progr^s et toute la richesse. » (2)
A cette besogne, saine, car elle conduit in^vi-
(1) Berths de Suttner. Le Mouvement pacifique en Europe, io La Vie contemporaine ^ p. 562. Septembre 1893. ^ Lorsqu*on reproc^a au m(^me Skobeleff le fameux dlscours qu*il pronoDQa dans un dtner k Paris, il r^pondit : « Que << voulez-vous ? D^abord, Je oeuw aeoir la guerre et Jm
» Paurai ensuite, facaU lee ordrea de Mourawi^^
" — et puis les Fran^ais ^laient si genlils pour moi, et enfin » f4taia soikl comme u/i cochon, »
(2) Cette appreciation de la guerre figure dans le yoeu de d^sarmement 6mis en juillet 1893 parleCongr^s de la Repo« pulation de la France, preside par le D' Lagneau.
tablement k la disparition du militarisme avec d'autaot plus de rapidity qu*elle est plus intense tant par la quantity des ouvriers que par la quality de leur intellectuality; k cette saine besogne, dis-je, se sont attel^es, dans tous les paySf les si nombreuses Associations et Ligues pour la Paix et T Arbitrage (1), avec des hommes tels que Carn^ri, Fr6d6ric Passy, Krafft-Ebing, Charles Richet, Rosegger, Jules Simon, Hodgson Pratt, F. Baj^s, A. Lemonnier, Gltlcksmann, Bjoernstjerne Bjoernson, Jules Tripier, Peez, Pazmandy, Pandolfi, Emile Arnaud, Bayer, Ducomun, Marcusen, Fleva, Franz Wirth, H. Destrem, E. Potoni6-Pierre, etc., et des femmes <x)mme la baronne de Suttner, Tinitiatriee da mouvement allemand et autriehien contre la guerre, Tauteur de : A b&s les armes, la directrice de la revue Die Waffen Nieder; comme M™" Potoni6-Pierre, Herz, Raymond Pognon, etc. A ce travail saint participent les socialistes des "^coles les plus di verses : Anarchistes comme Blis6e Reclus, P. Kropotkine, Moineau, W. Holmes, A. Cohen, Auerbach, L. Molinari, S^bastien Faure, Landauer, Malatesta, B. Kamppfnjeyer,
(1) II en existe en France, Autriche, Anglelerre, Allemag:De, Danemark, Itatie, etc. Le nombre de leurs adherents est considerable.
Edelmann, Ch. Malato, Werner, Pedro Gori, etc,; Marxistes comme Fr. Engels, Bebel, Guesde, Liebknecht, Aveling, Sanial, Schledter, D. De Lton, Hugo Vogl, H. Brissac, Adler, Lafargue, Singer, P. Turati, L, Frankel, etc.; Libertaires et R^volutionnaires tels que Bruno Wille, A« Chirac, Gompers, William Morris, Fernand Brouez, M. Charnay, Domela Nieuwenhuis, E. Vaillant , Pressigny , M"« Ida Van Etten , P. Argyriad^s, Christ Conielissen , L. Bertrand, Volders, A. Delon, AUemane, Fourni^re, Brisben Walker, P. Cassard, A. Roche, M. Z6vaco, etc, et la foule socialiste si amoureuse de la Paix, si ennemie de la Caserne.
A cette (Buvre si moralisante travaillent les penseurs de toute sorte: Philosophes comme L, Tolstoi (1), Spencer, Th. Zi^gler, D' Congreve, G. D. Bartlett, Defourny, F. Harrison, Wilfred Landon, F. Wilson, E. G. Moneta, Fauvety,
(i) An moment oti nous corrigions cette feuille, nous resumes un livre absolument remarquable : Le Salut est en 90US, par L^on Tolstot. La th6se de ce volume est : Le ehrMen a pour devoir de refuser le service militaire.
Avec la plus grande ^nergie et avee dimpeccabies arguments, Tolstot combat ie militarisme et la guerre. Avec ibeltchiuky — auleur tch^que du XV« si6cle, — il r6p6te : « Tout guerrier^ m^me chevalier^ nest qu'un tKstusin et un brigand,,. Conclusion k laquelle on a vu que nous 6tions arrives.
£. S. Beesly, Hector Denis, etc.; Criminologues tela que Corre, Golajanni, Manouvrier, etc.; Sociologues comme ^ET. Letourneau, Novicow^ J. Grave, De Amicis, Ab. Hovelacque, S. Merlino* Lagneau, Agathon de Potter, Fr6d. Borde, G. de^ Greef, Portougalov, Komarovski, Sidney Webb, Sidney Olivier, Graham Wallas, etc.; Litterateurs comme 0. Mirbeau, J. P6ladan, L. Des-^ caves, H. F6vre, G. Darien, G. De La Salle^ M. Luguet, J. Reibrach, A. Charpentier, R. Ponchon, Gourteline, Ab. Hermant, Jean Drault, B.C. Flower, Ibsen, etc.; Chroniqueurs tels que S6verine, E. Bergerat, Paul Adam, Bernard Lazare, J. Ajalbert, A. Tabarant, Zo D^Asa, P. Ginisty, Monlorgueil, Tristan Bernard, Bloch, etc.; Peintres comme Wereschagin (1), Luce; Pissaro, Maurin, Binet, etc.
A ce labeur sacr6 aide encore la multitude desinconnus dont le sentiment de justice et la sen-
(1) Dans Die Wafflen Nieder! cet artiste russe public les- » M^moires d*un peintre de bataiiles » dont la Reoue des Revues a, dans son num^ro d'octobre 1893, donn6 les passages les plus saillants. J'en extrais ces lignes : « La guerre, me dirent le prince Georges de Saxe et le kronprinz. Fr^d^ric-Charles de Prusse, est quelque chose k part qui contredit la morale chr^tien^ie couranle : — Ne louche pa» auto ohosea d'autrui^ diC cette morale. — Prenda, pille tout ce que tu peuw, pr^che la guerre. — Ne trompe point, dil Tune. — Trompe, dresse dee embdchea, r^pond
sibilii^ 80Dt r^volt^s par les agissements nuisibles doDt lis sont les t^moins ou les victimes de la part des militaires professionnels, ces ouvriers de la guerre.
Tous, seloD leurs facult^s el moyens, pr^parent la mentality humaine k un avenir que tout nous presage peu Eloign 6.
la ^enre, et plus tu tueras^ plua grand aera ton mirii^ en ce monde et dans Vautre. •
Ces paroles de juges aussl comp^tents que ces g^n^raux monlrent neltement, une toi9 encore, que la guerre est una 4cole de demoralisation, de crime ; n^cessairement, il en r^sulte que le mililarisme, dont le but est la pr^paraUon des hommes k la guerre, est lui-m(^me une ^cole du crime.
TABLE ANALYTIOUE DES HATIflRES
Pages
D^dicace 1
Avant-Propos 3