CONCLUSIONS
Le but de la profession militaire est la guerre. Toute guerre implique n^xessairement la violence se manifestant par des meurtres, des viols, des pillages, des incendies.
Les individus qui choisisseut ce metier le font pouss^ par int^rSt personnel ; Tid^e de devoue-ment k la patrie, k la collectivity n'est pour rien dans cette Election. L'app6tence pour une existence d^barrass^e des soucis de la lutte pour la vie, avec une solde r6guli^rement pay^e, existence analogue k celle du fonctionnaire statal» mais ayant cet avantage de donner de la consideration k ceux qui entrent dans la profession ;
le d6sir d'etre v6tu d'un uniforme qui 6tablit une distinction d'avec le commun des mortels 6t ouvre les salons mondains ; la vanity de commander k d'autres individus qui devront ob6ir sans murmurer ou subir des peines 6normes; une affinity naturelle pour ce metier dont la fin €St toute sanguinaire; une insuffisante Anergic 6t une incapacity, consciente ou non, pour se tailler dans le monde une place, aussi importante que celle ambitionn6e, par des travaux litt^raires, artistiques, scientifiques ; un dugout pour les affaires, le commerce, la finance ou une impossibility de s'y jcter par manque de capitaux, sont les motifs avou^s ou inavou^s qui conduisent Tindividu k entrer volontairement -dans la profession militaire.
Ges individus sont des predisposes k la violence par leur organisation psychique, r6sultante de leur organisme pnysiologique, de leur ambiance physique, educationnelle, sociale. Par leur education professionnelle, Taccoutumance de leur profession et Timitativite naturelle k l-animal, ils sont progressivement amends k une anesthesie morale qui se complique souvent d^une analgesic physique. De Ik resulte un mepris pour la vie humaine et la douleur, tant physique que morale. Get etat mental du profes-
sionnel militaire d^c^Ie sa morality, caract^risant sa criraiDalit6 occulte par de la violence. On retrouve ce caract^re « Violence » tout le temps, sous une forme plus ou moins att^nu^e, plus ou moins ezasp6r6e.
L'Mucation professionnelle provogue chez les individus le d^veloppementde I'esprit professionnel, survivance de Tesprit declan, qui s'exag6re par le fait du port de Tuniforme et de r6p6e, signes distinctifs accompagnant Tindividu dans toutes les phases de sa vie, veritable tunique de Nessus. De cet esprit professionnel, qui s'ezasp6re par la survivance mentale de la pr6toinence autrefois occup^e par cette profession dans la soci6t6, sont result ^es une infatuation profonde, une conviction enfantine d'une superiority sur tons les autres humains.
Cette infatuation d^tonne dans la soci^te actuelle, car la profession militaire y subsiste comme un t^moignage d'une forme ancestrale d'utilite devenue absolument inutile. EUe est unpur organe parasitaire, en voie de disparition. Gomme les organes vestigiaires de Thomme sont la preuve anatomique de sa descendance animale, de m£me I'organe vestigiaire « profession militaire » est la preuve de la descendance sauvage pour nos soci^t^s civilis^es.
Cette infatuation, jointe aTexercice d'unpouvoir pour ainsi dire sans frein, gvtce a la solidarity, d^veloppe chez tons les professioDnels cette veritable affection mental e que Lacassagne a appel6 C6sarite ; c'est elle qui, combin6e avec la caracteristique « violence », engendre, les formes de criminality occulte afF6rentes aux attentats souvent sauvages, sur le subordonn^, sur le p^kin.
Chez tous les individus, membres d'une profession et se distinguant du vulgaire par des insignes temporaires (Magistrats) ou permanents (Militaires), la solidarity, sentiment g^n^ral existant m^me chez Tanimal (1), se restreint aux seuls collegues ou m6me a une section de la profession, s'il est des differences dans son sein. Elle ne s'^tend point comme chez les aulres hommes a une fraction plus nombreuse dela collectivity ou mSme k son ensemble, ou mieux encore k Thumanit^ enti^re.
Chez le professionnel militaire la solidarity est ubsolument localis^e dans son clan. A ce sentiment mesquin en fait, quoique d6riv6 d'un sentiment grand, viennent s'ajouter les autres
(i) Voir pour la solidarity chez les animaux, les belles Eludes de P. Kropolkine dans la ^oci4U Nouoelle.
phSnom^nes de la mentality militaire: anes* th6sie morale, id^e de superiority, id^e de possession des etres sur lesquels le pouvoir s'exerce. Enfin s'y adjoint Tinfluence d6l6tere de ToWissance passive qui, chez Tofflcier subalterne, d^truit le pen d'individualit6 qu'il pouvait possMer, le brise et Tautomatise car il voit, sent, pense et agit avec Tautorisation de son sup6rieur. II n'a plus son moi, il n'est que le reflet de son sup6rieur. « Qui a ob6i, ^crit Renan, est UQ capitis minor souill^ dans le germe m^me de la vie noble. » Cette ob^issance passive rend Tindividu servile vis-ivis de ses sup6rieurs et, par une reaction naturelle, arrogant vis-i-vis de ses subordonn^s. Toutes ces causes provoquent des actes analogues aux faitstypes par nous cit6s.
La fin toute sanguinaire de la profession, les moyens en usage dans icelle, la predisposition des individus pour une parfaite adaptation k cette profession, les agissements de ces individus dont les exemples cit6s au cours de cet essai ne sont que des types, tout cela prouve une morality fruste, analogue en beaucoup de points 4 celle des sauvages. Cette morality fruste ne pr^sente que bien att^nud le sentiment de justice si inherent k la nature humaine ; cette im*
morality, pas rnftme affin^e comme celle des individus civils de m£mc couche sociale, a le nitrite d'etre nette, non cel6e le plus souvent par une hypocrisie qui rend si difficile pour le sociologue r^tude psychologigue des professions.
Suivant la morality militaire, le manguement k la morality commune est d'une intensity bl^mable ou p^nale moindre que le manquement h, la discipline militaire ; le renom du corps Ternporte sur toute autre consideration et motive toutes les infamies ; le professionnel militaire a tous les droits sur les inKrieurs et a fortiori sur les P^kins.
Une telle morality justifie ce qu'6crivait A. Corre : « Assez de ces billeves^es qui nous « pr^sentent le militarisme comme le nee plus « ultra des beaut^s terrestres, les p6pini6res « des grands cgbuts, T^cole oil Ton acquiert le « m6pris de la mort et Tesprit de sacrifice. Le « militarisme est une 6cole de demoralisation et « de mis^re. Je ne vols pas quel avantage « rhomme trouve k pr^Krer la mort k Texistence « libre, non rMuite par les privations, utile; « quant k Tesprit de sacrifice, il ne manque pas « d'occasions dans la vie commune oil le civil « salt en dooner des preuves avec un herolsme
« moins tapageur et surtout plus d^8ini6ress6 « que le soldat par vocation (1) ».
C'est done avec raison que N. Colajanniterminait, dans sa SociologisL crtminale, le chapitre de la guerre et du militarisme par ces lignes :
< En r^sum^, la guerre et le militarisme en- « gendrent le d^goijit du travail utile ; favorisent « la tendance a la paresse ; cr6ent de nouveaux « besoinschezlessoldats sans lesmoy ens ad^quats « pour les satisfaire ; r^veillent tons les primitifs « instincts f6roces et ^goiistes ; changent le respect « du droit en un respect exalte de la force bru- « tale ; conduisent au servilisme et k la pr^po- « tence ; m^nent par les voies directes et indi* « rectes k la mis^re, au suicide, k Tali^aation « mentale, au d6Iit. Tels sont les tristes r^sultats « de ces sinistres institutions selon les preuves « historiques et statistiques. »
En somme, comme Ta fort justement dit ce criminologue, comme le prouvent tons les f aitstypes relates en cet ouvrage, le militarisme