CHAPITRE III
BZSRGICE DU m£tIBR MILITAIRB
L'arm6e est cr^^e pour la guerre et celle-ci est le but de tout professionnel militaire. Nul ne peat le mettre en doute car, en tons les pays, tous les officiers la d^sirent. L'un d^euz, M. le capitaine de Funcke, atlach6 militaire & Tambassade allemande en France, Ta ayou6 en ces termes : t Les officiers veulent la guerre parce que &est leur mitier. » (1) Get 6tat d^esprit qui ezistait ches le fioudard prfe6volutionnaire subsiste done maintenant encore et, comme le rettre m^dio^val, le professionnel militaire dans rezercice de son
(1) Hamon, L. C, ann^e 1891, p. 469. •
« noble metier des armes » se livre au pillage, au viol, au meurtre, k I'incendie.
La fin du professionnel 6tant la guerre, c'est dans les faits de guerre que nous trouverons les ph6nom6nes qui permeltront de d6couvrir Tessence professionnelle des individus exergant le metier des armes. Toules les horreurs possibles que commettaient autrefois les grandes compagnies, les armies des si^cles passes, on les retrouve commises encore aujourd'hui par nos armies dites civilis6es. Le vol, le viol, Tincendie, le meurtre apr^s le combat fleurissent toujours* En voici des preuves :
, Mass6na, qui fut due de Riv(»li et prince d'Essling, avait retenu induement 300,000 livres sur les sommes saisies chez Tennemi. Son aide* de-camp avait mission de placer en d^pdt chez des persounes siires, Targenterie et I'argent qu'il prenait. Ainsi Tadjudant g6n6ral Landrieux saisit, chez deux cur6s, deux caisses appartenant4 MagsSna. EUes contenaient des pieces d'argenterie piMes dans les 6glises et maisons particuli^res > et 310,077 francs. (1)
Le mar^chal Augereau, due de Gastiglione, p^ir de France, avait rempli un fourgoii d'objets qu'il d6tenait ill^galement. II vendit 60,000 francs,
(1) Landrieux. Mimoires, — Savine, ^diteur, Paris i893» — Cit6 par Trolard, L. C, p. 63*^. / )
pour son compte personnel, 160 chevaax pris aux Autrichiens. Une nuit il fit d^valiser le magasin du plus riche joaillier de Bologne et fit charger lebutin dans son fourgon. Absent de V6rone au moment du pillage, il riclama sa part de butin et la municipality de V6rone d^cida de lui abandonner cinq bateaux charges d'^pices (600.000 liv.), EUe avait d'autant pris ce parti que le general Ghabran avait voulu 8*en emparer. (t)
Le Mont-de-Pi6t6 fut pilld k V^rone, les offlciers faisaient main basse sur les objets les plus pr^eux. c Ghacun regardait comme sa pro* pri6t6 personnelle ce qui s'y trouviiit. Dans une niaison, desofficiers se firent remettre 60,000 livres sans en donner regu. (2)
Dans cette nidme yille les voitures furent recens^es et distributes aux g^n^raux et colonels. Le reste fut vendu au profit des ofilciers inf6* rieurs. (3)
Les g6n^raux Balland, Kilmaine, Landrieux obtinrent de la municipality v^ronaise, les deux premiers 200,000 livres, le dernier 1 50,000 livres. (4)
Dans son commandement de Lombardie« le g^n^al Despinoy montra pen de probity, beaucoup d'amour pour Targent. (5)
(1) Landrieux, L. C. Cit6 par Trolard, L. C, p. 260, S87, 390. « (91) Corr. inM. off. et conf. de Kapdl^oa Bonaparte. Ill, Bl, 116. — GU6 par Trolard L. C, p. 382, 883.
(3) Landrieux L. C. CH6 par Trolard, p. 387.
(4) Landrieust. L. C. Qt6 par Trolard, p. 390.
(5) Marmont, tf tfriMirea, 1, 444. — Clt^ par Trolard, L- CUt p. 444, 445.
Pendant cette campagne dltalie, des officiers r6quisitionn<^rent k Plaisance, pour leur compte personnel, du linge, des chaussures, des che- Taux. (1)
Au mois de mars 1797, le g^n^ral Lanusse 8*empara de 60,000 francs k la caisse du payeur stabile k la Chiusa. II s'agissait d'argent fran^alB et non de butin. (2)
Le vol ^tait r6glement6« admis par tous k tel point que le 18 f^vrier 1797 Bonaparte 6crivait au Directoire: « La commission des artistes a » fait une bonne ricolte k Kavenne, Rimini, » Pesaro, Ancdne, Lorette et Perugia. Le tout va » vous dtre exp6di6. En ajoutant ce qui vous a » d6j4 6t6 envoys de Rome, nous aurons tout » ce quHl y avail de plus beau en Italie, moins » quelques objets qui se trouvent k Naples et k » Turin. » (3)
A Vicence, le commandant de place se faisait payer 525 livres par d6cade pour le diner et le souper et en outre 400 livres par mois quand il n'avait droit qu'k 6 livres par jour. (4)
A Milan, le chef de brigade Dupuy 6crit: « J'ai fait habiller mes hommes k neuf, mais non sans
• (J) Trolard, L. C, p. 76.
(2) Gorrespondance Napoleon !•', Ill, 117. — CM par Tro" lard, p. 10, 11, De RiooU d Marengo^ Paris, 1893.
(3) Trolard, p. 111. De RiooU d Marengo:
(4) Corresp. Nap. !•», m, 377. — Cit6 par Trolard, p. 233-234. *2)e RiooU d Marengo.
peine. J*ai toI^ pour cela tout ce que j*ai pu, car ici tout le monde vole. » (1)
A Vicence, le Mont-de-Pi6t6 est 86questr6 par PAutoritd francaise. Apr^s Tapposition des scell^s^ le commissaire des guerres Bouquet dtooba des objets prteieux. (2)
A V^rone, ce commissaire et le g6n6ral Ghabraa enlev^reut 20,000 livres d'argenterie du Mont-de- Pi6t6 et eztorqu^reDt 25,000 ducats k la muni-^ cipalit^. Dans un rapport de Clarke au Directoire^ sur 8 commissaires ordonnateurs, il en cite deux sansprobiti^ un peu dilicat; sur cinquante-quatre commissaires des guerres ou faisant fonction,. vingt-et-un sont port6s comme jouissant d*une probiti nulle ou douteuse^ un est notd comme fripon, un autre comme broc&nteur. Les com-^ missaires ^talent officiers et avaient 6t6 aupa-rayant parmi les combattants. M. Bouquet passa en conseil de guerre pour ses vols de bijoux et d'effets pr^cieuz dans les Montde-Pi6t6 de Padouo et de Vicence. A ce sujet le g6u6ral Kilmaine lui teiivait: c Parmi les hommes qui tous pour^ suivent il y en a i qui on aurait le droit de faireles reproches les mieuz fond6s de vol et de pillage. Si Ton Tous met en jugement il faudra bien y en mettre beaucoup d*autres ou dire pourquoi, & moins qu^il ne soit prouv^ qu'il y ait i cettearm6e des voleurs privil^gite. » M. Bouquet fut
(1) Archives municipales de Toulouse. — Trolard, p. 39i» De Ri9oU d Marengo.
(2) Trolard, p. 233. De RieeU d M^irengo.
<oadanin6 le 3 juillet 1797 k cinq ans de tev et le :g6n6ral Kilmaine lui 6crivait : « Vous avez bien fait de plaider votre cause par le silence du m^prifl pour vos soi-dissint juges. Ge sont des 'bourreaux qui vous ont sacrifi6... Je verrai de Douveau lo g6n6ral en chef (Bonaparte), il nepeut -6tre plus longtemps sourd k la voixdela V6rit^... II vous rendr Si justice^ je vous en donne d'avance 4'assurance positive. » Aussi, le 10 Janvier 1798, le conseil de revision cas^sait Tarr^t, et le 13 aoilt un deuxi^me conseil de guerre, pr6sid6 par le ^6a^ral Fiorella, par ordre^ acquittait Bouquet. .Sous Tempire, Napol6on accorda k Bouquet une pension de 2,400 francs sur sa cassette. (1)
Landrieux, dans ses MSmoires^ 6crit : « Mural ^t Vignolles 6taient descendus d'une tr6s belle Toiture anglaise que Murat me dit avoir confls- •qu^e sur le consul anglais k Livourne d'oti ils venaient. II me pria de la lui garder quelques jours pour lui donner le temps de la vendre. II ne Toulait pas la mener k Milan, crainte que Bona- '^parte ne se Tappropriftt. Vignolles me dit qu'ils •avaient eu tons k TEtat-major 60,000 francs chacun -environ, provenant des dettes des n^gociants livournais envers les Anglais que GoUot, qui avait ^t6 charg6 de ces recherches, les avait forc60 k
(1) L^once Grasllier. Jean Landrieuw, adjudant g^n^ral, •cliarg^ du bureau secret, 1756-1824, p. 254-261. Paris, .in-8, 1893. Savine, 6ditettr. — M. Grasiller eite comme sources les Archives Nationales et de la Guerre, 'il indlque avec soin les dossiers ou les'liasses. . .
payer et que, ensuite, il en avait fait le par* tage, » (1)
DaDs les notes fournies par Bonaparte i Clarke, notes qui figurent en une Lettre au Directoire^ que Ton trouve auz Archives Nationales^ A. F. Ill, 72, doss. 291, on lit : « Mass^na aime beauooup Targent ; Augereau aime beaucoup Targent; Marat et Chabran aussi. Laimes aime beaucoup Targent et s'en est procure par des moyens que la probity ne peut approuver. » (2) II s'agit de g^Q^raux.
Certains officiers tralnaient derri^re euz des voiiures pour y charger le butin provenant du pillage. Les g^n^raux divisionnaires, saaf Serrurier et Baraguey d'Hiiliers, fermaient les yeuz. (3)
Oblige de quitter Pavie, le g^n^ral autrichien Melcalm ne voulut pas s'en aller les mains vides. Sous menace d'incendier la ville» il extorqua 40,000 francs aux pav^siens, des amis des autrichlens ; en se retirant il fit, po*]r s'amuser, sauter une des arches du pont. (4)
En 1797, leg^n^ral Chabran, travercant Brescia, se fit remettre pour lui, par la municipality, 40,000 livres qull fit charger sur une voiture eonduite par le pC^re de la femme avec laquelle il yivait. (5)
(1) L6once Gfaisilier. — L. C, p. 198.
(2) Ltonce Grasilier. — L. C, p. 262.
(3) Trolard, L. C, p. 123-124.
(4) Manuscrit de Fenini k la bibliothdque de l*Uniyersit6 de Pavie. — QM par Trolard, L. C, p. 136.
(8) Landiieux, L. G. — Cit6 par Trokurd, L. G., p. Idd.
Le g6n6ral Chevalier, charg6 de d6sarmer le village de Castelnuovo, garda pour lui non-seulement la caisse autrichieiine, mais encore Targent pris au comte Morando. (1)
Le g6n6ral Berthier, depuis mar6clial et prince de Wagram, sut tirer de nombreux avantages de la campagne d'ltalie. Landrieux en a dress6 I'^tat que voici :
Partag6 avec Mass^na la contribution par Livourne, montant k 300,000 fr., ci 150.000
Partag6 avec Mass6na la lev6e des deniers faite au compte de ce dernier par le Bolonais et le Ferrarais, montant a 293,000 livres, moiti6 ci 146.000
Partag6 avec Mass6na les deniers lev6s dans le Piemont et le Milanais, 34,000 sequins k 12 francs pi^ce, moiti6 ci 204,000
Vers^ k Milan pour gratification, command^e par Bonaparte k Tadmi-
nistrateur de la Lombardie 1.500.000
Total, non compris bijoux,
chevaux, voitures, etc. . . 2 000.000
Sur quoi rembours^ k Mass^na sa part du fourgon enlev6 k Borgoforte par Tennemi, ledit fourgon contenant les 34,000 sequins ci-dessus 204.000
Reste (2) 1.796.000
A Bouffarick, 11 existe une horloge donn^e par
(i) Landrieux, L. G. — Cit^ par Trolard, p. 222-223. <2) L^once Grasilier. L. C, p. 319.
le mar^chal Pellissier apr^s la prise de S6bastopol» oil il I'avait vol^e dans uoe ^gli^e. (i)
La grande croix qui surmoote T^glise Saint- Martin, k Brest, provient d'une ^glise de S6bastopol d^oti on Ta enlev^e.
M. Paul Branda conte qu'un officier, aide-decamp du g^n^ral X... lui a dit : « Apr^s le pillage du Palais d'Et^ (guerre de Chine), nous avions h&te d'y mettre le feu ; chacun de nous y voyait un accusateur. La, il y avait une biblioth^que aussi pr^cieuse que celle d'Alezaudrie : on I'a mise en cendres. > (2)
c Vous ne sauriez croire i^uel point f ut pouss^e
la furie du pillage, au Palais Un officier
cueillant des perles sur un arbre d'or, frappd injurieusement par un pillard jalouz, ne s'est seulemeut pas d^tourn^. » (3j
« Un important personnage do I'exp^^dition de Chine disait k Shanghali, dans un grand diner semi-officiel : J'ai achet^ d'un soldat pour une vingtaine de piastres deux grands vases et douze coupes de m^tal. La beauts du travail m*avait sMuit. Jugez de mon ^tonnement quand un orf^vre chinois m'apprit que ce m6tal 6tait de Tor. — Eh bien, dit un des auditeurs, et le 8ol«
(i) Hamon. L. C, ann^ 1891, p. 540.
(2) Paul Branda. lifers de Chine, p. 63. — Paris 1872. Pichon, 6diteur. — M. Paul Branda est le pseudonyme du contre-amiral Paul R^veill^re ; il 6tait k Texp^tion de Chine.
(3) Paul Branda. L. C, p. 64.
d»t ? -*^ Je Tai cherch^ en vain, r6pondit en balbutiant le personnage. » (1)
c Un de noB passagers me disait avec beaucoup de naturel : « Faute de deux piastres sur moi, j'ai manqu6 ma fortune. Un soldat m^offrait k ce prix une perle en forme d'olive, de la plus belle eau et dont le grand diam^tre avait plus de deux pouces. B..., survenant, a donn6 les deux piastres. » (2)
Le colonel Dupin (M. Branda ne le nomme pas], rapporta de Chine un bagage jaugeant 80 metres cubes ! Les affaires avaient 6t6 bonnes & P6kin . II rapportait des objets rares et, k son re tour en France, il monta une boutique de chinoiseries. (3) II fut mis en non-activity k cause de ce scandale public. On a dit aussi qull avait pris, par force, aux soldats, quantity de ces objets.
Quant aux vols, meurtres, etc., commis par Tarm^e allemande en 1870 sur le sol frangais, je ne puis mieux les prouver que par des extraits d^un r6cit du lieutenant bavarois Emmar.
Get o£Eicier, pendant le cours de la campagne, prenait des notes, au jour le jour, sur un carnet qui fut trouv^ sur son cadavre. Un litterateur, M. Henry Gauthier-Villars, en a public de longs
(i) Paul Bnuida. L. C, p. d4.
(S) Paul Branda. L. C, p. 65.
<3) Paul Branda. L. C, p. 66.
passages dans la Revue Bletie en 1892. II a, malheureusement pour rhomme de science, 8up« priin6 les reflexions de cet ofiQcier (1) sur les femmes, afin de manager la pudeur des lectrices. Malgr^ cette suppression, cette publication est fort suggestive ; on pourra en juger par ces quelgues extraits :
« 7 aoiit. — Ce matin, les hommes pillent ; on enl^ve des poulets, des oies, un pore ; un tonneau de Tin est mis en perce ; la cuisine se fait avec du bois pris k Thabitant. Bombance. »
« 8 aoilt. — A Zinsweiler, pillage et ripaille. Nous partons k huit heures, sans laisser trop de regrets, je suppose. »
t 17 aoilt. — Nous entrons k Dombasle, oCi tout le moDde se gri»*^e formidablement. Le lieutenant Franck est plein de vin ; j'ai bien du mal k le ramener dans sa chambre, qu'il agr^mente de souvenirs odorants dont s'6tonnera son hdte, demain. »
« 23 aodt. — A M61igny-le-Petit : Village panvre, puces d^vorantes, mauvaises gens qui ont regu notre fourrier la fourche k la main. Pour leur apprendre k vivre, on d6terre le lard et le vin, toutes les provisions qu'ils avaient enfouies. On ndeur laisse rien. Et Ton b&tonne un paysan
(1) n est k noter que cet officier n'aime pas la guerre, car, sur son carnet, k la dale du 15 aoCit, on Ut: « G'est la fin de la guerre 1 Dieu soit lou6 1 »
sous pr6texte gu'un coup de fusil a 6t6 tir6 sur le capitaine, ce qui est une bonne blague... »
« 4 oclobre. — Le lieutenant Feuerlein a trouv6 deux beaux chevaux. II veut faire croire que c'est un cadeau qu*il a re^u et se propose, s*il pent en tirer cinq ou six cents francs, de garder cet argent p<Jur lui et avec cela il fait le d6sint6ress6, incapable de prendre jamais la moindre cbose ; cependaut, d'apr^s Taffirmation du lieutenant W(BrI6, son ordonnance a encore mis, en lieu siir, k Claire, de la vaisselle d'argent ! »
« 12 octobre. — Bien dormi chez le cur6, malgr6 rinfernal tapage des hommes qui hurlent dans lesrues. J'ai pass6 la matinee k faire des recherches dans les maisons et j'ai trouv6 d'assez jolies choses, entre autres une pipe superbe et un bon fusil chassepot que j'ai soigDeusement empaquet^s. Hier, mon ordonnance m'a apport6 deux couvertures de laine. Je viens de r6quisitionner pour mon propre compte. J'ai emport6 huit bouteilles de bon cognac, du vin, du cbocolat, du Sucre et du caf6. Avec cela on pent marcher. On a fait sauter deux maisons^ une entre autre oil se trouvaient deuxjeunes filles. »
« Nous nous sommes conduits, dit-il, comme des chenapans. Mais, k notre place, les Francais auraient peut-6tre fait pis encore. »
Un offlcier de Texp^dition du Tonkin 6crit:
c J'ai fait main-basse sur les pipes, les lasses (les annamites 6taient justement en train de prendre le th6) et sur tout ce qui 6tait k ma convenance... J'ai aussi mis la main surun joli fusil
6t sur une lance, k propos de laquelle j*ai 6t6 bien pr^s d'avoir une histoire de partage, si je n'avais pr6venu d'une balle le propri^taire de Toutil (1). » Dans lea gawtes des 13 et 20 Janvier 1892 ^tait insir^e line note ofBcielle pr^venant que le Minist^re d^WMarine allait proc^der & une distribution d^s^^arts de butiu aff^rentes & chaque militaire/^ui, du 25 avril 1882 au 17 octobre 1884, avaitaa&ist^ & divers combats au Tonkin. La quotit^qui revenait & chaque soldat variait de Otr.nik 168 fr. 48. Les lieutenants et sous-lieutenets avaient droit & ti ois parts, les capitaines 4 quatre, les officiers sup6rieurs & cinq, le commandant de la colonne k biz.
Apr^s le vol et le pillage relates en ces quelques faits pris entre mille, citons quelques ezemples de sauvagerie (2) :
Le 24 mai 1796, le bataillon sous les ordres de Lannes entre au pas de charge dans Binasco..« Les maisons sont envahies. Dans la premiere, en entrant, trois ouvriers 6taient en train de pren-
(i) Hamon. L. C, ann^ 1890, p. 208. T. II.
(2) Si on voulait relater tous vexxx complaisamment 6num^s dans les m^moires descriptils de guerre et de conquotes dans tous les temps et par tous les peuples, ii faudrait des volumes. Gelte sauvagerie a 6t6 intensivement representee par M. A. Binet dans un tableau que nous avons va au Salon du Champ de Mars en 1893. La MiUe, tel est le titre de cette page militaire monlrant des marins tranoais chargeant des soldats prussiens. On dlrait des sauvages vo* dtOi^t, hurlant ; c*est horrible.
dre leur repas ; ils sont perc6s de vingt coups de balonnette... G'est la chasse k rhomme dans tout ce qu'elle a de plus poignant... Lannes ordonne de mettre le feu dans toutes les rues sans exception (1).
La jeune femme d'un officier ennemi 6tait ichue en partage k Mass6na. II s'6tait, aussitdt enferm6 avec elle dans une maison de D^go ou ceile part de butin lui avait fait n6gliger les precautions n^cessaires (2).
A D6go, les Autrichiens se ru6rent sur des liommes endormis et rendus h6b6t6s par leur profonde ivresse (3).
Dans une lettre de la municipality d'Oneille au gouvernement de la R6publique, on lit : « Le respect des personnes a 6t6 viol6 envers une flUe de 14 ans ; cette fille, malheureuse, travaill^e par la fi^vre depuis un mois, couch^e dans son lit, est surprise par un officier et quatre individus... Les uns apr^s les autres abiisent de sa faiblesse, attentent k son honneur... On a pill6 les maisons, pris tout ce qui pouvait 6tre emport6 (4). »
a Les violences, les rapts, les vols commis par les Autrichiens furent considerables, lit-on dans
(1) Trolard. L. C, p. 168.
(2) Lieutenant-general comte de Segur, M^moires. Cite par Trolard.
(3) Le p^re Piuma, aumduier autrichien. R^cit historique de la campagne de Bonaparte en Italic par un t^moin oeuLaire. Cite par Trolard.
(4) Trolard L. C, p. 60, d'apr^s les Archives Nalionales.
un manuscrit du cur6 Alberghini, Mmoin des ^y^nements de 1796-1797. Au lieu de poursaivre les fran^is, ils pillaient les maisons : deux peiv sonnes InoffeDsiyes furent tu^es par eux... Lea FranQais recommenceDt leurs exploits daaa notre contr^e et, bien que les Autrichiens nous aient k peu pr^s ruin^s, le 29 juillet le pillage et la devastation reprennent de plus belle (1). »
c La conqu^te de la Kabylie, dit au S^uat M. Tirman, gouverneur g^n^ral de TAlg^rie, a?ait ruiD6 le pays; il avait fallu briiler la plupart des villages, couper les arbres. Geux que nous avions soumis ^talent des gens condamn^s k ^tre malbeureuz et k Vtive pendant loDgtemps (2). »
Je pourrais citer Tincendie de Bazeilles et combien d'autres actions sauvages, cruelles, com* mises par Tarm^e allemande ; dans les citations pr^c^dentes (carnet du lieutenant Emmar), Tuno d'elles est not^e et a <it6 soulign^e par nous.
Je ne rappellerai que pour m6moire la repression cruellement sanguinaire de la Commune parTarm^e de Versailles. Beaucoup Tignorent oulanient: mais le temps fait son oBuvre et bieatdt, de cette epoque agitee, on pourra dresser Thistoire impartiale. Deji, on pent en avoir une exacte conception en lisant le Journal d'un vsiincu^ public par M. Pierre de Lano, VHis-' toire d'un Trente sous de M. Sutter-Laumann>
(1) Trolard, p. 30, 31. De RieoU d Marengo.
(2) Hamon L. C, ann^e 1891, p. 84.
Sotis le drapeau rouge, de M. L. Barron, etc. Je me bornerai k citer une phrase de M. Saint- Genest, uu ^crivain conservateur fort admirateur derarm^e: « M. deGalliffeta fait cela comme las fusillades de la GommuQe, quand il changeait capricieusement les num^ros (1). »
Dans la guerre du Mexique, le colonel Dupin, chef d'une contre gu6rilla, a acquis une c61^brit6 grande k cet ^gard.
T^moin cette anecdote : « Ala t6te de sa bande, U se pr6sente un jour sur une hacienda. On regoit en grande c6r6monie cet hdte redoutable. Le maltre lui sert un splendide banquet. Le colonel se montre cliarmant, car il est homme aimable et de mani^res exquises: « Vraiment, mon cher hdte, dit-il au dessert, vous nous servez un excellent diner avec la gr^ce d'un parfait cavalier.
— Trop he'ureux de vous 6tre agr6able, colonel. J*esp6re bien vous revoir k ma table. — Je ne croispas. — Pourquoi done, Seigneur colonel?
— Oh ! mon Dieu, Seigneur cavalier, parce que... vous allez 6tre pendu... — Vous plaisantez, Seigneur colonel? — Non, parbleu, je ne plaisante pas !... mettez-vous a la fen^tre, vous verrez votre potence... Tenez, ajouta-t-il en lui tendant une lettre, c'est bien de vous cela... Vous dtes un galant homme, mais vous n'en serez pas moins pendu. » On conduit le malheureux au supplice ; le colonel dit en se curant les dents : « Si je
(1) Hamon. L. C, ann^e 1891, p. 423.
Tavais fait pendre d*abord, nous eussions mal din^. • (1)
Pendant la conqu6te de la Basse-Cochicchine, en 1861 « le commandant Z... mitraille tout ce qu'il rencontre^ de peur de laisser ^chapper un pirate. Le commandant X... ome tons les jours ses vergues de quelque annamite. (2)
Apr^s la prise de Bien-Hoa, le capitaine Y... fait une centaine de prisonniers, il aniionce son sacc^s... Pendant la nuit une partie de son troupeau s'^vade ; pour maintenir le chiffre de SSL capture^ il complete avec des laboureurs ramassis en pays soumis. (3)
Un de nos maires conduisait, & bord du commandant X...9 des pirates. X..., occupy en ce moment d'affaires pressantes, r^pondit laconi« qaement : qu'on les pende ! Les prisonniers tendirent le cou au ncsud fatal avec Thabituelle impassibility asiatique. L'un d*eux, cependant« luttait avec toergie: il fut pendu comme ses compagnons. Le commandant X..., libre de ses occupations, voulut f^liciter le maire de sa capture. On le chercha en vain. C'^tait le recalcitrant. (4)
En 1862, les frangais brfilent les villages qui ne se soumettent pas ou plutdt briilent tout^ crainte d*erreur. Le pillage, le meurtre, Tin-
(1} Paul BraDda. L. C, p. 66, 67.
(2) Pattl Branda. L. C, p. 84.
(3) Paul Branda. L. C, p. 84.
(4} Paul Branda. L. C, p. 85.
cendie couvrent la contr^e de larmes et de sang. (1)
Le commandant X... disait: « Pendez ! Pendez toujoursl... Que ce soient des innocents ou des coupables, nous atteindrons toujours le but, la terreur. » (2)
Un oflBcier de marine K..., commandant una canonni^re et chef de district, disait a son collogue R6veill6re : « Quand je crains un mouvement dans un village, je fais saisir quelques notables et, si le village bouge, je les pends... Hier Tun d'eux m'a cass6 deux cordes ; je lui en fis 6trenner une neuve; il tournait, tourjiait en la d^tordant...; c'dtait fort drSle... et la corde neuve s'est cass6e... II n*6tait point mort, j'ai fini par le faire assommer. A propos, dit-il k son lieutenant, je pars cette nuit en expedition ; n'oubliez pas demain matin d^envoyer pendre un homme dans chaque village d6sign6. » (3)
Lors de TexpOdition Francis Garnier, apr6s la prise d'Hanoi, les Frangais firent emmagasiner des vivres et des munitions dans la citadelle. A ce sujet un inspecteur-adjoint de la marine 6crit : « Rien n'6tait plus curieux que de voir manoBUvrer ces pauvres diables (hommes et femmes annamitesj. Le sous-ofiBcier charg6 de les surveiller et de les conduire ne savait pas un mot d'annamite ; mais pour lui le geste suppl6ait k la
(1) Paul Branda. L. C, p. 102.
(2) Paul Branda. L. C, p. U7.
(3) Paul Branda. L. C, p. 135.
parole ; sans cesse tirmi d*un inorme gourdin^ donU il faui le dire & sa louange, on ne le vit jamais tiser inutilement^ il faisait marcher sa petite troupe avec une precision toute prussienne. > (1)
Au Toukin, le general de N6grier donna ordre de couper les 640 t6tes des cadavres chinois de Kep et d'en faire une pyramide ; on n'a jamais su pourquoi. (2)
Au Soudan, le colonel Archinard fait fusilier les prisonniers apr^s la prise de Nioro. Une prime ^tait accord^e aux indigenes pour cbaque t6te de soldat de Tarm^e ennemie qu'ils apporteraient. (3)
En mai 1891, dans la Basse- Casamance, le lieutenant-colonel Lef^vre est envoys pour briiler le village de Seliki, afln de venger un meurtre commis en 1886. L^adminisirateur frangais de la region proteste« attendu que le meurtre a 6t6 veng6 plusleurs fois» c'est-^-dire que le village a 6t6 plusieurs fois brfiM ; attendu qull n'a qu'i se louer des habitants. « 8*il n'y a rien k faire ici, ce n'^tait pas la peine de nous d^ranger » dit le colonel Lef^vre ; le lendemain, il incendiait le village au moment oix les S^likiens arboraient le drapeau tricolore pour fdter lea soldats frangais.
(1) Maurice Dubard. Une e»p4dUion au Tonkin^ p. 81, 82. — Paris 1882. Dentu, 6diteur.
(2) Harmant. La t:4riU sur la retraite <U Langaon, p. 94* Paris 1892. Savine Mtear« ~ Ge nom est le pseudonyme (fan capitaine.
(3) Hamon, L. C, ann^ 1891, p, 218,
Volailles et bestiaux furent vendus au profit des militaires. (1)
En 1890, le capitaineMahmadou-Racine, attache k r^lat-major g6n6ral, s'est appropri6 pour sa seule part une centaine d'esclaves... Lorsque le commandant d'un poste est talonn(^ par I'argent, il fait une rafle g^n^rale des bestiaux et des c^r^ales sans slngui^ter des suites. (2)
A Massaouah, huit cents abyssins farent assassin6s k diverses reprises, d'apr^s Tordre du commandement militaire, par le lieutenaat Livraghi. Le g^n^ral Baldissera Tavoua devant le tribunal qui acquitta le lieutenant. Le g6n6ral Orero pr6tendit que ce n'6tait Ik que Tapplication de la loi militaire en temps de guerre. (3)
Dans le Congo beige, M. Vankerchoven, commandant Texp^dition, fit, en d^cembre 1891, fusilier des arabes prisonniers, 1800 suivant une d6p6che, une dizaine, d'apr^s le rapport officiel. L'i voire fut razzia au b^n^fice de TEtat du Congo. Les arabes, selon la d6p6che, 6taient pacifiques ; selon le rapport officiel du lieutenant beige Ponthier, ils razziaient les noirs. (4)
« A la bataille de Dogba (expedition du Dahomey), 6crit M. Emile Saingery, mar6chal delogis d'artillerie de marine, on ach^ve ceux qui don^ nent encore signe de vie. » (5)
(i) Hamon, L. C, ann6e 1891, p. 683.
(2) Capilaine Perez. — Au Soudan frangais. Paris 18S9. Galmann-L^vy, ^diteur.
(3) Journattx de mars et novembre 1891.
(4) Matin 21 et 22 mai 1892.
(5) AutorM» 9 novembre 1892.
^ il -^
t .. • Le colonel Dodds a donni Vordre de fusilier impitoy&blement les blessis et prisonniers qui tomberont entre nos mains. Cet ordre est rigoureusement ex^cut^. Parmi les prisonniers de la bataille de Dogba se trouvaient deux amazones qui, apr^s interrogatoire, ont subi le sort com-i inuD« » (1)
t A Taffaire de Tohou^, huit amazones furent captur4es et fasillies ensuite. » (2)
c Nos cavaliers captur^rent trois Allemands et un Beige, officiers dans Tarm^e de B^hanzin; aprhsun court interrogatoire^ le colonel Dodds les fit fusilier. > (3).
Da r6cii d*un soldat, public par M. ChincboUe, extrayons ce passage : « A Zonoa, nous avons fait prisonnier un Dahom^en qui 6tait en observation. Le colonel Ta interrog^, mais le pauvre diable n*a voulu donner aucun renseignement, aucun«) indication d'aucune sorte. Pour ne pas nous en embarrasser^ nous V avons pass4 par les armes... On se serrait le ventre et on supportait la soif. Cela 6tait dur par exemple, mais qu'importel Quand on est devant Tennemi ce n*est pas pour s'amuser. On se distrayait en ^battant des Dahom4ens... » (4)
c Des victoires coiiteuses, des officiers tu6s en nombre. Mais que cette guerre est curieuse et int^ressante !... Ce matin m^me le colonel Dodds
(i) XIX* SUele, iO novembre 1892.
(2) XIX* SUoU, ii novembre 1892.
(S) Figaro, novembre 1892.
(4) Figaro^ novembre 1892.
m'a f^licitd et inviti k Vab$inthe... II est rouge, monsabraj car j'at tu4 beaucoup. Baisera* mes €h6ris, » 6critlecapitaiDeGr6mieux-Foa,ducamp de Pogaessa, le 5 octobre. (t)
Ces quelques fails symptomatiques montrent que Tesprit de rapine et de sauvagerie, si r^pandu parmi les soudards d'autrefois, subsiste vivace dans les armies d'aujourd'hui. Les meurtres, les vols, les viols, les incendies d'antan se reproduisent maintenant, attestant ainsi la routine de Tesprit humain en d^pit des ind^niables progr^s qu'il a faits. Cette reproduction de ph6nom6nes semblables en des temps diff^rents, encore que la sensibility se soit accrue et aussi la morality, prouve rinfluence exerc^e par le milieu coileetif sur la mentality humaine.
La guerre aguerrit les individus qui y preunent part, dit-on couramment ; et, de cet aguerrissement, fruit de TcBuvre sanglante, naissent; n^cessairement les actes sanguinaires, dont nous venous de citer des exemples-types. Suivant la ddflnition du crime, par nous donn^e, la guerre est un crime; le philosophe doit r^proaver ce crime, mais il doit aussi constater que quelquefois «lle s'impose, que Thomme, pour se d^feffdre
(1) Journal, 19 novembre ISd^.
centre les agissements criminels d'autres hom« mes, est oblige d'agir crimiQellement. C'est cette utility de la guerre defensive qui nous a emp6ch6 dialler chercher nos exemples dans les faits de batailles ; nous sommes all6 les qufoir dans les phtoom^nes suivant les combats.
Les actes, dont nous avons rapports quelques specimens, sent inutiles, souvent nuisibles non* seulement k rindividu-acteur, mais encore k la eollectiYit6 dont il fait partie« En rien ils ne peuYent accroltre la gloire de leur auteur ou de la nation dont il est membre ; cependant ils ont toujours accompagn6 la guerre, ils en font partie int^grante, ils sent Tessence mdme du c beau metier des armes. »
Quelles sent les causes de ces crimes? Tr^s rarement dans leur perpetration intervient la haine, ce sentiment si humain, 6leY6 quoique barbare. Ni les Annamites, ni les Chinois, ni les Italiensy ni les Abyssins, ni les Frangais, ni les Soudanieus, ni les Allemands, ni les Autrichiens« etc, n*6taient hals de ceux qui les combattaient, de ceux qui, sur eux, commettaient les crimes rappel6s par les faits precedents. Le sentiment Haine se retrouve seulement dans les guerres ciYiles, dans les actes accomplis par motif poli- Uque ou social ; Uk, toiqours, tant de la part dea
Taifiquetirs que de ceUe des vaincus, on vmt:la) criminality rev^tir une forme al)soliiment Bauvaget besilale.
Les i^auses de ces crimes sont humbles, car elles tirent leur origine des temps milltoaires oil nos anc^tres, r6unis en tribus qui ^taient en' lutte permanente, consid^raient coilime louable^ glorieux, tout vol, rapt, meurtre perp6tr6 sur r^tranger, c'est-i-dire sur Tennemi. Encore aujourd'hui, n'est-il pas glorieux pour le professionnel militaire d'avoir des decorations, preuves d'actions d'^clat k la guerre, c^est-^-dire preuves qu'il a tu6 beaucoup d*ennemis, incendie des villages, pill^ des maisons, viol6 de& fiUes ou des hommes? De mftme il est glorieux Chez les Peaux Rouges d'avoir beaucoup de scalps ou de queues de loup, indices de bravoure dans le combat puisque preuves de moult meurtres, pillages, etc. G'est en cette survivance ancestrale qull faut voir la cause primordiale de ces actes criminels.
Mais interviennent d'^utres causes secondaires*' Le milieu sanglant, resultant de tout combat, grise, atrophiant momentan^ment, quelquefois pour toujours, la sensibility inh^ente k la mentality animaHe et d6veIopp4e dans Tenc^q^hale par 166 «uQcessive8 civilisaiio&s. <}e4ie'
griserie du sang, cette anesth^sie morale incitent^ rhouime aux actions les plus inf&mes sans qu'il perf^ive leur infazaie. Le oombaitant vient d€^ risquer sa vie ou va la risquer ; il y a comme une sorie de detente de toute la c6r^bralit6 ; dnbsiste seulement en le cerveau I'id^e de jouir et comme 11 dispose de la force, il s*en sert pour satisfaire ses d^sirs, pour raccomplissement de^ ses jouissances, sans avoir la moindre notion qu'il l^se plus ou moins autiui.
Ces crimes, commis apr^s la lutte, sunt toujours perp^tr^s par une collectivity, jamais par une individuality ; il y a pour ainsi dire Emulation* Le facteur imitativitd intervii^nt et par imitation on est pouss^ k agir criminellement. Une autre cause secondaire de ces actes criminels est la disvnln^rabilit^ sp^ciale aux militaires profes-^ sionnels. Le stolcisme des blesses franf ais apr6& Waterloo a 6t6 signals. Si on lit les m^moires des XVII* et XVIII* sidcles, on en trouvera dea preuves asses fr^quentes dans les r^cits de bataille, de duel, dans les gu^risons rapides da blessures graves, qui auraient ^t6 mortelles pour des organismes diff^rents. Je citerai le cas du g^niral de Oalli£Fet,
Au Mezique c horriblement bless6 dans le^
combat, on raconta que, laissd pour mort, il avalt pu cependant, en revenant k lui, se trainer, le -ventre ouvert, jusqu*4 une ambulance oti il 6tait entr^ porlant ses entrailles dans son k6pi. L'empereur demandail k sa femme : c Vous avez dd 6tre horriblement inqui^ te en apprenant la gravity d'une telle blessure, dont tous les journaux parlaient ? — Oh ! non, Sire, r^pondit madame de Galliffet avec son angSlique sourire, il a tant de chance. » (1)
Aux yeux du vulgaire, cette disvuln6rabilit6 passe pour courage; elle est Tobjet d*6loges sans fin. En fait cette analg^sie physique, reste de notre ancestralit^ animale, est Tindice d'une cerebration inferieure. En effet, cette analg^sie, constatable aussichezles grands criminels I6gaux, c'est-i-dire chez les criminels t^ratologiques, influe sur la sensibility morale des professionnels militaires ; elle detruit pen ou prou cette sensibility et permet la perpetration de ces actes qui lesent violemment, brutalemeut, la liberty individuelle.
Enfln, intervient raccoutumance qui fait consi-* derer comme naturels, moraux, des actes primitivement regardes comme antinatui*els, immo-
(1) M»« Garette (n^e Bouvet). Souoenirs itUimes d€ la Cour des Tuileriesj p. 234, 235. — Paris, 1889. OUendorf, ^dUeur.
rauz. Toutes ces causes internes ou ezternes: surviYance atayiquet analg6sie physique, anes* thisie morale, d^sir de jouir, imitation, accoutumance, ezpliquent la gen^se de ces actes criminels commis par des individus pr6dispos6s k subir yivementrinfluence de ces causes, puisqulls avaient la vocation pour une profession qui comporte de tels crimes.
De cette analyse psychologique du militaire professionnel, dans Texercice de son metier, c'est-4-dire dans la guerre, se d6duit logiquement rirresponsabilit6 des auteur^ de ces actes antiindividuels. On doit r^prouver ces actes, mais on ne peut raisonnablement en rendre leurs auteurs responsables. S'ils les ont commis, c'est qu'iis y 6taient pouss6s, i un degr6 plus ou moins grand, par la nature de leur c6r6bralit6 soumise k rinfluence de Timitation, de Tassuitude.