‹ Psychologie du militaire professionnel (volume 2)Chapitre 5 sur 15 · EFFETS DE LA PROFESSION SUR LA MENTALITY · texte numérisé non relu

EFFETS DE LA PROFESSION SUR LA MENTALITY

DB SBS MEMBRES

On yient de Yoir par quelques faits-types quelle ^t la nature du metier des armes et on a pu <M)n8tater que la yiolence en est la caract^istique. Q n'est point n^cessaire d'avoir 616 soldat pour le saYoir, il suffit de tant soi pen r6fl6chir,

Les individus, qui, par vocation, choisissent un tel metier, d6c6lent ^videmment, par cette Election, une propension naturelle k la brutality. Bs savent que la fonction du militaire est de tuer et, malgr6 ce, ils entrent en cette carri^re des armes* II y a certain ement chez ces individusr une organisation physiologique qui les rend, pour remplir les conditions meurtri^res de la

profession militaire, plus aptes que ne le seraient d'autres individus port^s par leur mani^re d'6lrevers le commerce, Tindustrie, Tart, la science. Les militaires professionnels sont done des predisposes sur lesquels les conditions m^sologiquesde la profession retentirout fortement pour d6«^ terminer un 6 tat d'4me special, constatable ea temps de pais aussi bien gu'en 6tat de guerre.

Les militaires professionnels se recrutent dansla classe riche (noblesse et grosse bourgeoisie) et dans la classe moyenne. Pour ce « beau metier desarmes », la source du recrutement est k peu pr^sla mSme que pour les corps medical, enseignant des lyc^es et colleges, que pour les magistrats, les honmies de science, artistes, litterateurs, ing6nieurs. Tons ces individus, de ces professions diverses, appartiennent k la mSme couche socialoi gen^ralement k Tesprit cuUiv6, aux manieres polies, fort eioign^es de la brutalit6.

Un certain nombre de professionnels militaires le sont pour ainsi dire her6ditairement ; fills et descendants de militaires professionnels, lisentrent k leur tour dans la carri^re, pr6disposte 4 une adaptation rapide par leur organisme h6r6<^ ditairement determine, par leur education fami<« liale soumise k Tinfluence de la profession patera nelle.

Les indiyidud, qui dlisent pour la vie militaire^ passent en grande partie par des 6coles spteiales. L2l, ils subissent une Education particulitoe qui sera d'autact meilleure qu'elle les appropriera mieux k la mission qui leur incombe, c*e8t-&dire k la guerre. Nicessairement, il en r^sulte la glorification de tons les grands tueurs d'hom^^ mes, Tezaltation des grands conqu^rants, et^ eomme consequence ineluctable, celle des actes qui, indvitablement, accompagnent les conqu6te8» les combats, les batailles. Ces aspirants k la pro« fession militaire vivent dans une atmosphere par* Uculiere oix apparait, comme but de leurs efforts, Timitation des celebres hommes de guerre. Annibali Cesar, Tamerlan, Gengiskhan, Charle* magne, Wallenstein, Tilly, Conde, Turenne, Maurice de Saze, Bonaparte et sa pie^tade de ge« nerauz, de Moltke, etc., leur semblent enviables par les iUustres actions qu'ils ont accomplies.

Le candidat au metier des armes vit tout entier plonge dans ce monde des massacreurs de peuples et il en resulte pour lui la conception d'une infinie superiorite de ces hommes sur le reste des humains. De mfime que le peintre place ses illustres predecesseurs, les Holbein, les Raphael, les Michel-Ange, les Rubens, les MuriUo, bien aa-de88U8 des plus illustres representants de la

fldeTOe, de la phUosophie, de I'art mMiirad, ota- 4oi¥d; etc.; de mdme le militaive ne voit aucim Ixomme qui puisse 6galer ses hSros^

Par cette Education; appropri6e, le profesBioimdl militaire, subissant comme tout 6tre rimitati^tA ftaturelle, est pou8s6 k rimitation de ses h^ioB dans r^tat de guerra, en m6me temps qu'il est pouss^ k maintenir dans T^tat de pais sa mani^e d'agir. Bien entendu, Tambiant social r^agit sod ceite tendance pour att^nuer ces^ abasements suivant Tinterne disposition de chacun. De Ik HBuUtA que ces agissements en l'6tat de pais 8ei« iront identiques en nature k ceux ceoastat^a en temps de guerre, mais toujours d'un degr^ d'iatensity moindre et de formes plus ou moins diverses, suivant T^tat c6r6bral de chaque individu. fie la diversity de ces formes, nous n'avons pas i nous occuper en ce m^moire, ad nous studious la criminologie professionnelle, c'est-^i-dire les ca** lact^es communs k ces formes, caractdres d6termin^s par la profession.

« Chacun de nous, a ^crit M. Marandon de Mbntyel (1], porte en son cerveau un criminel q^i sommeille et dont le r^veil depend en partie du degr6 de sa lethargic, en partie du degrd de

• <i) Arofteeetf d'Anihropelogie cHmiiie8«»-MaH88S:- >

rezcitaat, de. sorte que le dilinquant de demaioi selon les ciroonstanees, sera peut-6tre YOiiSy peut-6tre moi. » Citant cette pens^e profonde d'un alidniste criminaliste, I'ajoutai (1) : « Oa peut ni6me dire que le criminel ne sommeille pas dao8 le cerveau, mais qu'il y est fort bien r6- YeiU6. » Voyons done sous quelle forme ce r^Teil se manifeste chez les professionnels militaires. La violence, nous venous de le constater, est la caractiristique de la profession militaire en T^tat de guerre. II est conforme k la logique que, dans r^tat depaiz, on constate des formes att6nu6es de la violence. U serait, en effet, irrationnel de voir des individus qui, en Tdtat de guerre, sont violents, devenir d'une angSlique douceur en T^tat de paiz. On pourrait objecter que, les conditions m^sologiques 6tant cbang6es, les effets doivent 6tre modifies. lis le sont aussi, mais en degrd et non ea nature. Cela est comprehensible car, k r^tat de paiz, les conditions m^sologiques du profossionnel militaire ne different point tant qu'on ne croit A priori de celles ezistant k Titat de guerre. S'il n*y a plus d*ennemi sur lequel pent s*ezercer la violence, il reste le subordonnd ^e le profossionnel consid^re comme valant

(i) Almanack de la Question Sooiale pour 1893^ p. 168.

moins que lui, comme un inf^rieui:, un 6tre mo-lestable k son gr6, un individu d'une autre classe que lui. U reste le civil, qui, encore plus que le subordonn^, semble, au professionnel militaire, un stranger. Sans £tre consid6r6 comme d'une autre race, ii apparait au professionnel comme un homme d'une autre caste, ne pouvant 6tre compar6 avec lui qui a Thonneur de porter Tuniforme. Un monde les s6pare : I'Officier, le P6kin ainsi qualifi^ par une sorte de m^pris.

II y a plus d'affinit6 entre professionnels-militaires de peuples diff6rents qu'il n'y en a entre le p6kin et Tofficier d'un m6me pays. II ne faut point s'en ^tenner puisque, le but des armies 6tant le m6me, quel que soit le pays, TMacation doit £tre et est analogue, quel que soit le pays. De cette education r^sultent un mSme 6tat d'esprit, une m£me mani^re de voir, des conceptions analogues, k peine modifi^es par les differences de caract^res des individus et des nations. D'ailleurs cette analogic de profession, de classe, qui fait consid^rer comme des inf6rieurs, des strangers, ceux qui n'esercent point la m^me profession, qui ne sont point de la m6me classe sociale, fussent-ils du m^me pays, se pr^sente dans un grand nombre de professionSy de classes sociales.

A tout obsenrateur des phinom^nes sociauxt rouYrier fraii(ais, par ezemple, apparalt plus proche de rouvrier allemand que du capitaliste frangais. L^artiste a plus d'affinit^ pour rarliste d'une autre nation que pour le bourgeois, le phi* listin de son pays. Un litterateur consid^re plus un litterateur stranger qu'un militaire, un financier national. Get 6tat d*esprit constatable dans les grandes divisions professionnelles et sociales n'est que la transformation de Tesprit de clan subipar toute rhumanite k une 6poque ant6rieure*

Get esprit de clan a 6volu6, accroissant sans cesse la collectivity qu'il embrasse ; d'abord res* treint k la petite tribu et dans la tribu k la profession, il s*est, avec le temps, itendu k la nation et dans la nation k la profession, puis aux professions analogues, formant ainsi de grandes divisions. Gr&ce k la rapidit6 des communications, k Tuniformisation qui se produit chez les peuples de civilisation aryenne, cette expansion s'est accrue et devant Tesprit de classe, de profession, se sont abaiss6es les fronti^res. On pent m6me pr6voir que revolution continuant, cet esprit de classe embrassera de plus en plus des coUectivit^s grandes. Dijk certains philosophes communistes, suivis et 6cout6s par une minority importante^

pt^conisent et d^moiitrent r^quivalehce profesfiiounelle. Comoie consequence, il en rigsHltera la disparition de cet esprit professionnel. Par sniii de revolution sociale due aux transfopmatioiis economigues, les classes sont appelees ^ didj^ei-^ raitre, et comme consequence Tesprit de classe i son tour disparaltra. C'est 1^ un avenir peut-itre prochain ; mais aujourd'hui il n'en est pas atiiiiBi, Tesprit professionnel existe, et chez le militaire on le trouve i un haut degr6.

Cette constatation ne pent se faire si on etudie le professionnel dans le monde, dans un salon ou se coudoient militaires et industriels, financiers et hommes de lettres, etc. C'est li un milieu neutre, ou les caracteristiques professionnelles et iheme individuelles disparaissent, sauf pour un observateur sagace et attentif. En ce milieu mendain, sur tons les assistants, il y a comme un vernis qui cele k des yeux inattentifs Fessence individuelle et professionnelle, qui cr^e momentanement une autre maniere d'etre, due k reducation policee, aux frottements mondains, k la compagnie des femmes. En un salon, le Moi de Tofficier, du savant, du financier, sous rinfluence du milieu, est superficiellement et momentane-' ment modifie. Cette modification disparait de» que rindividu se retrouve daos fion ndliea nft"'

turel et reparalt d^s qu'il revient en rambiant mondain. Ce n*est done pas Ik gu'il faut observer le professionnel militaire pour connaltre la forme criminelle caract^ristigue de la profession. II faut Tobserver k la caserne, dans rezercice de sa profession, k T^tat de pais, et dans le milieu civil quand les « p6kins » ne sont pas de mSme coucho sociale que lui*

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