BRUTALITY HORS LA PROFESSION
Tant que ces actes crimiDels se passent dans rint^rieur de la profession, lis ont pour yictime les subordonn6s ; alors, comme nous Tavons vu, interviennent dans leur gen^se les facteurs par nous ^numSr^s*. Si ces actes s'ext^riorisent k la profession, un nouveau facteur intervient, s'ajoutant aux autres ; c'est le m^pris plus ou moins intense dont sont Tobjet, de la part des professionnels, les strangers i ce « beau m<^tier des armes. »
Nous avons d^ji not6 Texistence de ce sentiment k un degr^ plus ou moins prononc6 chez tous les membres des grandes classes sociales
ou professionoelles. II existe k r6tat maximum chez le militaire qui repr^sente, en nos soci^t^s actuelles, le guerrier d*antan toujours de caste noble, c'est-d,dire sup6rieur par sa position sociale au commun des mortels.
Chez les sauvages actuels, comme chez nos anc6tres pr6historiques, le guerrier occupait le premier rang ; dans la p6riode historique gr6co« romaine, 11 en fut de m6me malgr^ rafiinement de la civilisation grecque ou Tart, la politique, la philosophic tenaient une place importante bientdt diminu^e par la preeminence de Rome sur le monde asiatico-europeen. Dans la p^riode du Moyen-^ge et des Temps modernes, le metier des armes reste Tapanage de la seule noblesse avec des mercenaires comme inferieurs; cette profession fut longtemps la seule cause d'anoblissement.
Cette superiorite sociale du guerrier sur les autres hommes attachait necessairement k la profession elle-meme une superiority sur les autres professions. La consequence fut que le fait mdme d*etre accepte dans le metier des armes, creaitune prevalence sur les membres des autres professions. Le metier anoblissait pour ainsi dire. Ce sentiment s'est transmis jusqu*^ notre epoque. II s'est mSme maintenu
dans son int^grit^ primitive gr&ce k ce fait insignifiant A pnori et cependant grave : le port d*un uniforme.
Ge costume special, permettant de distinguer, de s6parer ceux qui font partie de la profession de la multitude des autres, a eu pour r^sultat d*accroltre Tesprit de corps, d'entretenir ce concept : ceux qui portent le m6me uniforme soot au'dessus de ceux qui n^ont pas le droit de le porter, de ceux k qui cette profession est ferin6e parce qu*ils sont des inf^rieurs. Ce sentiment de superiority professionnelle, entretenu k un degr^ elev6 par une marque distinctive que revdtent les membres de la dite profession, se r^v^le dans tous les metiers od il en est ainsi : magistrature par exemple. O^est dans le metier des armes qull est maximum parce que Ik la marque distinctive suit le professionnel tout le temps de son existence.
Tandis que le magistrat en est seulement rev6tu dans Texercice de sa fonction, le militaire Test toujours. Sans cesse, il a la sensation d*£tre different du reste des hommes v^tus d'une fa^on banale, pendant que lui est convert d*un uniforme qui ne peut 6tre port6 — puisqueport^ par lui — que par des hommes sup^rieurs aux autres. Au port de Tuniforme vient s'ajouter celui de T^p^e
qu'il a seul le droit de porter comme le noble dans les temps modernes et m4dio6vaux.
Ces distinctions ext^rieures, qui s^parent le militaire du reste des hommes chez lesquels s'est uniformis6 le costume et autres signes ext6rieurs des professions, sont, je le r6p6te, une des causes du maintien integral de Tesprit de corps, c'est-i-dire de la conception de la superiority de tons ces professionnels sur les autres humains.
Chez nos anc6tres de la pr^histoire, comme k la p6riode romaine oumoyennageuse, cette superiority du guerrier sur le non-guerrier pouvaitse justifler partiellement. De m6me que chez les sauvages contemporains, il lui ech^ait un r61e tr^s important dans la vie sociale : la protection du pasteur, du laboureur, de Partisan. Oertes, illes exploitait, mais enfin il soldait son exploitation, son parasitisme de non-producteur par une protection relative du producteur. En apparence, cette protection semblait plus utile que la production ; par suite une consideration plus grande s*attachait aux protecteurs, provoquant chez ceux ci un orgueil professionnel de caste.
Dans la p^riode moderne, comme maintenant, cette infatuation du militaire s'est maintenu quoique sans aucune raison d'etre, meme sans
Tombre d*une apparence de raison, surtout k noire 6pogue. En effet, dans nos soci^t^s, ler6Ie, jou6 par le militaire au point de vue de sa profession « s'est sans cesse restreint tandis que s'est accru celui du producteur physique et intellectuel. Cette tendance gto^rale ne pent qu*augmenter par suite de Texpansion de Tinstruction, de Taffinement c6r6bral qui en r^sulte et qui conduit de plus en plus au non-emploi de la force brutale. En outre, actuellement, avec le syst^me des armies nationales, le militaire professionnel ne protege plus rien, c*est la nation iD&le qui se protege elle-m^me. II est done absolument irrefutable qu^aujourd'hui la superiority du militaire sur le p^kin ne se justifie en rien et est absolument irrationnelle.
La conception de cette superiority n*en existe pas moins, survivance atavique, et elle existe 4 retat si intense que, dans le corps mftme de la profession, on la constate dans les rapports des combattants avec les non combattants, dans les rapports des di£rerentes armes entre elles ! L'extrait suivant d'une lettre d'un medecin militaire prouvera le bien fonde de cette maniere de voir :
c Le peu d'experience que je possede, ne ine fait nullement desirer de vivre en commun avec
des ofSciers. Que de fois )'ai pens6 k ce que vons me disiez uu jour: « Que le militarisme 6tait une plaie sociale ; • combien je trouve cela vrai maintenant que je vols d'un peu pr6s les choses et les gens. Le militaire n'est, somme toute, qu'un accessoire dans une 80ci6t6 et cependant tout porteur de sabre ou d'6p6e pretend ou pense que la 80ci6t6 est faite pour le militaire. A chaque fois que j*ai dt prendre un repas avec des oflBciers, da hors-d'ceuvre au dessert, il a fallu, sinon manger, dnmoinsvoird^vorerdup^kin.delaredingote. Et ici... le militaire d^chire a belles dents le p6kin... Ad^faut de p^kins, les militaires semangent entre eux, fantassins contre artilleurs, marins contre troupe de guerre... Que ce spectacle est p<^.nible! » (1)
La conception de cette superiority professionnelle doit n^cessairentient se manifester ; autrefois, tout en rey^tant des formes criminelles, agressives contre les non-militaires, elle ^tait g^nitrice de nobles actions, de sacrifices executes pour affirmer cette superiority sur les autres hommes. Aujourd'hui au moment des guerres, tons les hommes sont combattants, le concept de la superiority professionnelle ne pent done plus engendrer ces nobles actions, ces sacrifices que Ton constate executes aussi bien par les profieft-
(1} Hamon. L. C, annee 1891, p. 428.
sionnels que par les autres individus. II De se manifestera done que par des actes criminels, agressifs des noD-militaires, Tisibles surtout ea temps de paix. Etant donn^ que la violence est la caract^ristique de la profession militaire, ces actes criminels rev^tiront des formes brutales d'attentat contre les civils. Les faits suivants, pris entre beaucoup d'autres, prouvent la justesse de cette mani^re de voir :
A Salzwedel, un lieutenant de uhlans s'amuse, la nuit, k tirer des coups de revolver dans la rue pour faire tressauter les philistins dans leurs lits. II d^visse les Serous des roues d'un char de campagne et, pendant cette farre de mauvais goflt, est surpris par le propri^taire qui le rosse. II s^enfuit, courant prendre son sabre, sa chapska (il 6tait en civil), et va qu6rir la garde. II revient k la t^te de ses hommes et d'un coup de sabre abat un commergant. Un capitaine survint sur ces entrefaites et empftcha de charger les p6-* kins. (1)
En septembre 1890, k Toulon, un sous-lieutenant, Ginalhac, cause du scandale en arrfttant un soldat qui avait oubli6 de le saluer. Pol^mique dans les journaux ; alors ce sous-lieutenant se rend k la redaction de Tun d'euz, accompagn^ de trois autres ofiiciers. hk il se livre k des voies de
(1) BerUner TagbkiHL 9 juin 1888.
fait sur le r^dacteur, M. David. (1) Puni de 30 jours d'arr6t, il est envoys a Rochefort ou, k peine arrive, il flangue une rd.cl4e k un civil, M. P..., qui 6tait en r6alit6 un pharmacien de la marine, 8up6rieur en grade audit sous-lieutenant. L'affaire fut toutefois ^toufF^e. (2)
A Bologne, k Monteleone, k Aquila, pour des motifs les plus futiles, des ofiBciers assaiUent, k mains armies, de pacifiques citadins. (3)
A V6rone, quatre officiers de cavalerie veuleat embrasser de force, en pleine rue, une institutrice, M"« Azenti. (4)
A Cambrai des officiers parcourent les rues en criant : « Nous sommes dans un pays de cochons »; ils rouent de coups de canne un malheureux n6gociant qui trouve bizarres ces cris. (5)
A Cherbourg, le lieutenant Husson s'embusque k la nuit tombante pour guetter M. Chanoin, le r6dacteur en chef du Progris. II saute k I'improviste sur lui et lui d^chire I'oreille avec ses dents. (6)
Dans cette m^me ville, dans la nuit du 11 au 12 avril, plusieurs officiers d'infanterie de marine font du scandale dans les rues, cassent des carreaux, brisent des horloges publiques et enfin
(1) Hamon, L. C, T. II, ann^e 1890, p. 205.
(2) Hamon. L. C, ann^e 1891, p. 425.
(3) Secolo, Milan, 11 aout 1893.
(4) Parti socialiste, 26 aout 1893.
(5) Hamon. L. C, ann^e 1891, p. 425.
(6) Hamon. L. C, ann6e 189i, p. 425.
p^nStrent de force dans une maison pour assister lunenoce. Comme on les prie poliment de se retirer, ils bousculent et frappent plusieurs personnes; Tune d'elles fut bless^e gri^vement.
Aucune poursuite judiciaire. (1)
A Hambourg. le lieutenant Blume, conduisant deux compagnies, attaque des bourgeois dans la rue et en blesse un grand nombre. (2)
En d^cembre, le conseil de guerre condamne, seulement k deux mois de prison, un artilleur qui, k Lun6ville, a tu6 un ouvrier corroyeur au sujet d'une fille publique, (3)
A Toulon, le 23 mars, des officiersontunerixe ia nuit avec des civils. (4)
A Lyon, les capitaines Ritleng et Van Merlen se livrent, dans le bureau de redaction de V Action^ k un assaut brutal d'un r^dacteur : coups de poing et de canne. (5)
A Erfurt, le 2 juin, trois ofQciers donnent des coups de sabre k deux civils ; une patrouille survenant, un officier cria: c Tirez dessus »; mais les soldats n'avaient point de cartouche et ils se born^rent k donner des coups de crosse. (6)
A Spire^ le lieutenant Hopfner se livre k des voies de fait sur M. Wolf, r^dacteur de la Gazette
<i) HamoQ. L. C, ann^e 1891, p. 176.
(2) Petit Journal, 25 mars 1891.
(3) HamoQ. L. C, ann^e 1894, p. 650.
(4) Intransigeant, 25 mars 1892v
(5) Action, 19 mars 1392.
(6) Figaro, 3 juln 1892.
de Spire; et, pour ce fait, il n'est condamn^ qu'^ 43 jours de detention dans une forteresse, le mini* mum de la peine. (1)
A Zwickau, trois officiers, en se promenantt apergoivent un ouvrier mineur assis devant une maison, dans la rue ; Tun d*eux lui demande ce qu'il fait et lui intime Tordre de s'en aller. L'ouvrier r6pond : « Cela ne vous regarde pas »; alors Tofficier d^gaine et le blesse gri^vement d'un coup de sabre. (2)
A Hanoi', le capitaine Le Blois brutalise un journaliste, M. Levasseur, et cela, parait-il, par ordre du g6n6ral Reste.
A Grenoble, pendant un incendie, et pour faire 6yacuer une cour, le lieutenant M... bouscule, brutalise et injurie un journaliste et M. Couturier de Royes, procureur de la R6publique. (3)
A Reims, en avril, pendant la nuit, trois officiers dont Tun en tenue, se distraient en frappant de leurs Cannes, des matraques, la capote d'un fiacre. Le cocher fait une observation, les officiers I'insultent ; querelle ; le cocher lance un coup de fouet qui n'atteint pas ses agresseurs et s'en va. Les officiers se lancent k sa poursuite, Tatteignent; Tun d'eux, M. Sch..., lieutenant au 4* regiment de tirailleurs alg6riens, d6tach6 ainsi que ses deux camarades k T^cole de tir du camp de GhMons, frappe le cocher si
(!) Figaro, 4 juin 1892.
(2) Intranaigeant, 1» juillet 1892.
(3) Matiriy 14 aout 1892.
— il5 —
brutalement & la tite que le sang jaillit en abondance. Quelques personnes s'interposent et un agent arr^te lea officiers qui cherchiiient a 8*^8quiver. (1)
A Strasbourg, un boucher avec sa voitur^ coupe entre deux compagnies revenant de Texercice. Cela d6plait k un lieutenant qui se pr6cipite et porte au boucher un violent coup de plat de sabre. (2)
A Colmar, dans une rue d^serte, plusieurs officiers, sans doute ivres, cberchent querelle & UQ vieillard appartenant aux notabilit^s de la ville. Celui-ci, indign^, les traite de polissons^ iU d^gainent aussitdt, le frappent du plat de leur sabre et bient6t apr^s du tranchant, puis ils abandonnent leur victime assez profond6menl bless^e. (3)
A Mayence, le lieutenant Lucius, fils d*un ancien ministre, s^amuse dans un caf6 k jeter des pieces d*argent k la figure des consommateurs, les qualifiant de « cochons hessois » pour leur mieuxmarquer son m6pris. II prend ensuite k par tie deux hoaorables commer^ants, les injuriant et les forgant sous peine de coups de sabre k sauter par dessus sa jambe aUongie. Dans un jardia public ce m^me lieutenant tente de frapper, avec son sabre, le gardien qui voulait empftcher son chien de d^vaster les massifs. (4)
(1) BcJaireur de VBai, avril 1892.
(2) XIX* Siicle, 23 mai 1892.
(3) XIX* Siicle, 23 mai 1892.
(4) Mafin, 20 et 23 mai 1892.
- il6 -
A Berlin, le 20 mai, un ofBcier d'infanterie donne en pleine rue, k dix heures du matin, plusieurs coups de sabre k un monsieur dg6 dont le seul crime 6tait d'avoir un carlin qui d^plaisait au dogue danois du lieutenant. (I)
A Spire, un officier estcritiqu6 par un journal; 11 se rend, accompagn6 de deux de ses camarades, dans les bureaux du journal et veut frapper le directeur, qui lance une chaise k leur t^te. Les officiers d6galnent, un journaliste les menace d'un revolver et ils s*enfuient. (2)
A Durbach, un jeune employ^, fianc6 d'une jeune fille, iniurie un lieutenant, son amant. Celui-ci guette le commis et lui tire un coup de revolver. Le lieutenant ne fut pas poursuivi et le commis eut up mois de prison pour injure a un officier. (3)
A Coblentz, le 20 mars, le lieutenant von Salisch tue k coup d'6p6e un employ 6 de commerce, M. Weimann, qui passait dans la rue. Leconseil de guerre le condamne k un an de prison, Tempereur Guillaume le gracie imm6diatement. La m^re de la victime, outr^e de cette gr^ce, envoie au lieutenant une lettre d'injures qu'il exp6die au parquet avec pri6re de poursuivre. M™* Weimann m6re fut condamn6e k une amende de 30 marks. (4)
(1) Matin, 21 mai ; Ffgaro, 24 mai 1892.
(2) PeuplCy 31 mai 1892.
(3) Peuple, 18 aotlt 1892.
(4) XIX^ Siicle, 6 d6cembre 1892.
— ii7 —
A Berlin, le soldat Luecke, 6tant en faction, fait feu sur deux ouvriers, en tue un et bless^ Tautre ti6s gri^vement. Ses sup6rieurs le f^licitent chaudement et le comblent de gratifications. L'empereur Guillaume II lui adressa quelques paroles devant les troupes, lui disant que c son action est un honneur pour le regiment auquel il appartient. & U lui serra la main, le tutoya, I& nomma soldat de premiere classe et lui fit euvoyer son portrait avec sa signature autographe. (1)
Tons ces faits sont typiques et grand nombre d'entre eux rappellent absolument les divertissements des nobles seigneurs d*antan, s'accomplissant au detriment des vilains. Poignez vilain, il vous oindra ; oiguez vilain, il vous poindra, dit un vieux proverbe que sans doute les professionnels connaissent, ce qui fait qu'ils ne se privent pas de poindre les vilains, c*est-&-dire les p^kins. A voir les protestations et les r^ponses da tac au tac faites par les civil s, il ne semble pas que ceux-ci veuillent justifier TantiqUe proverbe.
En tout cas le professionnel militaire brutdlise; le civil, cela ne lui coiite rien ou si peu. En efifet,^ dans tons les actes analogues, il n*y a g^n^ralement pas de poursuites judiciaires, tout se borne
(i) Figaro et Matin, 11 mai 1892.
— if8 —
i une peine disciplinaire minime. Si la justice intement, elle est tout-i-fait paternelle, car, ainsi que M. Assaud, procureur de la R6publique Ta dit dans un requisitoire, « 11 existe des usages s6Gi!ilaire8 de haute courtoisie et de d^Krence r^ciproque entre TArm^e et la Magistrature. » (1) Si des civils 6taient coupables des monies d61its, la justice serait beaucoup moins douce : je n*insiste pas, notant seulement ce ph6nom6ne pour observer qu'il contribue i Tentretien de ces faits de brutalit6.
En lisant les faits* types de brutality, tant dans que hors la profession, on aura sans doute remarqu6 que le nombre en est plus grand en AUemagne qu'en France. Ces agissements sont en effet plus g6n6raux outre Vosges qu'en notre pays.. Cela est rationnel, car en AUemagne tout individu rev^tu de Tuniforme occupe une situation encore bien plus pr6pond^rante que les m^mes individus n'occupent en France. Ce pays est plus militarist que le ndtre. Cette pr6valence de la profession conduit in^luctablement ses membres ^ la conviction d'une extrtoie sup6riorit6 sur les aiitres hommes. De cette conviction au concept
(1) Mat-Gioi. Un point d'Histoire coloniale^ p. 15. — Paris 1892. Savine, 6diteur.
que tout leur est permis, il n^ & qu^un pas, facilement franchi. Les effets se font rapidement sentir, on a pu en voir quelques-uns dans nos exemples.
C'est peut-£tre en ces actes de violence qu'oa pent mieuz constater Tinfluence du milieu professionnel sur Tindividu* En effet, les mftmes motifs qui poussent les militaires i agir brutalement» comme dans ces agressions sauvages de journalistes, ne provoquent ches les civils que des actions pacifiques. On ne constate que rarement des agissements identiques chez les civils issus de m^me couche sociale : m^decins, magistrats, hommes de science, artistes, ing^nieurs, etc. Les causes de la forme < violence » de la criminality militaire ne peuvent £tre recherchSes ni dans I'^ducation familiale ou coU^giale, ni dans le milieu familial et social^ puisque ces ^16ments se retrouvent identiques dans T^tiologie de la criminality de forme difif^rente des professionnels ci*dessus 6num^r^s. On est done logiquement amen6 k voir en cette forme criminelle Tinfluence de la profession militaire elle-mdme agissant, nous Tavons dit, sur des enc^phales predisposes ainsi que le prouve leur election de ce metier.
Pour les auteurs d'actes de brutalite commis
tant hors que dans la profession, Tirrespoasabilit^ morale s'impose puisque, comme nous Tavons montr^, ces actes ne sont qu'une r^sultante de composantes qui, les circonstances et le milieu ^tant donn6s, ne pouvaient 6tre autrement qu*elles ne Tont 6t6. « L'individu, a 6crit Herzen (1), est libre de faire ce qu*il veut quand rex6culion de la volition n'est pas entrav^e ; mais il n'est pas libre de vouloir ce qu'il veut, car ses volitions sont le produit de son organisation physique et psychique, en partie h6rit6e, en partie 61abor6e par les circonstances au milieu desqueDesils'est d6 velopp^ et se trouve actuellement. » Les auteurs de ces actes n'6taient point litres de ne pats vouloir les commettre ; et comme ils 6taient libres d'ex6cuter leur volition, n^cessairement ils commettaient ces actes criminels. Ou il y a necessity il ne pent y avoir responsabiiit6.
(1) Le Cerceau et VActiciU c4r6hrale, p. 198. Paris 1887.