‹ Psychologie du militaire professionnel (volume 2)Chapitre 7 sur 15 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

BRUTALITi DAMS LA PROFESSION

Les ezemples, cit^s dans le chapitre pr^c^denty relataient des crimes que les professionnels milltaires ne perp^traieDt que d*uae faQon indirecte. Les homines qui, sur la route, tombaient, par la chaleur et la fatigue accabl^s ; qui se noyaient dans la Neisse ; qui gelaient & la manoeuvre ; qui se mouraient d'inanition au fort Barrau; ces hommes, dis-je, 6taient indirectement frapp^s dans leur existence par les professionnels qui n'ex6cutaient point euz-m6mes ces crimes. I la les ordonnaient, les faisaient accomplir par dea subordonn^s, par les yictimes elles-mftmes.

Mais ii est d'autres actes oti les professionnels

agissent eux-mfimes directement, r6v6lant sous une autre forme leur anesth6sie morale. Pources actes, affect6s de brutality plusou moins grande, la discipline ne peut presenter une apparence de justification m6me aux esprits les plus enclins a Tadmirer. Ces agissements sont, le plus souvent, d6fendus par les r6glements militaires et cependant leur nombre est si considerable qu'on est amen6 justement i les consid6rer comme la r6gle. Nous citerons quelques cas typiques.

En France, sousTEmpire, un colonel de Grammont caressait d'un jonc a pomme d'or les 6paules des grenadiers de la garde. (1)

Le lieutenant bavarois Emmar 6crit sur son carnet de notes, pendant la guerre de 1870 :

a Mes hommes se d6bandent. Pour les ramener au calme, j'arrache, k Tun, deux poign6es de che-^ veux ; un autre regoit deux bons coups de platde sabre ; le troisi^me une gifle solide. Apr6s cette distribution, on proc^de k celle du vin, mais en plus petite quantity. » (2)

En 1885 le soldat Aubin 6tait incorpor^ dans Tartillerie k Vannes. II 6prouve une telle frayeur pour le cheval qu'il est dans I'absolue impossibility physique d'en monter un seul. Sur ordre

(1) Louis Barron. Sous le Drapeau rouge, p. 100. — Savine. dditeur, 1889.

(2) Reoue Bleue, 1892.

du commandant Bazaine, Aubinfut, le 14 decernbre, 116 sur un cheval par les jambes et llgot6 compl^tement avec des cordes k fourrage, une courroie lui fut pass6e autour du cou ; puis le cheval fut lanc6 au galop dans le manage. La selle tourna et Aubin fut projet^ sur le sol oil 11 se blessa gravement h la t^te. Un sous-olQcier le cravacha; on le conduisitau commandant Bazaine qui ordonna de le mener k la prison, ce qui fut fait avec accompagnement de coups de pieds. En prison Aubin eut une faiblesse, un sous-olQcier lui fit Jeter au visage un seau d'eau glac^e. On Tabandonna et. quand, deux heures plus tard on revint, Aubin 6tait mort. Aubin appartenant h une riche famille d*agriculteurs, intimement li6e avec le g^n^ral de division Duez, TafFaire fit du bruit. Dans une premiere enqufite, un chef d'escadron essaya de d^gager la respohsabilit^ de son collogue Bazaine ; une seconde aboutit k la mise en non-activit6 par retrait d'emploi du commandant Bazaine. (1)

Au Reichstag allemand, le 13 Janvier 1890, M. Eugene Richter signale les mauvais traitements inilig^s surtout aux instituteurs qui font leur service militaire. A Stralsund un offlcier a dit aux sous-ofiiciers, en parlant de ces soldats : t II faut qu'ils suent du sang. » (2) En Sil^sie,

(1) Progris, Acenir du Morhihan, 28 d^cembre 1885.

(I) Cetle expression n*est pas parliculi^re aux officicrs allcmaods ; je Tai moi-m^me enlendue prononcer par divers officiers iranQais. Si ma m^moire ne me trompe pas, on la rclroDvera dans Au port ct'armes, ou dans Soua-Offh ou dans Biribi ou dans Les Offif.

le lieutenant Liebe a dit k un fourrier: « Tapezmoi 8ur ces chiens jusqu'4 ce qu*ils cr^vent. »

Treize carabiniers douaniers espagnols d^seitent pour ^chapper aux mauvais traitements d'un lieutenant. (1)

En AUemagne, un officier, m^content de la maladresse d'une recrue, pour lui donner une leQon, Toblige k tenir sa main droite plong^e pendant quelques minutes dans une cuvette remplie d*eau bouillante. L'homme fut estropi^. Le fait fut prouv6 au Reichstag. (2)

A Evreuz, un sous-lieutenant, B... de la R..., du 28* de ligne, pendant une mancduvre, poussait les soldats T^p^e nue dans les reins. II blessa Tun d'eux k la nuque et trois autres eurent leur sac traverse par T^p^e. La veille, il avait d*un coup de pointe perc6 la manche d'un sergent. Uq lieutenant de la m6me compagnie donna un coup de pied k un homme parce qu'il ne se plagait pas assez yite. (3)

A Paris, un sous-lieuten&nt oblige les sousofficiers r^servistes k manoeuvrer pendant 35 minutes au pas gymnastique, sac au dos. II y eut des malades. (4)

A Cracovie, le lieutenant Joseph Pollatschek, du 57* regiment d'infanterie, tue un r^serviste

(i) Ripublique fran^aise, 22 avril 1890.

(2) R^publique fran^uisey 8 juillet 1890, d'apr^s une brochure de M. Abel Kurt.

(3) Hamon. L. C, ann^e 1890. T. II, p. 208» 209.

(4) Lanterne, 15 septembre 1890.

sur le champ de manoeuvre. Efftay^ de ce qu'il ▼enait de faire, il se suicida aussitdt. (1)

Le 25 f^yrier 1891, le conseil de guerre & Alger acquitte un sergent-major corse qui avoue ayoir £rapp6 les detenus militaires et les avoir laiss6s DU8, exposes aux intemp^ries de la saisoa. Le colonel president somma les t^moins, gut confirmaient les aveux de Vaccusi^ de r^tracter leurs depositions sous peine d'arrestation immediate, car leurs allegations etaient mensonghres et contradictoires. (2)

A Alger, le 30 d^cembre, le conseil de guerre acquitte un sergent D..., pr^venu de voies de fait envers un inKrieur. (3)

A Tunis, en 1891, m'a raconte M. Paul Brulat, unjeune litterateur dej& connu, un lieutenant remplissant les fonctions du ministere public devant le conseil de guerre, dit k ses camarades avant Touverture des debats : « Si je le fais condamner k mort, je vous paie k souper, ce soir, k tous. » Le propos fut entendu de M. Brulat luimftme qui etait Tavocat defenseur.

Un general de brigade allemand roue de coups un soldat qui lui avait fait une reponse insufflaante au sujet du service. II le fait ensuite mettre en prison. (4)

(i) BgaliU, 27 aom 1890.

(2) Hamon. L. C, ann^e 1891, p. 173.

(3) Hamon. L. C, ann^e 1891, p. 650.

(4) Edmond Miller, capitaine en retraite. Auw princes eonf4d6r€8, d tout U peupU aUemcuid^ un cri de ditreeee des eoldats allemanda, er\fanU de VAUemagne,

Le lieutenant colonel Beck, du g^nie, descendit un jour de cheval pour cravacher k la figure unesentinelle qui ne lui avait pas pr^sent^ lesarmesd'une mani^re parfaite. (1)

A Strasbourg, r6giment 15 du train des Equipages, un lieutenant, apr^s avoir fait jeter unb homme sur une voiture k fumier, lui fit mettre un mors aux dents, et lui ordonna d'aboyer comrae un chien, — le soldat s'appelle Klippert, — il fut oblie:6 de marcher ^ quatre pattes, et on lirait k droite et k gauche au point de lui arracher la mdchoire. Le pauvre Klippert, renvoy6 chez ses parents, devint fou de terreur.

Dans le m^me regiment un chef d'escadroa frappait les hommes k coups de sabre, k coups de poings, accompagn^s d'in|ures les plus basses. |2)

A V6rone, le colonel Taruffi, dans le but de s'amuser, fait r6veiller, au milieu de la nuit, deux compagnies et leur fait nettoyer k grande eau les communs de la caserne puis manoeuvrer ensuite deux heures. (3)

Un sous-ofiicier en garnison k Dieuze (Allemagne), d6serte apr6s avoir soufflet6 un ofiicier qui I'avait frappE. (4)

A Copenhague, un 616ve de TEcole militaire»

Simonsen, se suicide pour 6chapper aux mauvais

C4) Miller. L. C.

(2) Miller. L. G. — Dans la brochure du capilaine Miller beaucoup d'autres fails analogues sont cit^s avec designation de rofficier et du regiment.

(3) XIX^ SUcU, 15 juillet 1891.

(4) Intranstgeantj 31 d^cembre 1891.

traitements de ses camarades plus riches et plus nobles. Ce n'est pas un cas isol6. (I).

On connait d*aiileurs les brimades des 6coIes militaires fraugaises de St-Cyr et de Polytech* nique.

Dans un rapport du due Georges de Saxe, on lit: « Les mauvais traitements dont on accable nos soldats sont un martyre raffind^ une preuve d'une brutality ct d*une sauvagerie qu'on ne croirait pouvoir exister chez des sous^officiers... On a pu constater que les mauvais traitements n'^taient plus m6me une punition, mais une habitude et que des recrues ont 6t6 dress6es k recevoir 50 coups de bdton par semaine. » (3)

Au Reichstag, le 15 et le 16 Kvrier 1892, M.

Hausmann signala des faits r^voltants ; il parla deux heures. A Uim, le capitaine de dragons Lamenstein faisait, k Taide de joncs, frapperdevant lui les recrues par les anciens. M. de Caprivi, g^n^ral et chancelier d'AUemagne, dans sa r6poDse, d^clara que maintenant on 6tait d'une 8ensibilit6 exag^r^e, que jadis on maltraitait l^s soldats d*une fagon dont on n'a plus id^e aujourd'hui. (3)

Dans un document confidentiel (13 d^cembre 1891), du g^n^ral SafTerling, ministre de la guerre bavarois, public par le Vorwaerts^ 11 est 8ignaI6 un nombre considerable de violences, de bruta-

(1) Matiny 3 Janvier 1892.

(2) AutoriUy 5 t^vrier 1892.

(3) Matin, 17 l^vrier 1892.

lit^s commlses par des officiers et des sous-ofB.ciers. II en esiT<teuU6 que des hommes sont rest£s estropi^s.

Au Reichstag, entre atitres cas, M. Metzger signala ceuz-ci : A bord du n«;^?ire le Mars, le 11 septembre 1891, dans le port deWflhemliaven, les officiers firent suspendre un homme au-desstss des flots ; la suspension avec une simple corde dura deux heures. L'homme eut une syncope par suite du trouble circulatoire. A bord de VOldenbourg, dans le m6me port, un machiniste et deux chauffeurs ont 6t6 frapp^s avec un c^ble, et avec une violence telle que des lambeaux de chair se d^tachaient de leur corps, et Tun d'eux suppliait qu'on le tu&t pour Temp^cher de souffrir davantage. Chacun des supplici^s ^tait forc6, avant que son tour vint, d'assister au martyre de ses camarades. (1)

Au parlement hongrois, M. Thaly questionne le gouvernement au sujet des mauvais traitementis inflig^s k un soldat des honved par un officier de Tatm^e active. Le secr6taire d'Etat d^clara que Tofficier avait ^t^ puni de dix jours d*arr^ts. (2j

Le conseil de guerre de Wurzbourg condamna k huit jours d'arrSts le lieutenant Goetz, regiment des chevau-l^gers k Sarrebruck, pour avoir administr^ des coups de fouet k un volontaire d'un

an. (3)

(1) Jour, 5 mars 1892.

(2) XIX* SUcU, 6 mai 1892.

(3) Jntranaigeanty 28 mai 1892.

Le m6me conseil condHmna k quatre mois de forteresse le lieuteDant Vogel du 8* regiment de Metz convaincu de plus de trente cas de mauvais traitements, ce qui faisait dire & la Germania : « la repression des abus des grades par les tribunaux n*est pas proportionn^e k la gravite de ces abus. » (I)

A Spire, le 25 mai, un lieutenant arr6te dans une rue un sous-*ofiicier qui ne Tavait pas salue d'une maniere absolumeot conforme au r^glement. Le sous-ofiicier s^excuse, mais le lieutenant le frappe au visage et lui arrache sa casquette qu*iljettepar terre. Le sous-officier, un r^serviste, est un ingenieur. (2)

A Colmar, un sergent, regiment d'infanterie 65, blesse grievement un soldat qui reste sourd et idiot par suite des coups de crosse 4 la tete. Le sous-ofiicier passe devant la justice militaire qui se contente de lui infligerhuit jours de prison et de le casser de son grade. (3)

A Berlin, le vaguemestre Kulewatz, du 3* escadron du regiment des gardes du corps, m^content d'un soldat, lui arrache les cheveux, lui ensanglantant toute la tete. Le couseil de guerre lui inflige sept jours d'arr^ts. (4)

A Kottbus, le soldat Schwengber se suicide et, en une dolente lettre k sa m^re, ecrit que c*est

(0 XIX* SUcle, 19 mat, et Jntransigeant, 28 mai 1892.

(2) Intranaigeant, 28 mai 1892.

(3) Intransigeant, 7 juin 1892.

(4) XIX* SUcle, 18 juin 1892.

pour ^chapper aux mauvais traitements dea siip^rieurs. (1)

Le sous-officier Wolff, du 2* hussards, en Allemagne, d^serte k la suite de mauvais traitemeuts qu'uQ ollicier lui a fait subir. (2)

A P6tersbourg, le g6n6ral en chef SvistonnolT injurie le g6n6ral de division de Riesenkampf, et cela devaut tons les g^n^raux sous ses ordres. Ce dernier, surexcit6. porta la main k son rtvolver. SvistonnofF lui saisit le bras brusquement tandis que Riesenkampf lui appliquait deux vigoureux soufflets. Au secours ! cria le commandant en chef et des domestiques se jet6rent sur le g6n6ral de Riesenkampf et le renvers6rent et Tattach^rent. Alors le g6n6ral SvislonnoiT lui laboura la figure k coups debottesetd'^perons. II y eut enqu6te. Riesenkampf fut reconnu innocent, mais remis simple soldat pour satis faire k la discipline. SvistonnolT fut cass6 de son grade, priv6 de ses d6corations et titres et renvoy6 de rarm6e. (3)

En Russie, les peines corporelles sont abolies par la loi. Dans le comple rendu du proems Skariatine, on constate que les cas de maladies resultant de coups regus sont frequents dans le 9* regiment de uhlans, maintenant le 26'' dragons de Bougue. Nous en extrayons quelques cas typiques :

(1) Figaro, 3 aout 1892.

(2) Figaro, 16 novembre 1892.

(3) Matin, 19 novembre 1892.

Le chef de musique assomme le irompelle Temvrioukov, parce que ses progr^s sont lenls. Les blessures soul an visage; rhomme va k rh6pital ; et, pour cela^ le colonel le punit d'uue garde de 10 jours. (1)

Un autre, Jarko, est frapp6 par le mfime oflicier si rudement sur Toreille que le sang jaillit de Toreille oppos6e. Un mois d h6pilal. (2)

Unjeuuesoldat, Costinsky, est meurtride coups dans le « museau ». II ^chappa diflicilement k uue inflammation c^r^brale ; longtemps apr^s il souffrait d'une atorrh6e. R6form6. (2)

Le soldat Lioubezko regoit des coups au « museau » et i I'oreille; il reste sourd d*une oreille. (2)

L'oflacier Goriaysky bat le soldat Korneienko jusqu'4 ce que le sang jaillisse de la bouclie. Alors Tofficier le forga k courir avec son fusil, el le malheureux, avalant son sang, courut pendant deux heures, puis tomba. Apr6s avoir 6chapp6 4 la mort, il fut r6form6. (2)

Le soldat Krakh ne sait pas gu^rir un cheval ; alors, depose Tofficier Jikharev, le colonel le baltit pendant cinq jours, a plusieurs reprises : il allait se reposer dans sa tente et revenait le battre k nouveau. (2)

Le colonel menace Taide-chirurgien Svertchersky de lui donner 500 coups de baton. (3)

(1) L. Tikhomirov. L. C, p- 390.

(2) L. Tikhomirov. L. C, p. 391.

(3) L. Tikhomirov. L. C, p. 392.

La foule enl^ve un soldat des mains du cornette Arakine qui le battait cruellement. (!)

Le major FilixxiOQOv donnait des coups de erayache aux recrues peiDdant les exercices. (I)

Le chef du r^gimenl declare tout haut « qu'on ne peut pas ne pas battre uu soldat russe ; il faut batlre le soldat, 11 faut le d^truire. » (1)

Le g^D^ral Trajelnikov dtelara devant les troupes assemblies que « les peiues disciplinaires ne sont bonnes que pour les sots, mais que pour un bon soldat, il faut le poing. » (1)

A AschefTenbourg, les autorit^s militaires r^clament, par une lettre coniidentiellet des sabres pour duels, 4 Tusage des regiments* l^ duel est interdit par la loi en AUemagne. (2)

A Montpellier, le 14 d^cembre 1891, le conseil de guerre acquitte le sous-officier Gillot qui avait oblige le cavalier Armanet, les mains li^es, k monter un cheval nu et k sauter ainsi la barre fixe. M. Armanet tomba et se cassa le bras. (3)

A Lyon, le cavalier Worms est k Texercice frapp6 d*un coup de sabre au bras par le brigadier Bastide. La blessure est grave; un journal, V Action^ divulgue le fait ; une enqu^te est ordonn6e et le conseil de guerre decide qu'il n'y a pas lieu de mettre le brigadier en jugement. 11

(i) L. Tikbomirov. L. C, p. 392.

(2) Goiette de Voss; Matin, 6 d^cembre 1892.

(3) Hamoo. L. G„ ann^ 1891, p. 649. M. Giiiot 6talt neveu de deux capilaines. Biess^ dans un duel, il avait fait voeu, en cas de gu^rison, d*offrir un sabre k la Yiergei ce qu'ii fit.

eat seulement trenie jours de prison par mesure disciplinaire. (1)

Un autre soos-officier de cayaleriei & Lyon« imite M. GiUot ; V Action d^aoace le fait et les g^n^raux Berge, de Tissoaai^re ei Dulac s^visseut contre... le journal. lis font en efTet saToir que « tout soldat qui sera trouv^possesseurd'un num^ro de V Action sera puni de trente jours de prison, i (2)

G'est & cette occasion que douze & quinze ofiiciers se rendirent chez les civils, marchands d^^ journaux du quartier oji se trouve la caserne de la Part-DieU| pour leur intimer Tordre de ne pas ▼endre V Action aux soldats. (3)

A Misckolcz (Autriche-Hoogrie), le lieutenant Rott (29* bataillon de chasseursji malm^ne un soldatf ^tudiant en m^decine, le condamne & 6tre ligott6 et k avoir les bras attaches derri^re le dos pendant toute une journ^e. Cette punition est r6glementaire. (4)

Aux Etats-Unis, le colonel Streeter, ayec Tapprobation du g^n^ral Snowden, fait pendre par les pouceSf pendant une demi*heure, le soldat Jams coupable d'avoir approuv6 Tattentat commis par les ouvriers centre le directeur des usines Garneggie. (5)

(1) AoHont 31 Janvier, !•' f<6vrier, Introfiaigeant, 17 1^ Trier 1892.

(2} Action, 13 f^vrier 1892.

(3) Action, 17 f^vrier 1892.

(4) XIX^ SUcte. 3 JuiUet 1892.

(5) Intranaigeant, 30 juillet 1892.

En Italic, ud coloDel fait arracher les poils de la moustache k un soldat. (1)

M. Bezy, conseiller g6n6ral, directeur du Petit Fana/, k Oran, contait en novembre 1890 les faits suivants :

Le m6decin-major Gazalas refuse de reconnaltre rualade un jeune homme qui faisait son volontariat. Ce malheureux, atteint d*un commencement d'ataxie locomotrice, dut quitter la mancBuvre; son capitaine le conduisit k la visile. M. Gazalas le garde k rinfirmerie et, sans Texaminer, sans s'occuper des symptomes de Taffection, le soumet a Taction d'un courant 61ectrique violent jusqu'a ce que le pauvre diable demande gr^ce ; celte stance d'6lectricit6 fut plusieurs fois recdmmenc6e. M. Gazalas, qui avail mis le malade h, la di^te, d'ou un afTaiblissemenl considerable, ordonna un jour audit soldat de trainer des brouottes remplies de lerre. Gomme celui-ci ne le pouvait, il lui donna un coup de pied dans les reins. L'artilleur, gr^ce k son capitaine, put sortir de Tinfirmerie et se fit soigner en ville, deux mois apr^s 11 6tait retabli. Le courant ^lectrique est employ 6 par le m6decin Gazalas comme punition. A un zouave qui avail urin6 au lit, k un autre qui a ne voulait pas se gu^rir, D etc., il infligea des stances d'un quart d'heure. Un jour, un zouave atteint d'ophtalmie se pr^sente k la visile. M. Gazalas ne lereconnail pas malade el comme le soldat observe : « Mais

(1) Secolo de Milan, il aoul 1893.

j'ai an oeil presque perdu I i il lui riposte : « Quand tu les auras perdus tous les deux, je t'ach^lerai un petit chien pour te conduire. » Le zouave a perdu un ceil et a 6t6 r^form^ sans pension, etc.

Le 8 mars k Langres, le 13 avril 1891 k Paris, des fantassius meurent faute de soins, les m^decins-majors n'avaient pas voulu les reconnaitre malades. (1)

Pendant les manoeuvres de 1891, un m^decinmajor frappait k coups de canne les soldats tombant d*insolatioQ. (2)

Avec des faits analogues, on remplirait des volumes si on interrogeait tous ceux qui ont pass6 sous les drapeauz. II n'en est pas un, on pent Taffirmer sans crainte d*un dementi, qui n'ait pas, au cours de son service, ou 6t6 victime d'agissements semblables ou vu commettre de tels actes quelque soit le pays ou il vive.

Ces faits-types sont criminels car ils sont bien uno atteinte k la liberty individuelle. lis sont r^prouvables, car, outre leur nuisance k rindividu, ils sont absolument inutiles k la collectivity. Comme ombre de justification, on ne

pent presenter la discipline, car les agissements de tous ces professionnels, bien loin de la

(i) Hamon. L. C, ann^e 1891, p. 173.

v2) Hamon. L. C, ann^e 1891, p. 539.

maintenir, engendrent des r^voltes plus oa moins apparentes contre une organisation sociale qui autorise la perpetration de tels crimes.

L'antimilitarisme, qui se r^v^le en croissance permanente chez tons les peuples, qui se manifeste par un accroissement des d6lits militaires (desertion, insubordination, etc.]* par des chroniques dans les journaux, par des romans^ peinture exacte des milieux soldatesques, etc., est une preuve irrefragable de la reaction g^n^-^ rale qui se produit contre le milieu g6niteur de ces agissements criminels.

Si, pour expliquer ces actes, T^l^ment utility manque, par quels elements psychiques peut-oa determiner leur gen6se ?

II est un fait d'observation, c'est que tout 6tre detenteur d'une autorite, partielle ou non, se trouve entrain^ irr^sistiblement vers Tabus. En g6n6ral, Thomme, investi d'un pouvoir sur les autres hommes, m^connait la limite qui s^pare Tabus de Tus. Cette m^connaissance, qui conduit les detenteurs de Tautorite k Tarbitraire et par suite k une criminality considerable, encore qu'elle soit invisible pour la masse et niee par elle, ne surprend point lepenseur ; il sait, en efFet, qu'ilest quasi impossible de tracer les limites qui s^parent Tus de Tabus. Cela depend de tant de circons-

Unces qu*OD ne peut k cet 6gard 6tablir de regies g6ii6rales ; il n'y a que des cas particuliers que chacun doit r^soudre avec son intelligence et s& raison.

Dans Torganisation sociale actuelle, tout d6tenteur de Tautorit^ en est rev^tu pour ainsi dire d*une fagon permanente ; il en jouit vis-i-vis de toutes choses et de tout homme sans aucun frein autre que celui qu*il trouve en lui, car celui des lois, qui ^tablissent T^galit^ des homiiies et le respect dtt k leur liberty, est annihil^ par la solidarity qui lie entre eux les dStenteurs d*une autoril6 quelconque. De cela r^sulte que rhomme investi d*un pouvoir d^passe toujoura Tus pour atteindre Tabus. Aussi quelques philosophes, profond^ment logiques, ont-ils d^duit justement, de ce fait g6n6ral, la n6cessit6 de supprimer tout pouvoir, toute autorit^, permanemment detenu par certains, ne laissant subsister que celui accord^ par la collectivity pour des circonstances donn^es et cessant avec ces cir^ Constances.

Cet abus du pouvoir, naturel k Thomme^ s'ezasp^re avec le temps d^exercice de ce pouvoir. Lie frein que, gr4ce k son sentiment de justice et k sa sensibility, il pouvait avoir en lui, s*6mouss6 avec rhabitude d'etre au-dessus des autres. Sous.

rinfluence de Tassu^tude se dSveloppe, en son enc^phale, la conceptioa de sa superiority sur le reate des humains soumis h son autorit^; en m6me temps agit rim^talivit^ qui le pousse k suivre Texemple donn6 par les autres d6tenteurs de Tautorite.

La Don-r^volte de la g6n6ralit6 des victimes de ces abus, explicable par les empreintes des mill^naires temps d'esclavage, fait croire k la ustice, au bien de ces abus dont les auteurs se trouTent ainsi conduits k pers6v6rer dans leur mani6re d'etre. La r6volte de quelques-unes de ces victimes n'est suggestive que pour quelques d^tenteurs de Fautorit^ ; alors, suivant le degr6 d'atrophie od leur sentiment de justice et leur seQsibilil6 ont 6t6 amends par Texercice du pouvoir, ils ^crasent, punissent ces r^volt^s afia d'emp^cher d'autres r6voltes oubien ils se jettent eux-mftmes dans le camp des r4volt6s. Ceux-ci sont rinfime minorit6» les plus 6lev6s en intellectuality et en morality.

Toute id^e d'autorit^ est accompagn^e de Tid^e de possession, mftme quand il s'agit des personnes. Ainsi le p^re dit : « mes enfanls » ; le patron : a mes ouvriers » ; le fonctionnaire : « mes administr^s ^ ; le bourgeois : « mes domestiques » ; Tinstituteur : « mes Aleves » ; Tofficier : a mes hommes »•

La possession des choses implique Pus sans limite de ces choses; le possesseur pent les briser, les d6truire, cela lui appartient, il en est le maitre. Telle est la conception actueUe, tel est le droit contemporain, k peine modifl^ du droit guiritaire romain. L*id6e de possession pour les £tres animus devait conduire logiguement au m^me r^sultat et i] en a 6t6 ainsi car Tesclave 6 tail la chose du maitre. II en est ainsi encore de nos jours car Tobservateur constate que pour grand nombre de parents Tenfant est leur chose. Us s'^tonnent si on veut les empftcher de le battre ; il leur appartient, il est leur chose et ils sont ses maltres.

La grande masse des nations, jouissant de la civilisation aryenne, est encore imbue de la mftme id^e en ce qui concerne les animaux et il est difficilement congu par elle que la collectivity doit r^prouver les s6vices exerc^s sur des animaux par leurs possesseurs. Ils sont la chose de ce possesseur, il pent done en faire ce qui lui plait.

Cette conception existe m6me dans les rapports de la femme et du mari; elle subsiste encore vivace parce que nombre de femmes Tadmettent, ne se r^voltent pas. Pour les ouvriers, cette identification de Tautorit^ et de la possession s'est

b^u0oup aU6nu6e parce gueles ouvriers, p6ai6tr6s de leur dignity d'honunes, se sont r6voli6s et ont Q]3Ug6 la collectivity k intervenir par dee lois ppur r^glemenler Texercice de Fautorit^ patro- Q^le, lois. souvent viol^es d'ailleurs.

Cette surviyance d'une 6poque, oil Tautorit^ i^ipliquait possession et possession impliquait usage sans limite, expliqiie les abus si nombreux qa'un sociologue constate dans Texercice de tout ppuvoir : familial, patronaU gouvernemental, militaire.

Chez les professionnels militaires, Tidentification des conceptions « pouvoir et possession » subsiste emigre. Le soldat, Thomme, est pour eux une chose qu'ils font manoBuvrer, vis-^-vis de laquelle ils agissent k leur guise. Les lois, iqsuffisantes d*ailleurs, institutes pour limiter leur pouvoir dans le but de faire respecter la liberty et la dignity humaines, sont lettres-mortea. EUes ont 6t6 annihil^es, d^truites en fait, par la splidarit^ qui unit cea professionnels. Dans les faits-types, par nous cit^s, on en trouvera des pre^ves. Suivapt le code militaire fran^ais, le cpmmandant B^zaine, le sous-lieutenant B... de la R..., etc., auraient iH passer devant un conseil () A, guerre et il n'en a pas 6t6 ainsi. Cela eftt 6t6, q^e, le Code n'eftt pas 6t6 applique, car les profesr

sionnels-juges les eussent acquitt^s tout coxnme ils oat acquitt^ les sous-officiers coupables de mdme crime, tout comme en AUemagoe ils ont <K>Ddainii6 k des peines dirisoires.

Nous sommes done amends k conclure de oe qui pr6c^de que les fails criminels, ci-dessus cit^s et leurs analogues, ont pour origiae la tendance g^n^rale des hommes & abuser du pouvoir dont ils sont investis. La forme de ces abus est entacb6e de brutality parce que la violence est la caract^ristique du metier des armes. Tous les ezemples-types montrent cette brutality; dans cet ordre d id^es, les derniers exemples relatifs k des m^decins sont des plus lumineuz. Les praticiens de Tart medical sont, par leur fonction m6me» pouss^s k 6tre des individus pitoyables, affect^s de sensibility, d'altruisme. Leur but est de gu6rir, par suite de soigner lea malades dont ils ont la charge. Eh bien ! pour la majority des iD^decins militaires, la profession des armes a tellement retenti eur leur mentality qu*ils sont aussi peu m^decins que possible et aussi militaires que possible. Les exemples cit6s, — - et combien d'autres on pourrait apporter k Tappui de cette th^se ! — sont 1& comme preuves.

En r6sum6, la gen^se de ces crimes, commis sur des hommes de mdme profession mais subor*

donnas, est due k ces causes : Survivance de rid6e de pouvoir ideulifl6e avec rid6e de possession comprenant Tid^e d*usage sans limite, sans frein ; exasperation du concept autorit^ par suite de Tassu^tude du commandement et de Tob^issance servile des commandos ; solidarity professionnelle ; imitation, d*ou Emulation ; caract^re de violence inherent k Texercice de la profession militaire.

L*6numeration des causes determinatives de ces actes criminels prouve Timpossibilite logigue de consid^rer leurs auteurs comme responsables moralement. Les actes doivent etre fletris et leurs auteurs plaints comme pr^sentant une morality peu eiev^e, mais rationnellement on ne pent les estimer responsables, car leurs actes criminels ne sont que la r^sultante de ces composantes : 1^ Mentality des perp^trants (elle m^me r^sultante de la disposition organigue de Tence*

phale d6termin6e par heredity, par ambiance climaterique , tellurique , intellectuelle , morale pendant toute la p^riode de Teievage et de I'^ducation); 2^ Ambiant climaterique, tellurique au moment de Tacte ; 3^ Ambiant professionnel et social.

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