CHAPITRE XII
COHCLXTSIOKS
Le but de la prafession mililaire est la guerce. Toute guerre implique ûécesaairemeiit la vio»* lence se manifestant par des, meurtres, des viols» des pillages, des incendies*
Les individus qui choisisseat ce métier le foAi poussé par intérêt personnel ; Tidée de dèvouis-* ment à la patrie, à la collectivité n'est pour rien daDa cette élection. L'appétence pour une exis^ iesàCQ débarrassée des soucis de la lutte pour la vie» avec une solde régulièrement payée^ exia* teace analogue i celle du. fonctionnaire staftal, maie seyant cet avantage de donner de la eonoLdération, à ceux qui entrent dans la profession^;
le désir d'être vêtu d'un uniforme qui établit une distinction d'avec le commun des mortels et ouvre les salons mondains : la vanité de commander à d'autres individus qui devront obéir sans murmurer ou subir des peines énormes; une affinité naturelle pour ce métier dont la fin est toute sanguinaire ; une insuffisante énergie et une incapacité, consciente ou non, pour se tailler dans le monde une place, aussi importante que celle ambitionnée, par des travaux littéraires, artistiques, scientifiques: un dégoût pour les affaires, le commerce, la finance ou une impossibilité de s'y jeter par manque de capitaux, sont les motifs avoués ou inavoués qui conduisent l'individu à entrer volontairement dans la profession militaire.
Ces individus sant dés prédisposés à la violence par leur organisation psychique, résultante de leur organisme physiologique, de leur ambiance physique, éducationnelle, sociale. Par leur éducation professionnelle, l'accoutumance de leur profession et l'imitativité naturelle à l'animal, ils sont progressivement amenés à une anestbésie morale qui se complique souvent d'une analgésie physique. De là résulte un mépris pour la vie humaine et la douleur, tant physique que imor^. Cet état mental du profes*
4s^nnel militaire décèle sa moralité, caractéri- 4g(aiit sa criminalité occulte par de la violence. On jetrouve ce caractère « Violence » tout le temps, «ous une forme plus ou moina atténuée, plus ou aoioins exaspérée.
^ L'éducation professionnelle provoque chez les individus le développement de l'esprit professionnel, survivance de l'esprit de clan, qui s'exagère par le fait du port de.runiforme et de l'épée, «ignés distinctifs accompagnant l'individu dans loutes les phases de sa vie, véritable tanique de Nessus. De cet esprit professionnel, qui s'exasfère par la survivance mentale de la préémi* nence autrefois occupée par cette professioo^dans la société, sont résultées une infatuation profonde, une conviction enfantine d'une supérioxité sur tous les autres humains.
Cette infatuation détonne dans la société actuelle, car. la profession militaire y subsiste comme un témoignage d'une forme ancestrale •d'utilité devenue absolument inutile. Elle est un pur organe parasitaire, en voie de disparition. Oonune les organes vestigiaires de l'homme sont la preuve anatomique de sa descendance animale, de même l'organe vestigiaire a profession militaire » est la preuve de la descendance sauvage ^pour nos sociétés civilisées.
Celte mtatuatioQi jointe à Tezereice d*iin po&«* voir pour aiosi dire sans frein, grâce à la solidarité, développe chez tous les professioDoels cette véritable a£Eeetion mentale que Laeassagne a appelé Césarite ; c'est elle qui, oomiïioée avee la caractéristique t vialence, engendre les formes de criminalité occulte afiéiéntes aux atten^ tats souvent sauvages, sur Le subordoooé, sur 1« pékin.
Chez tous les individus* 'membres d'une pco^ fession et se distinguant du vulgaice par doi insignes temporaires (Magistrats) ou permanents (Militaires), la solidarité, sentiment général existant même chez ranimai (i) se restreint aux seuls collègues ou même à une section de la profession, s'il est des différences dana sosi sein. Elle ne s*étend point comme chez les antres hommes à une fraction plus nombreuse de la collectivité ou même à son ensemble, on miems encore à l'humanité entière.
Chez, le professionnel militaire la solidarité est absolument localisée dans son cUm. A ce sentiment mesquin en fait, quoique dérivé d'w sentiment grande viennent s'ajouter les attires
(1) Yoîr pour la solidarité chez lès animaux, les fielle* études de P. Kropolkiae dans \SLSe€iêt&MauùeUe.
pkténoméneB de la xnentaliié ndlitaiTe: ânes* théflie morale, idée de supériorité, idée de poe^ session des êtres &ur lesquels le pouvoir s'exerce. Eofift s'y adjoiat rinfluenee délétère de Tobéissance passive qui, chez l'officieir subalterne, détruit le peu d'individualité qu'il pouvait posséder, le brise et l'automatise, car il voit, sent, pense et agit avec l'autorisation d^ son supérieur. Il n'a plus son moi, il n'est que le reflet de son supérieur. « Qui a obéi, écrit Renan, est un capitis minor souillé dans le germe même de la vie noble. » Cette obéissance passive rend l'individu servile vis-à-vis de ses supérieurs et, par une réaction naturelle, arrogant vis-à-vis àa ses subordonnés. Toutes ces excuses provo- <|aeDt des actes analogues aux faits-types par nous cités.
Lia fin toute sanguinaire de la profession, les nroyens en usage dans icelle, la prédisposition des individus pom* une parfaite adaptation à cette profession, les agissements de ces individus dont les exemples cités au cours de cet essai ne sont que des types, tout cela prouve une moridîté fruste, analogue en beaucoup de points à c^le des sauvages. Cette moralité fruste ne {présente que bien atténué le sentiment de jns- Uoe si inhérent à la nature humaine; cette im-
moralité, pas oiéme affinée comme celle des individus civils de même couche sociale,' a le mérite d*étre nette, non celée le plus souvent par une hypocrisie qui rend si difficile pour le sociologue l'étude psychologique des professions.
Suivant la moralité militaire, le manquement à la moralité commune est d'une intensité blâmable ou pénale moindre que le manquement à la discipline militaire ; le renom du corps l'emporte sur toute autre considération et motive toutes les infamies ; le ppofessionnel militaire a tous les droits sur les inférieurs et a fortiori sur les Pé\ins.
Une telle moralité justifie ce qu'écrivait A. Corre : c Assez de ces billevesées qui nous j> présentent le militarisme comme le nec plus » u{^ra des beautés terrestres, les pépinières » des grands cœurs, l'école où Ton acquiert le » mépris de la mOrt et l'esprit de sacrifice. Le » militarisme est une école de démoralisation et » de misère. Je ne vois pas quel avantage » l'honmie trouve à préférer la mort à Texistence » libre, non réduite par les privations, utile ; » quant à l'esprit de sacrifice, il ne manque pas » d'occasions dans la vie commune où le civil » sait en donner des preuves avec un héroïsme
»^moins tapageur et surtout plus désintéressé •jjue le soldat par vocation(l) ». , C'ebt donc avec raison que N. Colajs^nni terminait, dans sa Sociotogia criminale^ le chapitre de la guerre et du militarisme par ces lignes :
c En résumé, la guerre et le militarisme en^ ^ » gendrent le dégoût du travail utile ; favorisent . » la tendance à la paresse ; créent de nouveaux^ » besoins chez les soldat sans les moyens adéquats ».pour les satisfaire ; réveillent tous les primitifs . » instincls féroces et égoïstes ; changent le respect ' » du droit en un respect exalté de la force bru- ^ » taie ; conduisent au servilisme et à la prépo-* ^ » tence ; mènent par les voies directes et indi- . » rectes à la misère, au suicide, à Taliénation ^ » mentale, au délit. Tels sont les tristes résultats » de ces sinistres institutions selon les preuves^ » historiques et statistiques. »
En somme, comme Ta fort justement dit ce criminologue, comme le prouvent tous les faits- v types relatés en cet ouvrage, lb MiLiTAmsM&.