CHAPITRE XI
CRIMINALITÉ LÊ&ÂLE ET IMMORALITÉ
J'emploie le terme de « criminalité légale »
pour exprimer les actes qualifiés « crimes » par les lois et réprimés par elles.
Des statistiques françaises, A. Corre a déduit : « Il y a amélioration réelle dans la moralité qu'on pourrait appeler banale — démontrée par l'amoindrissement rapide des crimes-délits communs et de leurs analogues dans le milieu spécial; phénomène qui, mis en regard de l'accroissement de la criminalité générale, est bien propre à établir l'heureuse influence de la discipline autoritaire sur l'im^Isivité dirigée vers
Tattentat de cause vulgaire » (1). Et en note, ce criminaliste constate que la proportion des cri* ines-délits communs augmente beaucoup chez les militaires en congé ou absents par rapport à ceux présents au corps.
« Il semblerait, dit-il, que rendu tout à coup à la vie banale, le soldat *se dédommage de la contrainte du régiment par des abandons plu»
faciles à la faute. » Il s'agit là des professionnels-militaires comme des soldats par obligation, les statistiques ne distinguent point et Corre ne pouvait, par suite, distinguer.
Les classes sociales d'où sont issus tous ces militaires àont différentes et représentent toutes celles de la Nation ; la comparaison avec la criminalité générale française parait donc fort juste. Nous disons c parait » parce que la statistique de la criminalité militaire est entachée d'erreur* Ei^ effet, un très grand nombre de manquements (vols, etc.) ne donnent lieu à aucune action de 1» justice militaire s'ils concernent des gradés (sous^ officiers bien apparentés et officiers). Ces erim^ nek sont punis disciplinairement ou simplement priés de donner leur démission, s'ils sont offi-*
(1) Corre. Aperçu de criminalité militaire en Franctt p. 12.
ciers, ou même laissés absolument indemnes*.
Ainsi eut lieu dans les affaires du capitaine Bouis^ du général Reste, de Ghâlons, de Gho-Bo, de la mélinite, etc., etc. Combien de sous-officier» t mangent la grenouille » et en sont quittes pour rendre leurs galons parce que la famille solde le déficit de la caisse !
De ce chef donc la comparaison avec la cri* minalité générale française semble mauvaise et conduit à un résultat erroné. De plus, A. Corre se trompe en croyant à l'heureuse influence de la discipline. La raison indique, en effet, qu'une discipline qui tolère les actes dont nous avons cité des spécimens ne peut, en vérité, moraliser ceux qui en sont spectateurs ou victimes. Il est possible cependant que la discipline ait une in* fluence inhibitoire sur certains tempéraments portés à l'acte banalement criminel et accessible» à la crainte. Toutefois, ne moralisant point le» individus, elle ne peut que détourner les impulsivités vers de nouvelles formes criminelles dé* terminées par la tendance générale du milieut c'est-à-dire qu'elle transforme, sous l'influence de l'imitativité, les tendances criminelles banale» vers la forme spéciale au milieu : la violence.
Cette violence ne donne le plus souvent lieu qu'à une punition disciplinaire, qui ne figure
point dans les statistiques, tandis que chez le civil elle provoque une action en correctionnellei «t alors elle figure sur les statistiques judiciaires. Il faut aussi remarquer que dans le milieu militaire, la criminalité, ayant pour origine, la misère, se trouve pour une bonne partie supprimée. En effet, Thomme a un gîte, une véture, une nourriture généralement suffisante. Maintenant que tous sont soldats, ceux qui ne reçoivent rien de leur famille trop pauvre, ceux qui sont sans argent, en un mot, trouvent quelques ressources pécuniaires, en rendant des services aux soldats plus privilégiés de la fortune.
La discipline n'a point l'influence que lui attrihiie Corre ; la proportion de crimes-délits communs moindre dans l'armée que dans le civil est due à la suppression partielle de la délinquance ayant pour étiologie la misère, à la dérivation des impulsivités — par action du milieu — vers la violence qui donne lieu à une punition disciplinaire et non à une pénalité judiciaire, à une répression par esprit de corps.
Pour étudier la criminalité banale des professionnels militaires, c'est-à-dire des officiers, il faudrait une statistique séparant les délits com<muns suivant le grade de leurs auteurs ; ensuite comparer cette statistique avec d'autres analo-
gaes dressées pour les professions exercées par des individus issus de même classe sociale.
A notre connaissance^ ce travail n*a pas été fait; il serait à désirer qu'il se fit, car il serait certainement très suggestif. Mais est-il possible de le faire loyalement, étant donné les causes qui font soustraire à la justice les officiers coupables de manquements banaux ?
Au cours des deux années 1891 et 1892, nous avons relevé dans les feuilles publiques des cas relativement assez nombreux de manquements à la loi. En voici quelques-uns :
Le conseil de guerre de Grenoble condamne, le 2 avril 1891, à trois ans de prison pour vol, un sous-lieutenant.
Le capitaine Humricht (29* régiment d'infanterie à Trêve) est arrêté pour vols commis au détriment de joailliers de Hambourg, Berlin et Breslau ; il fait des révélations bien compromettantes pour plusieurs de ses camarades (1).
 Rennes, un capitaine trésorier se brûle la cervelle ; il y a un déficit dans sa caisse (2),
Arrestation, le 9 novembre, à Besançon, du capitaine payeur du 4* régiment d'artillerie montée d'Héricourt, pour détournements de fonds. D'après l'enquête, ce capitaine fréquentait, à
(1) Eclair, 27 juiUet 1891.
(2) A. Hdmon. L. C, année 1891, p. 471.
Belfort et à Héricourt, les filles galantes de haute marque (?) et les chanteuses des cafés concerts; les journaux locaux disaient qu'il avait volé pour satisfaire aux dépenses exagérées imposées par les goûts de luxe de sa femme (1).
Le sous-lieutenant Gillet se suicide pour échapper aux dettes contractées pour une chacteuse de café-concert (2).
Le lieutenant Babolat, trésorier-payeur, est arrêté et condamné pour détournements de fonds, 2,000 francs, disent les uns; 15,000 francs, disent les autres (3).
Le lieutenant-colonel F. de Levetzow de l'armée autrichienne est condamné pour escroquerie (4).
Le lieutenant allemand 0. E. Krapf est poursuivi pour faux et escroqueries (5).
A Oberwiler, un premier lieutenant en disponibilité s'adonne à la boisson, a pour maîtresse une de ses anciennes servantes. Comme sa femme voulait divorcer, un matin en rentrant chez lui ivre, il la tue à coups de tisonniers (6).
Dans les hôpitaux militaires, les soldats russes étaient, pillés comme chez les bandits. On volait ouvertement sans se cacher. (7)
(1) k. Hamon. L. C, année 1891, p. 651.
(2) Petit Journal, 8 février 1892.
(3) Action, de Lyon, 12 février 1892.
(4) XIX^ Siècle, 17 février 1892.
(5) Intransigeant, 22 mars 1892.
(6) XJX* Siècle, 15 juin 1892.
(7) TUchomlrov. L. G.» p. 386.
A en juger par ces faits, il semble que cette criminalité banale (vols, etc.) est égale sinon supérieure à celle des individus de même classe sociale : hommes de science, de lettres, artistes, médecins, magistrats, professeurs, ingénieurs. Cette constatation est conforme à la logique, car, de même que la guerre abolit, chez ceux qui en font métier, la notion de la valeur de la vie humaine et la sensibilité physique et morale, de même elle atrophie la notion du droit de propriété d*autrui, puisque le pillage en est la négation. Cette notion disparue ou affaiblie conduit naturellement les hommes à transgresser ce droit de propriété. Il n'en est pas de même pour les hommes de science, de lettres, médecins, etc., chez lesquels la profession ne provoque point Télimination plus ou moins complète de la notion du droit de propriété.
L'^armée est un organisme social, qui, nécessairement comme tous les autres organismes sociaux, a ses déchets légaux. Sa moralité générale ne peut différer sensiblement (Je la moralité générale de la société, car il n'est aucune raison pour établir cette différenciation chez les soldats par obligation. En effet, Tarmée est formée d'hommes qui la veille étaient civils, qui le seront demain ; la mentalité de ces individus ne
peut être modifiée par la vie^ militaire si profondément que leur moralité prémilitaire diffère sensiblement de leur moralité postmilitaire. Si cette différenciation a lieu, c'est plutôt en un sens négatif, car, on a pu en juger par les exemples cités, Téducation reçue, à le caserne en temps de paix, dans les camps et les batailles en temps de guerre, n'est rien moins que moralisatrice. Aussi la moralité chez le professionnel, homme sur qui le milieu a pu avoir une influence notable, est moindre que chez les individus civils de même classe sociale.
Je sais qu'on dit communément : l'armée est l'école de l'honneur, mais c'est là une légende acceptée seulement par les esprits superficiels, par ceux qui prétendent que le fait de revêtir l'uniforme moralise l'individu, par ceux qui mettent l'armée sur un piédestal et la veulent intangible. Cette croyance est si générale, on vit tant au milieu d'elle, la suçant pour ainsi dire pendant toute la période scolaire, la revoyant sans cesse exprimée dans les feuilles que, inconsciemment, on s'en imprègne : on a la foi en l'armée, symbole de l'honneur.
Il importe à l'homme de science de se dégager de toute foi, de chercher la vérité quelle qu'elle aoit, dût-elle choquer l'opinion commune, ce qui
généralement est le sort de toute vérité. En fait le professionnel non seulement n*est pas plus moral que les autres hommes de même classe sociale, mais encore il Test moins. A l'appui, voici quelques faits :
A l'armée d'Italie, Bonaparte organisa une police secrète sous la direction de l'adjudant général Landrieux : deux bureaux.... l'autre pour la politique comprenant principalement la surveillance des pays vénitiens... en un mot tout ce qui tendait à empêcher, les mouvements populaires ou è les préparer (1).
Par des rapprochements terribles, Landrieux montre que c'est Bonaparte, général en chef de l'armée d'Italie, qui suscita les Vêpres Véro* naises où trouvèrent la mort, assassinés, deux ou trois mille Français. Le pro^ éditeur Giovanelli, organisateur desdites Vêpres, aurait touché 124.000 francs de Berthier : il est certain que ce Giovanelli fut plus tard, par Bonaparte, nommé à une des plus hautes dignités du royaume d'ItaUe(2).
Botta, médecin italien, témoin de la guerre d'Italie, avoue que les Piémontais ne se sont battus sérieusement nulle part, et dans les bulletins militaires desdits, on vantait l'intrépidité, la bravoure des troupes (3).
(1) Trolard. De Montenotte au Pont d'Arcole, p. 221.
(2) L. Grasilier. L. C, p. 244-245
(3) Trolard. De Montenotte au Pont d'Aroole, p. 50.
On a TU, dans un des exemples précédemment cités, le conseil de guerre, en août, 1797, acquitter par ordre le commissaire Bouquet, convaincu de YoL
Le commandant au 3* spahis, M. Fleury — il devint général, grand écuyer, sénateur, ambassadeur, etc. — était un homme fort brave, entreprenant, dévoué, déterminé. Il était au bout de ^ês pièces quand il avait offert ses services au prince Louis... Somme toute, dans sa position, il n*avait pas grand*chose à perdre et il avait tout à gagner en s'attachant à la fortune du prince— (i)
Saint-Arnaud déclara publiquement à Gonstantine, dans un punch que lui offrait la garnison, que € jamais il ne serait autre chose qu'un soldat et ne mettrait son épée au service d'un qarti qtiel quil fût » (2).
Quelque temps après Saint-Arnaud était au service du prince Louis et faisait le coup d'Etat.
Le colonel Espinasse fut chargé par Saint- Arnaud de prendre le palais législatif et d'y garder les députés. Il imagina ce moyen par lui conté au capitaine Du Casse, son ami, et relaté parce dernier : « Très lié avec le général Le Flô, un des questeurs, Espinasse alla le voir et se fit promener par lui dans le Palais -Bourbon, se foisaut expliquer la topographie des lieux et lui
(1) Du Casse. Les Deasous du Coup d'Etat, p. 3041. Savine, éditeur. '
(2) Du Casse. L. G., p 40
demandant si, en cas de levée de boucliers, dont on parlait de la part du Président, il avait songé à mettre sa personne en sûreté. Le Flô lui répon* dit qull comptait dans ce cas sur Tami Espinasse €t le conduisit, par un couloir souterrain, Ij us- •gii*à un passage débouchant par une petite porte Bor Tesplanade des Invalides. Le colonel promit qu'en ca« d'événement ses sapeurs attendraient à cette issue le général questeur, ce qui fut fait, mais pas précisément dans le but que rêvait Le P16 » (1). Il fut en effet arrêté parle colonel Lespinasse.
« Je demandai, écrit Du Casse, au vieux roi (de Westphalie) l'autorisation de me rendre à FElysèe pour voir ce qui s'y passait ». Arrivé à l'Elysée, cet officier dit à M. de Méneval, capitaine de service : a Je viens de la part du gouverneur des Invalides prendre les ordres du président. » De retour aux Invalides, il rend compte de sa mission et le roi lui dit : « Vous m'avez compromis ». a Telle avait été en efiet ma pensée. » ajoute le capitaine d'état-major, baron A. Du Casse (2).
« Le roi Jérôme, écrit ce mêoie officier, me donna l'ordre de me rendre à l'Elysée et de tâcher de me procurer des nouvelles exactes de la lutte... D'accord avec mes camarades (d'autres officiers), il fut décidé que de toute façoigL les nouvelles rapportées seraient excellentes pour le
(1) Du Casse. L. C, p. 65-66.
(2) Du Casse. L. C, p. 83-85.
parti de la Présidence... Je revins aux Invalides et rendis compte de ma mission, zmplif%a.nt encore les bonnes nouvelles que l'on m'avait données. Elles eussent été détestables que j'étais^ décidé à les modifier » (1).
En 1856, le capitaine Doineau, chef d'un bureau arabe, ât attaquer une diligence pour assassiner un agha afin de se débarrasser d un témoin de ses exactions. L'instruction découvrit une série de confiscations arbitraires, d'amendes imposées, de rançons levées à l'aide de la terreur, d'exécutions sommaires sans jugement ni procédure, le^ tout ordonné par ce chef de bureau arabe. — L'histoire des exactions, etc., des bureaux arabes remplirait des volumes ; la puissance de leurs chefs était pour ainsi dire sans limites. — Tous les assassins des Arabes, dont un agha, dirent au procès : « Le sultan avait ordonné, il fallait marcher. » Un Chaouch, Mamar, ajouta même : « Si j'avais refusé de marcher; il m'aurait fait disparaître comme un chien •. Le procès dura du 6 au 23 août 1857 devant la Cour d'assises d'Oran. Des officiers de tous grades vinrent déposer en faveur du capitaine Doineau. Le général Cousin-Mon-' tauban, plus tard comte dé Palikao, le général de. Beaufort d'Hautpoul déclarèrent que Tadministration de Doineau avait été régulière, . qu'au- . cune exaction n'était possible dans les bureaux arabes et que les exécutions sommaires étaient' d'usage dans le cas d'évasion. « Vers la fin, le
(1) Du Casse. L. G., p. 220-22f .
«f capitaine Doineau se retourna contre le gêné- € rai Montauban et lui demanda s'il n'avait « jamais ordonné de confiscations de silos et s*il « n'y avait pas eu par ses ordres des amendes c non versées à la caisse des contributions ; le a général répondit que cela était possible, mais « qu'il ne se le rappelait pas. Il fit connaître « qu'après les razzias, on vendait souvent de gré « à gré et presque pour rien les prises aux chefs c indigènes. Quant au général de Beaufort, il sou- « tint qu'it ne pouvait pas y avoir eu d'exactions^ a et déclara que les exécutions sommaires avaient « eu lieu par ses ordres. » D'autres officiers, tels que MM. Chanzy, Davoust et Péan, etc., qui devinrent généraux, firent des efforts audacieux pour tromper la justice et sauver l'assassin Doineau. Il fut condamné à mort, vit sa peine commuée en détention perpétuelle par Napoléon III, quile gracia après trois ou quatre ansde prison (1). Le chef d'escadron Matveienko volait la nour- ' riture des soldats et l'envoyait à ses nombreux parents. La solde des troupes n'était pas payée et\ l'argent envoyé aux hommes par leurs parents était gardé. Vainement les dragons se plaignirent; vainement un offlcier,M. Sytchevsky, le confirma au général. Il fut mis aux -arrêts, tandis que^ Matveienko était nommé colonel et que l'officier
(1) Dirtionnaire de la coricersation et de la lecture, T.- m du supplément, Paris 1872. — Pe^tit Colon d'Alger, 29 février 1892.
Kopatcb, l'objet principal des plaintes, était proposé pour une gratification. (1)
Contre les brutalités et les vols eemmis âaBs le régiment de dragons de Bougre, le docteur Skariatine protesta, se plaignant au général. Pour ce, il eut un moU d'arrêt, La punition faite* il adresse un nouveau rapport au docteur de la division qui lui dit ; « Pourquoi vous faitesvous tant de bile, njon cher ! Nous voyon9 bien tout caia, mais nous nous taisons. Sommes^noQS plus bétes que vous ? » (2)
Dans le récit de faits relatif à la présentation d'un ballon dirigeable au ministère de la guerre, je note que le commandant du génie, Ch. Renard, fit un rapport sans avoir vu aucun modèle ou dessin, sans avoir entendu aucune explication. Le commandant Halphen rapporta daos les mêmes conditions. Ces rapports étaient rédigés de telle sorte que leur lecture fait croire que ces officiers supérieurs ont vu un modéleou dessin. (3)
Dans un procès en adultère intenté par le capitaine C. . . au capitaine D, . ., ilfut lu une lettre de M"' C. . . à son amant, le capitaine D. . . Elle écrivait: « Je viendrai dtaer avec toi ce soir, ne t'inquiète pas pour la note, je réglerai. » Au dire de M"*' C , . , . son mari la frappait k coups •de pieds dans le ventre. (4)
(1) Tikhomirov, L. C, p. 393.
(2) Tikhomirov. L. C, p. 394.
(3) A. Hamon et Bachot. Agonie (Pum êociété, p. 299-904. <4) A. Hamon. L. C, année 1891. p. 428.
8^ la réquifiitiofi d^ane dame, la police arrêté un homme midérablement ré^u qtd la pourduivait. Au poste, il fut reconnu que cet itidividu était le lieutena&tcoloDel X..., attaché au miûiBtêre de la guerre, service des renseiguements^ extérieur; autrement dit moucfeard. 11 poursuivait ceUtêr fennaiîie parce qu'il avait une mission à remplir: (1)
Oh connaît laconltoverse des généraux marquiê de Galliffet et prince de Baufifremont, de laquelle il résulte que: ou le premier s'est revêtu indûment des étoiles de générai le 1*' septembre 1870» et n'a conservé son grade que grâce à un tmti ou te^econd est im audacieux menteur. (2)
Lors des incidents relatifs aux mancetïvmesde 18»! , il fut publié des lettres écsfites par le général de Gallifitet en 1879-1880. Ces lettres montïent que ce général se livrait à la délation de son supérieur, le ministre de la guerre, et de sfes camarades ; il enfreignait ainsi les règlements militaires, poussé par une ambition sans irein. (S}
En novembre 1892, le 2* conseil de guerre ctméamuait à un an de prison un*briga^er du 27« dragonis qui, logeant pendant les mancBuvres chez un marchand de vins, viola une fillette de 7 ans qui couchait dans la même chambre. (4)
Dans Taffiaire de Médéah. on vit les généraux deLavigpe, duBessoU Laveuve, le lieutenant--
(1) A. Hamon. L. C, année 1891, p. 470.
(2> Aw.HiMDMivLiC., année 18W, p. 14^5».
(3) A. Hamon. L. C, année 1891, p. 657-661.
(4) Intransigeant, 17 novembre 1892.
polooel de Vergennes, le çommadant La Panouse, |e capitaine LapostoUe, etc., en un mot toute Tautorité militaire couvrir le capitaine Bouis, se solidarisant ainsi avec un voleur et un pédéraste, punissant deux officiers, MM. Rocas etBoyer, qui avaient signalé \es faits.
Dans Taffaire de la Mélinite. on vit le général Ladvocat convaincu de complicitéavec un espion, couvert par le ministre et non poursuivi ainsi que d'autres officiers, ses complices.
Eu 1892, le capitaine Devrez est, par jugement du tribunal d'Hanoï, condamné à une amende pour vol de papiers, perpétré dans les bureau de V Indépendance Tonkinoise. Ce capitaine, cheyalier de la Légion d'honneur, avait payé un an- ^amite pour accomplir ce vot, exécuté d'ailleurs sur les ordres du général Rente, il)
D'une plainte contre le général Reste, adressée au Ministre de la guerre par le colonel en retraite de Pouvourville, il ressort que le général Reste, dans le b^t 4^ se venger du lieutenant de Pouvourville, a falsifié des faits, retenu des pièces sans les communiquer au conseil de guerre, a menti, etc. [2)
Les quelques faits qui précédent ne sont en rien caractéristiques de la profession; on en <;oastate d^analogues dans toutes les classes
(1) Mat-Gioi (AU)ert de PouvourviUe). Unpoint d'histoire coloniale.
(2) Mat-Giol. L. C. .
Sociales et dans* tous les pays. Nous les relevons -seulement pour montrer que l'immoralité se rencontre aussi fréquemment dans le milieu militaire -que dans tout autre milieu. Nous les relevons pour démolir cette erreur si répandues Tarmée ^est l'école de l'honneur. On avouera en effet que lesF actes, en exemples cités, sont peu honorables et cependant il s'agit d'officiers supérieurs ou généraux.
Li'adjudant général Landrieux dirigeant une police sécrète militaire, ayant des agents provocateurs ; rétat-major piémontais mentant dans ses bulletins militaires ; Boiiaparte suscitant les Vêpres véronaises; le conseil de guerre acquittant par ordre M. Bouquet ; le maréchal Saint- Arnaud déclarant, en juillet 1851, qu'il ne mettrait son épée au service d'aucun parti et,en décembre 1^51, faisant le coup d'Etat; le colonel Espinasse trompant son ami le général Le Flô ; lé capitaine Du Casse voulant compromettre le roi Jérôme dont il était aidede-camp. mentant d'accord avec les autres officiers ; les généraux Cousin Montauban, Beaùfort d'Hâutpoul,Chanzy,Davoust,PéaiJL et autres officiers mentant dans leurs dépositions en cours d'assises ; les commandants Renard et Halphen mentant dans leurs rapports; lé capitaine D... entretenu par M™* C..., 'rouée de coups
par soa mari, le capitaine G. . . ; le général de Galliffet décriant ses collègues; le colonel X..» se transformant en mouchard; le conseil de guerre ne condamnant qu'à un an de prison ud violateur ; les généraux et officiers de (ous grades se solidarisant avec un voleur, M. Bonis ; le capitaine Devrez faisant voler des papiers; le général Reste ordonnant ce vol, faLsifiaut des faits ; le colonel Matveienko, Tofflcier Kopatcb volant leurs soldats ; le général russe punissant des officiers qui dénoncent ces vols, etc., sont en réalité des preuves irréfragables que ces gêné* raux, ces colonels, ces commandants ont de rhonneur une idée étrange.
Tous ces faits, pris entre mille autres, ne décèlent point une moralité affinée chez les professionnels militaires. Ils viennent, sous des formes nouvelles, confirmer la moralité décelée par tous les exemples précédents. Ils montrenii nouveau que le métier des armes n*est nullement moralisateur et par suite n'est point Técole de rhonneur, puisque de ses membres — et non des moindres — agissent si immoralement. En ana* lysant les actes immoraux rappelés ci-dessus, on constate comme cause génitrice : Texacerbation de la puissance, véritable césarite,. jointe à une grande servilité.