UX
bonne philosophie, car il ne «ionne que des résultats incomplets, et des inductions contestables. U n'y a pas, en effet, de «métier» ou «d'art», en ce monde, qui puisse résister à une semblable épreuve et il serait aisé, je crois, de démontrer delà même façon que la Science, la Littérature, le Commerce ou le Barreau sont également des écoles de crimes — moins brutaux sans doute mais plus raffinés et plus hypocrites peut-être ! Vous citez trop de faits-divers, Monsieur, ou vous n'en citez pas assez — et le moindre grain d'observation personnelle ferait bien mieux notre affaire ». (Petit bitlet du matin A. M. A. Hamon — par Marcel L'heureux — Gil Blas, 15 décembre 1893).
« Les tares professionnelles sont partout. Il y a des militaires durs, brutaux, farouches, dans le combat. Mais croit-on que dans les professions pacifiques il n'y ait ni dureté, ni brutalité, ni même férocité ? Le patron d'usine accablant de travail les conscrits de la misère, rognant sur le salaire, mais augmentant la présence au métier, n'a-t-il pas quelques-unes des tares reprochées au général, au colonel? Le fabricant ne malmène-t-il pas ses ouvrières étiolées, débiles, affamées, mal payées, mal logées? Le capitaine à Texercice parle souvent plus poliment à ses recrues. M. Hamon croit-il que les banquiers reçoivent, du miel aux lèvres, les débiteurs gênés venant proposer un renouvellement ? Le chapardage et la rapine sont-ils des faits extraordinaires qu'on ne rencontre que dans les colonnes de tirailleurs sénégalais ou annamites ? L'auteur n*a qu'à regarder dans une étude d'huissier, il y verra florissant un brigandage légal auprès duquel les exactions des anciens bureaux arabes n'étaient que des gentillesses. L'envie, l'àpre désir de l'avancement, l'écrasement des faibles et la suprématie des forts ne se voient-ils que dans les rangs 1 Que M. Hamon se rende compte de ce qui se passe dans la libre armée des lettres et il verra reproduits tous les vices, toutes les jalousies, toutes les oppressions, toutes les haines et toutes les méchancetés qu'il reproche à ceux qui portent l'épaulette de laine ou de fils d'or. Enfin, le soldat boit, fainéante, bouscule
les passants, se sert du fer qu*il porte pour menacer les désarmés, et finalement, dans certaines circonstances, il tue? Mais Tauteur n*a donc jamais promené sa philosophie dans un faubourg, dans un quartier excentrique, à la sortie des ateliers du samedi soir, le lundi, aux abords de comptoirs ? Son tableau peut être aussi bien celui du mauvais ouvrier que du mauvais soldat. » (Eclio de Paris j 3 janvier 1894. — E. Lepelletier) (i).
La découverte était d'autant plus difficile à faire que textuellement je le disais dans mon livre. Mais que je l'eusse dit ou non, que cela fut vrai ou non, cela n'importait point en Toccurrence. En effet, du fait que diverses professions sont école de crime, d'Immoralité, il ne s'en suit pas une diminution ou une disparition de l'immoralité, de la criminalité spéciales aux militaires professionnels. Alors pourquoi cette objection ? Que m'importe en une étude sur la mentalité militaire de savoir qu'il existe des mentalités spéciales aux autres professions ? Evidemment, cette connaissance n'a d'autre importance que de confirmer, indirectement, l'existence de la cérébralité professionnelle militaire. Si c'est cela que nos critiques voulaient affirmer, je suis convamcu qu'ils ont raison; s'ils ont voulu ainsi infirmer ma thèse, j'avoue ne point saisir la valeur de leur argument.
(1) On trouve encore cette objeclion dans : Petite République^ 12 décembre, G. Renard. — Gironde (Bordeaux) 23. — Estafette, 29, A. Peyroton. — Revue des Revues, 15 janvier 1894, général lung. — Journal des Economistes y janvier, Kouxel. — Journal des Débats, 29, H. Malo. — Journal de la Marne (Ghâlons), 2 février. — Concord (London) février. — Ere Nouvelle, mars, P. Dramas ; S. Merlino. — Ere Nouvelle, janvier, mars, avril, P. Dramas.
Ôf THE
UNIVERSITE
OF
M. Bailhache nous accusa de n'avoir point tenu compte de deux facteurs très importants : la formation sociale qui varie avec les divers peuples et le caractère individuel qui varie d'une personne^ à l'autre (1). Ce critique ne perçût point que, étudiant l'influence la profession sur l'état' mental des individus qui Texercent, nous n'avions pas à nous occuper de ces deux facteurs qui altèrent plus ou moins la forme, mais non la nature des caractéristiques mentaies déterminées par la profession. Or, M. Bailhache lui-même implicitement confirmait notre thèse — quoiqu'il la niât — en écrivant que « le militarisme est un système artificiel, et que, pour le maintenir, il est nécessaire d'employer des procédés artificiels dont les plus efficaces sont la crainte et la violence ».
En effet, si l'exercice du métier militaire exige la crainte et la violence, il faut nécessairement que les chefs, les professionnels donc, usent de menace et de violence. L'usage, peu à peu, influe sur leur mentalité et développe certains des caractères psychiques au détriment d'autres, et ces caractères sont ceux qui ont pour effet Tinfatuation, la prépotence, la violence.
Certains critiques nous firent diverses objections tendant à prouver que nous n'avions pas écrit notre ouvrage sur le plan qu'ils eussent voulu. Tel qui estimait « prétentieux, mauvais » le titre de notre livre eut voulu que nous parlions « des charges
(1) Mouvement social^ Mars 1895.
— Lxn —
colossales qui pèsent sur le budget de Thumaaité » grâce au militarisme. Tel autre regrettait que nous ne nous fussions pas occupé des raisons qui obligeaient les peuples A posséder le militarisme, à faire Is guerres (1) des avantages qui résultaient de ce militarisme (2.)
Sans doute ces critiques n'ont pas perçu que nous n'écrivions pas un ouvrage sur le militarisme, — Alors leurs observations eussent été exactes — mais une étude sur la mentalité que la profession militaire déterminait chez ceux qui l'exerçaient. On avouera que alors il ne pouvait être question ni des charges colossales que le militarisme fait ppser sur les peuples, ni des nécessités de la guerre et du maintien des armées, ni même des avantages du militarisme si ces avantages — il en existe: diffusion de Tinstruction, fusion d'éléments ethniques disparates, homogénisation des individus —n'ont aucune influencesur la mentalité des professionnels.
Les critiques qui nous assaillirent tant vigoureusement eurent soin de sortir les habituels clichés chers aux panégyristes de l'armée. On vit le militarisme, l'armée r[ualifiée : école de désintéressement (3), d'abnégation, de sacrifice (4), de morali-
(1) Cocarde, 5 décembre. — Soir 18, A. David. — EstafetU 29, A. Peypotori.
(2) Rivista critica mensile di opère di filosofia scientifica, mars, D»" Morselli, Milano.
(3) Mercure de France, octobre 1893, un professionnel. — Estafette, 23 décembre ; Echo de la Semaine, 31, A. P. — Figaro, 2 janvier, Saint- Genest. — Dépêche de Clermont- Ferrand 31. — Petit Californien, 24 février, San Francisco.
— Qil Blas, 1 février, G des Perrières. — Journal des Débats, 29 janvier, A. Malo.
(4) Gironde, 23 décembre. -— Journal de Berlin 23, Miles.
— Petite République 12, G. Renard. — National, 7 février. G. Lavergne. — Etudes Religieuses, 31 mai, A. B. de la S, deJ. .
— Lxni —
sation (1), du devoir (2), d'Egalité, de Fraternité (3), de travail (4), de vie régulière, d'hygiène (5), d'honneur (6).
Les fait-i qui figurent dans cette Défense^ ceux que nous relatâmes dans notre livre infirment ces mots sonores mais que, par des faits^ nous défions quiconque de prouver (7). Qui ne sait que Napoléon I^f regrelta d'a?oir gorgé ses généraux de richesses, car ils Taba .donnèrent une fois riches. Qui ne sait que suivant leurs intérêts ces professionn Is servirent tour à tour la France, l'étranger et la France. Les grades qu'ils acquiéraient en combattant leur pays leur était acquis quand ils rentraient en icelui. Dernièrement, nous lisions un ouvrage manuscrit: La grande Duperie^ par M. Gh. Détrè, et nous y vîmes une suggestive liste de professionnels militaires glorifiés, statufiés, « arc de triomphisés». Ils avaient tant de désintéressement ces généraux, ces colonels qu'ils couraient d'une armée à une autre suivant leur personnel intérêt I La liste \aut qu'on la relate : Dumouriez, duc de Chartres, Ney, Murât, Bernadotte, Moreau, Soult, de Bouille, de Montalembert, Masséna, Davoust, de Bourmont, Glouet, Duc d^ Coigny, M. de Montmorency, mar-
(1) Revue scientifique^ 9 décembre. — Journal de la Marne, 2 février, Ghâlons.
(2) Autorité, 9 février ; Courrier de la Champagne 11, Reims. A. de Batz.
(3) Mercure de France, octobre.
(4) Revue icienti/igue, 9 décembre. — Gil Blas, 1 février.
(5) Revue scientifique y 9 décembre.
(6) Echo de Paris, 27 décembre. Turpin. — National, 7 ft'vner, G.Lavergne. — Etudes religieuses, 31 mai. A. B. de la S.J..
(7) M. Ledrain dans VEcho de Paris du 211 décembre et dans YEreNouvelle d'avril semblait croire cette démonstration aisée ; pour nous, nous la jugeons impossible.
k jjfc^i- 1
quis de St-Simon, Alex, de Lameth, Latour- Maubourg, Baron Jomini, Ernouf, etc.
Les professionnels sont si désintéressés, si moraux que le général de Gubières, le maréchal Soult et combien d'autres connus et inconnus, furent convaincus d'avoir reçu des pots de vin. Il faut avoir une foi aveugle et bien vive pour croire à Tarmée école de Thonneur, de toutes ces vertus. Il faut être aveugle, car tous les mémoires des officiers et soldars, toutes les archivt s contiennent des millionsde faits qui prouvent le contraire. Qu'on parcoure par exemple un tout récent ouvrage de M. E. Guillon, Les complots militaires sous le Consulat et VEnv pire (1), et pour les généraux, les maréchaux de cette époque, illustres honmmes de guerre, on le verra péremptoirement prouvé.
Les récentes affaires du capitaine Dreyfus et d'autres officiers français, italiens, allemands qui étaient ou traîtres ou espions sont encore là pour montrer que le désintéressement, la moralité sont des moindres soucis des professionnels militaires.
Mais oyez encore ce fait si extraordinairement suggestif, grâce à la naïveté de son auteur, un fruste : (2).
Un garçon de ferme tue, pour des questions d^intérêt, son maître et deux autres personnes. Il est condamné à mort. Dans la prison il contait qu'il avait été un soldat intrépide, ayant sauvé la vie d^un de ses officiers et qu'il avait été proposé pour la médaille militaire. Il ajoutait, ce malheureux: «Cesl drôle, au TonkinJ'en ai tué qui sait combien ! et on voulait me décorer. Ici fen ai tué trois et on veut me raccourcir. »
(1) Volume. Paris 1894. Pion et Nourrit, éditeurs.
(2) Nous rempruntons à une brochure La guerrepKT M. Hermitte, avocat, Bordeaux 1893.
Cela motive à l'auteur de la brochure cette juste réflexion :
« L'opinion de ce condamné à mort sur l'homicide, résume cette perversité de la conscience produite par le militarisme outrancier. »
Je ne prétends point que le militarisme' n'est pas une école de courage, mais le courage qu'il développe est entaché de violence, de brutalité. Le courage des militaires professionnels se manifeste par des actes violents, brutaux, et rien que par ces formes d'actes. Ce n'est donc pas le' courage qui erst caractéristique du professionnel militaire, mais la brutalité. D'ailleurs, le courage n'est pas spécial à une profession, il se rencontre chez tous les hommes, la modalité seule en change. Le médecin, l'infirmier soignant les cholériques ; le chimiste étudiant les explosifs ou les toxiques ; Tingénieur recherchant des appareils nouveaux en des expériences dang.ereuses ; le couvreur travaillant sur les toits; le mécanicien dirigeant sa locomotive; le penseur écrivant ce qu'il croît vrai au risque de prison, de mort ; le criminel politique risquant sa vie pour son idéal ; le prêtre affrontant les balles pour aider les soldats à mourir en état de grâce ; le missionnaire risquant les supplices pour porter la bonne parole, etc., manifestent sous des formes variées le même sentiment de courage, d'abnégation, de sacrifice. Donc, le courage n'est pas spécial aux militaires et en une ôtude sur la psychologie du militaire professionnel, je n'avais à rechercher que les caractéristiques mentales de ce militaire.
Mais tous nous savons qu'en temps de guerre les milices, les soldats occasionnels agissent aussi courageusement que les militaires professionnels. Ne serait-il point permis de tirer de là que l'on exagère en considérant l'armée comme ayant une si grande
influence sur le développement du courage chez les individus.
« Quelques savants américains qui se sont mis à étu- « dier tout récemment la psychologie des mourants sur « les champs de bataille, en ont rapporté des faits des (( plus désolants. Il paraît que les attitudes héroïques (( attribuées aux guerriers au moment des combats sojit (( tout ce qu'il y a de plus faux et de plus imaginaire. « Toutes les coquetteries héroïques avec la moi*t, toutes « les poses plus ou moins dignes et nobles n'existe- « raient au dire de ces savants, dont les données ont «•été résumées par la Popular Science Monthly, que « dans les imaginations qui travaillent après chaque « bataille. » {Reviie des Revues^ septembre 1893).
Un autre travail, que la Revue des Revues publia en octobre 1893, d'après Waffen Nieder^ les mémoires du peintre Vereschagin, tendrait aussi à démontrer qae le courage des militaires est plus imaginé que réel. Encore une auréole qui disparaît! Mais en 1 espèce cela n'importe point, car il est certain que le courage — même le courage guerrier — n'est pas spécial aux professionnels militaires et dans la détermination des caractères psychiques spéciaux à ces professionnels nous n'avions pas à en tenir compte.
M. Manouvrier, le criminologue connu, écrivit au sujet delà Psychologie du militaire prof essionnel :
« Ce titre semble signifier qu'il s'agit de la description « d'un état typique, général ou tout au moins moyen de « ceux qui exercent la profession militaire. En ce cas, « le militaire professionnel décrit par M. Hamon ne « serait autre chose comme le trop fameux criminel ^ néût fabrication italienne qu'une sorte de mosaïque,
(( d'habit d'arlequin, de bouc émissaire, simple man- « nequin chargé de toutes les iniquités, de toutes les « taches relevées dans une profession... Mais si le titre « du livre de M. Hamon est en désaccord avec le con- « tenu, il ne caractérise pas mieux le ]>ut de Tauteur. « Ce butn*estpas en eiïet d'entreprendre la monographie « psychologique complète de la profession militaire et « d'un certain nombre d'autres, mais bien de montrer « que la criminalité revêt dans chaque profession une a forme plus ou moins particulière en rapport avec 1«8 « conditions plus ou moins spéciales inhérentes aux « diverses professions dans l'état actuel de la So- « ciété (1) »...
(1) Ere Nouvelle^ avril 1894. — A cette enquête de M. G. Docquois, participèrent encore MM. Gaston Dan ville, Elisée Reclus, J. Grave dont ces lignes ; « Pour tous ceux qui ont vu l'armée de près et ont subi le joug qu'elle fait peser sur Tindividn, la thèse soutenue par M. Hamon dans son Essai de psychologie du miliiaire professio7inel n'a rien d'excessif. Parla rigueur de son code qui punit de f)eines atroces le moindre manquement à une obéissance exig<'e passive, par sa hiérarchie qui crée des inférieurs et des supérieurs, l'armée abrutit l'individu, l'habitue à tout accepter de l'autorité, lorsqu'il est en dessous, à abuser du pouvoir lorsqu'il monte en^ grade.......
En séquestrant des jeunes gens delà vie courante et des relations journalières, on arrête leur développement intellectuel. En comprimant leurs besoins, on les surexcite et les change
en vice Eduques pour la guerre, il est évident que la vie
humaine devient quantité fort négligeable pour eux. N'ont-ils pas pour consigne de foncer sur celui qui tenterait de violer la défense qu'ils peuvent être chargés de laire respecter ? Si tous ceux qui sortent de l'armée ne sont pas des assassins, c'est an moins la plus grande pépinière où se recrutent les ivrognes, les maqueraux et les policiers... »
. M. Domela Nieuwenhuis dont cette appréciation : «Pour ma part j'estime que Hamon y a apporté une honorable discrétion car.... il s'est donné la peine de faire un choix dans une mine d'abus du récit desquels, moins modéré, il eut aisément pu emphr mille pages. Voici la règle en effet et non point l'exception: lefaervice militaire abrutit celui qui s'y plie vie militaire, démoralisation, ces deux termes équipollent. La caserne est une école où se recrutent les mouchards, les fainéahts, les laquais et les ivrognes.... »
MM; Sar Peladâhi 0. Pissaii^^ Hekiry Fevro, Jettii AjAibeift
vrif
— Lxvni —
Il y a, dans cette critique, un certain fond de vérité dû au manque réel d'unité de notre livre, j'entends unité s'harmonisant avec le titre. Ce défaut d'unité provient de la genèse de cette œuvre.
Ainsi que le nota le D*" Corre, dans la Société Nouvelle^ primitivement cette œuvre se borna à un article de revue. Même l'idée primordiale était de l'intituler Varmée, école de Vhonneurl. Le titre ironique indiquait l'esprit combattif qui l'animait, c'était en 1892'à la fin de l'année. Mais devant la masse des documents, mon idée se modifia et je
qui écrit : « Des livres comme celui de Hamon touchent au cœur les institutions : l'encre est la meilleure dynamite. L'éloquence des faits, voilà le principal mérite de ce terrible réquisitoire Peut être reprocherai s- je à M. Hamon de n avoir
abordé aue certaines parties de la question, un peu générales, applicables à bien d'autres classes de citoyens, les effets de la profession sur la mentalité de ses membres, — l'esprit de corps entr'autre commun dans toutes les professions. D autre part, d^ux observations capitales dont chacune mériterait son chapitre, sont omises : (jue l'alcoolisme — l'absinlhisme — par désœuvrement, la vie de garnison atteint son paroxj^sme dans l'armée ; que la syphilis a dans l'armée son plus tenace foyer.... C'est dans les descendants de militaires, d'après les médecins, que l'on constate les pires déchéances physiques. Par les armées, en temps de guerre, les nations s'entretuent ; en temps de paix, par les armées elles se suicident... »
M. E. Ledrain qui dit : « C'est un des livres les plus curieux que j'ai lu depuis longtemps. L'auteur a des habitudes philosophiques,un soin particuher de recueillir les faits minutieux. Mais tout en se réclamant de M. Corre, ne fait-il pas un peu du Taine ?... C'est un homme de talent, mais sûrement un passionné dont il faut se défier. Cependant, combien de réflexions justes, de fines observations dans cette œuvre t Si tout n'est pas vrai, il y a teien des parties exactes... »
M. Georges Montorgueil dont cette ligne: « Le livre de M. Hamon est un livre ferme, courageux et honnête... » Enfin, MM. J. Delafosse, D' Boyer et Mme la baronne Berthe de Suttner. A l'exception de MM. Banville et Delafosse, ce furent des approbations de notre thèse. Cette enquête fut reproduite par 1« Peuple de Lyon, 8, 9, 10, 11 avril 1894.
wri>'^
voulus écrire la criminologie professionnelle du militaire^ criminalité occulte. Le mémoire revêtit cette forme qui encore se modifia pour donner naissance au- livre tel qu'on le connaît, tel qu'il fut publié.
On comprend que ces modifications successives dans son enfantement ont créé, nécessairement, un produit, — il peut avoir une valeur puisque des critiques la constatèrent, qui manque d'unité. Aussi en une certaine mesure, est justifiée la critique de notre savant collègue de la Société d'Anthropologie de Paris (1),
Il est tiels chapitres de notre livre, les chapitres III à IX, qui réellement sont en harmonie avec le titre Psychologie du Militaire professionnel. Les chapitres II, X et XI n'ont qu'un rapport lointain avec icelui et relèvent le premier d'un ouvrage général sur le militarisme, les deux autres d'une étude de criminologie professionnelle. C'est cette réelle discordance qui explique la critique d'ensemble faite par M. Manouvrier, qui en prouve la vérité, en une certaine mesure.
Je dis en une certaine mesure parce que je pense avoir donné réellement la monographie psychologique complète de la profession militaire, parce que je suis convaincu que le type général, moyen qui ressort de mon livre comme type du Militaire professionnel est réellement; et nullement un mannequin.
11 est comme est le type Cheval, le type Homme'
(1) Cette même critique se retrouve dans le Parti socialiste, 21 janvier, dans VEre Nouvelle, janvier, mars, sous la plume de M. Dramas. Nous soupçonnons les critiques d'être un écho de celle de M. Manouvrier, leurs auteurs étant des assidus du cours de cet éminent professeur.
' Kiy^
le type Chien ; il est comme est parmi le genre humain le type Mongolique, le type Caucasique. Le naturaliste relève les caractères communs à tous les individus du genre Chien et il en forme un type moyen dont participent le griffon, le lévrier, le grand danois, le carlin, le braque. Cependant la description de ce type idéal n'est pas la description du griffon, du lévrier, du carlin ; et pour chacune de ces races on pourrait faire une description moyenne qui ne serait pas celle d'un lévrier, d'un carlin déterminé. De même œuvre Tanthropologiste.
Pourtant, le type moyen Chien, Homme étant décrit, tous nous reconnaissons son exactitude, son utilité. Dans Tordre psychologique, notre intention fut de dresser un type idéal, moyen, de l'état psychique déterminé par certaines professions.
Il existe un commun étit psychique spécial aux individus exerçant une même profession comme nous l'écrivimes dans l'avant-propos de notre livre. Cette mentalité, spécifique des professions et des sectes, découverte par nous après beaucoup d'autres — dont La Bruyère — qui en écrivaient sous un autre titre, fut après nous découverte par le D"^ Gustave le Bon. Ce savant écrit dans la Retue scientifique (6 avril 1895.)
« La caste ne comprend que les individus de même profession et par conséquent d'éducation et de milieu à peu près semblables... La caste représente le plus haut degré d'organisation dont la foule homogène soit susceptible. Elle se compose, en efïet, d'individus qui, par leurs goûts, leurs tendances, leur éducation, leur milieu sont très semblables les uns aux autres, sinon sur tous les points de leur constitution mentale, au moins dans les lignes fondamentales de leur conduite. Il y a mAme certaines castes, les castes militaires et sacerdotales, par exemple, dont tous les membres finissent par se ressembler dans leurs traits moraux et même dans leur
allure, au point qu'aucun déguisement ne leur permet de masquer leur profession... Il pense, juge et agit avec rame de sa caste... On n'a qu'a jeter les yeux sur les individus d'une même caste, militaires, magistrats, etc., pour voir à quel point ils sont fondus dans le même moule... L'esprit de caste agit sans doute sur l'individu isolé de sa caste, mais c'est surtout quand les individus de la même caste sont réunis qu'il exerce son puissant empire. »
Il existe donc, sans que valablement on puisse le contester, une mentalité professionnelle, spécifique de tous les individus exerçant cette profession.
Dans notre premier volume d'études de psychologie sociale, notre intention fut de rechercher les caractéristiques psychiques de la profession militaire.
Nous prétendons ainsi déterminer un type nroyen dont tous les militaires participent. Nous prétendons que, à des degrés divers de dé veloppement,ces caractéristiques mentales sont dans tous les encéphales des militaires professionnels.
Le type que nous trouvons, — . type que nous n'avons pas montré nettement à cause des modifications successives que subit notre travail — n'est pas un mannequin comme le type criminel né de Lombroso , Il ne peut pas lui être comparé. Lombroso n'a pas de critérium du criminel et du non criminel ; il n'a pas de définition du crime assez solide sur laquelle il puisse s'appuyer pour dire d'une façon certaine : Celui-ci est criminel, celui-ci ne l'est pas. Il n'a pas de base pour étagerson criminel-né ^càv l'homme ne peut actuellement ni montrer les limites du crime, ni les limites de la folie, de la dégénérescence, ni les limites de la raison, ni celles de l'honnêteté.
Nous, nous avons une base pour étayer le type militaire, le type policier, le type magistrat professionnel. On sait ce qu'est la profession militaire,
— LXXU —
celle de magistrat^ de policier. Elles sont bien définies, nettement séparées des autres. La recherche des caractéristiques mentales spéciales à tous les exerçants ces professions doit donc nécessairement donner un type moyen de ces professionnels, dont participent tous les exerçants d'une même profession, mais qui n'est le portrait particulier d'aucun individu déterminé.
Notre type psychique professionnel n'est pas plus un mannequin, un habit d'arlequin que ne Test le type saurien, le type cétacé, le type singe, le type coleoptère des naturalistes.
Il est tout aussi imaginé (1) que ces types et pourtant comme eux il est réel, tandis qu'actuellement l'irréalité du type criminel né est prouvé.
Nous pensons donc que la critique du D*" Manouvrier n'est fondée, à notre égard, que dans une proportion minime, celle que nous venons de montrer.
Il existe d'ailleurs si bien un type militaire professionnel, que le milicien s'en différencie nettement. Pour le prouver nous rapportons ces lignes du D^ Gobât (2).
(1) Réforme, 17 décembre, Bruxelles ; M. R. B. nous reprochait dlmafçiner un type étrange, non réel.
(2) Ce sociologue écrit dans la Conférence inter parlementaire 1" mai 1894: « Evidemment l'auteur (A. Hamon) n'a pas voulu dire que chaque officier soit capable de commettre des actes de brutalité, de violence, d'injustice, 4'im moralité tels que ceux dont un certain nombre se sont rendus coupables, mais que la profession par l'anesth/'sie morale et physique à laquelle elle conduit, par l'exacerbation du principe d'autorité et de l'esprit d« corps contient des germes de criminalité. H suffit que ces effets psychologiques soient prouvés. » — Le D' Gobât a exprimé ainsi partie de notre idée, nous disons partie seulement, car nous croyons que chaque officier est, en puissance virtuellement^ un homme capable de commettre ces actes à des degrés divers d'intensité.
«Que voyons-nous dans les pays de Milice? Là, Tof- « ficier, qui revêt l'uniforme pendant quelques semaines « seulement chaque année, conserve au service ses senti- «ments de^citoyens dans toute leur plénitude ; son grade « et ses fonctions ne lui donnent à ses yeux, pas d'autre «droit que de faire respecter la discipline et d'appliquer « aux délinquants les dispositions pénales du code mili «taire. Il reste dans la société civile; il ne s'en isole pas; « surtout il ne vient pas dans sa pensée l'idée de la con- « sidérer comme inférieure ou même comme une rivale «de l'armée. En Suisse, par exemple, la morgue mili- « taire serait conspuée; l'officier qui en ferait parade se « rendrait impossible. Jl en résulte que les actes de l)ru- « talité commis par des militaires à rencontre de civils « sont chose absolument inconnue; ou, s'il en survient, « l'opinion publique pourvoit à ce qu'ils ne se renou- « vellent pas. L'officier n'a pas pour soldat des inférieurs, « des instruments, mais des auxiliaires, et ceux-ci étant « des citoyens comme lui et possédant les mêmes droits « civiques que lui, il se gardera bien de leur infliger un « traitement qu'un citoyen ne tolérerait pas. La nation (( tout entière prendrait énergiquement fait et cause pour « un soldat maltraité ou brutalisé. Les instructeurs « mêmes, des professionnels ceux-ci, ne se permettraient « pas de frapper ou de brutaliser un soldat? Et pour- « tant la discipline est aussi bonne dans les milices que « dans les armées permanentes ; elle est peut-être meil- « leure parce qu'elle est librement consentie.
(( Quant à l'esprit de corps, il n'existe pas en dehors « du service et jamais un subordonné n'aurait lieu de « se plaindre de ne pas avoir obtenu justice contre son « chef. La dignité du citoyen est respectée devant la ju- « ridiction militaire comme devant la civile. »
Tel est le tableau du milicien fait par le D»" Gobât et ainsi se montre vigoureusement la différenciation psychique du militaire occasionnel et du ToûiidiiTe professionnel que nous pûmes observer personnellement et par autrui en Angleterre.
■ IiXStV
No\is sommes arrivés aux termes de notre Défemet laissant des objections de détail qui nous furent faites par d'aucun s j notamniect par notre ami Corre. Leur discussion augmenterait bien trop — et cela non adéquatement à leur imporlance ~ la longueur de cette réfut^ition déjà si longue.
Le lecteur a sous les y eux les objections et ce que nous considérons comme des réfutations. Qu'il juge I
Puisse-t-il voir la même vérité que nous !
A. Hamon Sdimbottrg^ janvier 1895 et Paris ^ aiyrilîS%
.irr
Note. — Outre les journaux et revues citées au cours de cette défense, il fut encore parlé de notre livre dans nombre de journaux et revues, notamment dans les suivants :
France. — 1893. — Parti Socialiste (N. Golajanni), 26 août. — Avenir social (F. Pelloutier) 22 octobre, Dijon. — Petite République, 26 novembre.
Décembre : Justice (Guinaudeau),2. — Le Peuple (Aimé Roche), 3, 13, 25, 26 (F. Pelloutier), 30, Lyon.
— Chronique industrielle. 10. ■— Le père Peinard,
17, avec un dessin. — Le Prolétaire (H. Barbe), 17, 24. — Le Jour, 21. — Sud-Ouest ,22, Toulouse. — Eclair, 22. — Salut Public, 22, Lyon. — Journal 'tu Midi, 23, Nismes. — V Etoile ,24, Nismes. -— La Haute-Loire, 85, Le Puy. — Le Parti Ouvrier, 27.
— République Française (M. Lacour), 28. — La Constitution, 29, Auxerre. — Le Littoral, 30, Cannes. — U Avenir Social (F. Pelloutier), 31, Dijon.
— Question Sociale (Gh. Brunelliêre), 31, Bordeaux.
— Escarmouche, 31. — etc.
1894. — Janvier : Revue du Monde Catholique, 1. '^ Journal de la Marne, 3, Ghalons, — Express, 12, Lyon. — Cosmos, 13, — - Socialiste (Gh. Brunelliêre), 13. — Le Peuple (L. Dutreuil). 14 (Gh. Brunelière), 30, Lyon. — Revue Mensuelle de V Ecole d'Anthropologie, 15. — Radical (Tony Revillon),