‹ Psychologie du militaire professionnelChapitre 9 sur 23 · GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS

Ce premier essai traite de la profession militaire.

A notre époque où la religion « Patriotisme » a, pourbeaucoup, remplacé la religion chrétienne, sans que dans Tune comme dans l'autre, Tobjet du culte puisse être bien déterminé, bien conçu, il est probable que nombre de gens trouveront singulièrement audacieux qu'on ose toucher à la profession militaire, sacrée entre toutes, puisqu'elle est la sauvegarde de la patrie. C'est faire là œuvre d'antipatriote, diront-ils, en vouant ces audacieux aux gémonies. Peu importe au savant, à l'homme de science appliqué à la recherche de la

vérité, car il doit, quand il Ta ou croit l'avoir trou* vée, la clamer au monde entier, quoiqu'il eo puisse résulter pour lui, les siens ou sa patrie. Son devoir c'est d'être loyal dans l'exposition des faits, logique dans les déductions; son devoir c'est d'examiner les hommes el les phénomène» sans esprit de parti, sans sectarisme ou fanatisme* Nous pensons que cet essai, émanant d'un homme qui n'a d'autre culte que celui de la vérité, satisfait à ces conditions qu'il s'est, d'ailleurs, efiforcé d'atteindre.

Actuellement, dans tous les pays de civilisation européenne, le service militaire est obligatoire pour tous les hommes valides (1). Ils passent à la caserne un temps plus ou moins long, sept ans au maximum, et reprennent la vie civile. Indénia* blement le milieu agit sur eux pendant ce temps; on ne peut toutefois considérer comme profession* nels ces soldats par obligation. Nous sommes donc amenés, pour étudier l'influence de la profession militaire sur la mentalité, c'est-à-dire pour déterminer la psychologie professionnelle, à ne considérer que les militaires par vocation, c'est-à-dire

(1) Exception doit être faite pour rAngleterre. Si, en ce pays, la loi ordonne le service pour tous, chaque année le Parlement en suspend l'application ; aussi l'armée anglaise est tout entière prolessionnelle.

— laies officiers et un petit nombre de sous-officiers rengagés. Nous négligerons ces derniers parce que, généralement issus d'une classe sociale moins élevée, moins affinée, la profession doit agir sur ces individus avec plus de force que sur les ofi&ciers, issus d'une classe sociale affinée, ayant des rapports fréquents avec un monde poli et policé. Si donc nous montrons clairement l'influence du métier sur la mentalité des officiers, on en déduira qu'elle se fait sentir sur celle des sous -officiers en accentuant les phénomènes observés chez les premiers. L'observation des faits confirme cette manière de voir. Il y a là encore effet d'imitation des supérieurs par les inférieurs tant par tendance naturelle que par intérêt.

Ces considérations expliquent ce fait que nos exemples sont choisis seulement parmi les officiers, de préférence môme parmi les officiers supérieurs ou généraux , parce que la haute situation que ces derniers occupent dans la société tend à atténuer, chez eux, l'essence professionnelle ; il est vrai que cette atténuation est compensée par le temps plus long pendant lequel la profession agit sur l'intellectualité de ces individus.

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